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Le roman « J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi », au service du devoir de mémoire

Arsene DOUBLE | | Litterature

 

« J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi » du franco-Israélien Yoan Smadja, sorti le 2 avril 2019, aux éditions Belfond, fait partie des nombreux livres sur le Rwanda qui sont parus cette année, à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire du génocide de 1994 que Kigali a commémoré le 7 avril, date du début des massacres qui ont duré trois mois et ont fait plus de 800 000 morts, selon l’ONU.

Un crime de l’ampleur du génocide rwandais a le mérite d’être gravé dans la mémoire collective. Les générations à venir doivent réellement savoir le degré de la folie de leurs prédécesseurs. C’est un devoir de mémoire auquel se prête le livre «J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi  » du jeune romancier Franco-Israélien d’une trentaine d’années, Yoan Smadja. À partir de témoignages de rescapés, l’ouvrage raconte avec imagination et originalité l’ampleur de la tragédie, « la brutalité avec laquelle tout cela s’est embrasé  », les drames individuels, le printemps qui s’est transformé en une « saison des machettes ».

Au prisme de la fiction, l’auteur raconte l’extermination des Tutsis du Rwanda à travers le regard de deux femmes éblouissantes, Rose et Sacha. Par la seule force de leur plume, elle vont tisser, sans le savoir, le plus beau des liens, pour survivre à l’inhumain.

Au Printemps 1994, le pays des mille collines s’embrase. « Il faut s’occuper des Tutsi avant qu’ils ne s’occupent de nous ».

Rose, jeune Tutsi muette, écrit tous les jours à Daniel, son mari médecin, souvent absent. Elle lui raconte ses journées avec leur fils Joseph, lui adresse des lettres d’amour… Jusqu’au jour où écrire devient une nécessité pour se retrouver. Obligée de fuir leur maison, Rose continue de noircir les pages de son cahier dans l’espoir que Daniel puisse suivre sa trace.

Sacha est une journaliste française envoyée en Afrique du Sud pour couvrir les premières élections démocratiques post-apartheid. Par instinct, elle suit les nombreux convois de machettes qui se rendent au Rwanda. Plongée dans l’horreur et l’indicible, pour la première fois de sa vie de reporter de guerre, Sacha va poser son carnet et cesser d’écrire…

La portée symbolique et sentimentale du premier roman du jeune écrivain Yoan Smadja réside dans le témoignage poignant des rescapés . Aussi, le livre «J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi » contribue-t-elle à inscrire, à sa façon, le génocide des Tutsis dans la Mémoire de l’Histoire.

Tenons à rappeler que la littérature du génocide, dont la fonction principale est « d’élever un panthéon d’encre et de papier à la mémoire des victimes», a déjà inscrit plusieurs génocides dans la longue course du Temps contre l’oubli et le négationnisme. Le génocide Arménien et la Shoah- l’extermination systématique de juifs par l’Allemagne nazie- ont généré un corpus d’œuvres de fiction rendant compte des massacres par le truchement du témoignage des rescapés, des auteurs et des bourreaux.

 

Arsène DOUBLE