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Littérature- Nétonon Noël Ndjékéry : L’aventure ambigüe de Mosso

Zacharie Acafou | | Litterature

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Dans son dernier roman intitulé Mosso paru aux Éditions Infolio, l’écrivain tchadien Nétonon Noël Ndjékéry raconte les réalités d’une société tchadienne minée au possible par l’impunité, à travers la vie de Dendo. Une jeune fille aux traits naïfs, impatiente, amoureuse qui assistera, impuissante à la mort de son mari renversé (accidentellement ?) par un camion. Alors qu’on lui proposera comme se veut la tradition tchadienne la diya (ce qu’on est tenu d’offrir en réparation d’une faute ou d’un crime) en compensation de la mort de son mari, Dendo refusera à maintes reprises cette offre pour mener sa propre enquête et découvrir par qui et pourquoi son mari a été tué…

Voici donc Mosso de Noel Ndjékéry. Un roman de plus de trois cent pages qu’on se met à lire tout ingénument pour être saisi par le tumulte de mots et la particularité des faits qui décrivent la vie de la jeune Dendo. L’impatience d’une jeune fille à découvrir « le sexe d’en face » et les charmes du corps rendue possible par « sa dévorante précocité », la fierté de se sentir enfin femme, de partager sa vie et d’en donner même dans quelques mois.

Mais lorsque ce bonheur là, celui d’être mère se fait proche, tout s’éteint soudain par une inattendue catastrophe qui lui fait perdre l’homme de sa vie et l’enfant qu’elle porte dans le ventre. Auprès de qui d’autre Dendo pourra mieux réapprendre son bonheur perdu. Si son refus d’accepter la diya l’a isolé de plus en plus, il ne lui reste plus que comme source de vie sa volonté à découvrir la vérité, l’esprit de son mari comme guide et protecteur et, prodige plus que rare, la littérature qui lui sert de passerelle, de communication même entre elle et son défunt mari. Mais les épreuves de la vie, les dures réalités de la société tchadienne, les rencontres qu’elle n’a su prévoir hélas, changeront le cours de son existence dans une société minée de secrets, d’énigmes, d’infinies tractations et tant qu’il en faut.

Nétonon Noël Ndjékéry nous signe là une vraie fresque romanesque avec des personnages poussés dans leur comportement les plus extrêmes. Dans un perpétuel spectacle expliqué d’un bout à l’autre dans les moindres détails sans aucune démission de l’ imagination, l’auteur sait nous plonger dans son œuvre. Le raisonnement progresse millimètre par millimètre, on a maintes fois compris ce qu’il veut dire ou ce qui se passera mais il recommence pour le seul plaisir d’y ajouter un mot ou de décrire une image. Mais cette lenteur, tel un musicien prélude, prépare de magnifiques accords.

Mosso est une œuvre de belle facture et le souci encyclopédique qui l’accompagne nous fait retenir qu’elle a de plus excellent.

Nétonon Noël Ndjékéry : MOSSO, Infolio, 2011