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Mariam Gba, Responsable de la Bibliothèque du District d’Abidjan : « il faut des bibliothèques pour fabriquer les lecteurs… »

Innocent KONAN | | Litterature

Mariam Gba, Responsable de la Bibliothèque du District d’Abidjan.

Responsable de la Bibliothèque du District d’Abidjan, Mariam Gba se donne corps et âme afin de donner le gout de la lecture aux enfants, jeunes et adultes. Pour ses efforts fournis, pendant plus de 30 ans, cette passionnée de culture a été récompensée avec le Prix Spécial MILA 2018 et le Grand Prix AECI de la promotion du livre et de la Lecture en 2017. Passion, partage et amour autour du livre, Mariam Gba se confie au micro de 100pour100culture…

 

Parlez-nous de votre formation

Mariam Gba c’est un Bac A. J’ai étudié la géographie à l’Université où j’ai préparé une maitrise dans l’option gestion de l’environnement et contre toute attente, j’ai été attiré par la bibliothèque depuis la classe de terminale. La bibliothèque vivait en moi depuis toujours. Et pendant que je préparais ma maitrise, j’étais toujours dans les bibliothèques et je cherchais à devenir une bibliothécaire.

Pourquoi ne pas avoir choisi directement la littérature au lieu de la géographie comme formation universitaire vu votre passion pour le livre ?

C’est en fonction de mes notes à l’école que j’ai fait le choix de la géographie. Je n’étais pas littéraire en tant que telle. La géographie est une science assez complète et elle permet de faire beaucoup de choses. Et je pense qu’aujourd’hui cela me rattrape un peu, car je suis en bibliothèque, mais je parle beaucoup de développement. Je parle de l’impact de la bibliothèque sur la vie humaine.

Comment avez-vous pu faire la transition entre la géographie et la bibliothèque ?

Comme je le disais, pendant que je préparais ma maitrise, je me renseignais, je cherchais, grâce à la ville d’Abidjan j’ai pu faire ma spécialisation en bibliothéconomie en France. Je suis allée au Canada pour voir aussi le système canadien en plus du système français. Je rentre en Côte d’Ivoire et je commence à travailler à la bibliothèque et je me rends compte que cette dernière est située au plateau, une cité administrative ou l’accès n’était pas assez facile. Et j’ai commencé des activités…

Quelles sont ces activités ?

En 1989, il y a eu la semaine du livre pour enfant. Ça été pour moi, le baptême, ça été pour moi ce que j’ai vu au centre culturel français. On a organisé cette semaine du livre, car pour moi, la bibliothèque doit être vivante. C’est-à-dire des bibliothèques qui font des activités et des animations et non une bibliothèque fermée qui est très rigide dans son fonctionnement.

Il fallait aussi créer de nouvelles bibliothèques, car il n’y en avait pas assez et d’ailleurs il n’y en a toujours pas assez. J’ai alors décidé d’organiser la caravane du livre de la ville d’Abidjan dont la première édition s’est déroulée en 1991. Nous l’avons fait en 5 éditions. Et c’est sur la caravane du livre que M. Firmin Koto (journaliste d’alors, aujourd’hui fondateur du magazine en ligne 100pour100culture) a repéré la bibliothèque. Notre combat c’est pour que chaque commune puisse avoir sa bibliothèque.

J’ai créé plein d’autres activités afin de mieux animer la bibliothèque et attirer le public. J’ai créé des concepts comme “Lire pour gagner” et surtout la sortie de mon livre “Un village dans les montagnes” en 1999. Un livre nominé au prix AECI en 1999 et le prix Jeanne de Cavally de la littérature de jeunesse. Et il est passé au programme scolaire en 2007 dans les classes de CE2.

Que répondez-vous à ceux qui disent “les gens n’aiment pas lire” ?

On me dit souvent, “le métier que tu as choisi c’est bien, mais nous, on n’aime pas lire”, je pense qu’il ne fallait même pas accepter qu’on dise cela. Tu n’aimes pas lire, c’est à dire que tu n’aimes pas le progrès, tu ne veux pas te construire, tu refuses d’avancer. Les Ivoiriens ne lisent pas parce qu’ils ne connaissent pas vraiment les bibliothèques. Ils n’ont pas la culture des bibliothèques parce qu’on a grandi sans bibliothèque, les Ivoiriens ne lisent pas parce qu’il n’y a pas de bibliothèque à proximité. Si dans chaque commune il y a des bibliothèques, les gens vont développer le réflexe d’aller vers les bibliothèques. Ce sont les bibliothèques qui créent les lecteurs. Il ne faut pas attendre d’avoir beaucoup de lecteurs avant de construire les bibliothèques, il faut plutôt les bibliothèques pour fabriquer les lecteurs, semer la graine de la lecture.

Êtes-vous soutenu par l’État ?

Il y a ce que l’État fait au niveau de la bibliothèque comme la culture d’une manière générale et il y a ce que les collectivités font et il y a ce que le privé fait. Il y a la culture administration et la culture conception. Donc chacun à son niveau fait son effort. Nous nous situons au niveau des collectivités locales et plus précisément au niveau du district d’Abidjan. Il y a la bibliothèque nationale qui dépend de l’État. À notre niveau, l’État peut contrôler et nous aider à mieux nous développer.

 

Innocent KONAN