Suivez Nous

« La magie de la Saint-valentin » D’Ornella Welborn Zimo: Un chant d’amour dans un label esthétique…

Abdala Kone | | Litterature

LA-MAGIE-DE-LA-SAINT-VALENTINLes années passent, repassent et trépassent. L’amour chante, enchante et parfois déchante. Telle une incantation, il traverse le temps dans sa traditionnelle pirogue singulière sur l’océan de l’excentricité. Il y a certains livres qui, portant l’étiquette de cette singularité, ne donnent pas le temps d’une pause une fois ouverts. Surtout lorsque le chant du coq qui les ouvre est une berceuse. L’esthétique du langage plonge le lecteur dans les commodités poétiques du récit. En dévorant les premières lignes, l’on a envie d’ingurgiter tout le fromage. La lecture prend alors l’allure délicieuse d’un camembert. « Ne jamais critiquer ce que l’on a jamais gouté ». Cette belle maxime D’Ornella Welborn Zimo ne peut que rencontrer l’approbation de notre regard critique. Et c’est justement pour avoir   ‘’gouté’’ son livre ‘’ La magie de la saint-Valentin’’,  que nous disons avec assurance qu’il est un pur délice des mets excellemment précieux de notre littérature.

Le nous mène sur une pelouse problématique : celle de l’amour ! C’est Guy Menga qui disait dans « L’affaire du silure » que les véritables relations sont celles nées sous le signe de l’orage. Et il n’en faut pas plus pour que la rencontre entre Usurla et Valentin en soit la parfaite illustration.  Eux qui se disputent dès leur première rencontre. Ensuite leur relation ira bon train sur les rails de l’amour. Très vite, après des fiançailles et l’assurance qu’Usurla et sa fille Prunelle s’entendent à merveille, Valentin a le bonheur de voir sa future épouse aménager chez lui. C’est mal connaître Gaëlle, la mère de Prunelle, que de vouloir lui ravir sa place. Elle de qui Valentin  s’est séparé pour ses frasques et surtout pour son mercantilisme exacerbé. Elle se sert de sa fille pour mener une vie d’enfer à Usurla. La belle Usurla se voit obligée de déposer son apostasie afin d’avoir la paix. Elle quitte la maison. Elle est la risée de tous. Mais se confie discrètement à Dieu. Sa patience et son endurance lui donneront raison. Gaëlle se confondra toute seule. Prunelle qui, pense réellement à unir ses parents, la surprend dans le canapé charnel et voluptueusement impudique d’Eros avec son amant Kevin. Valentin en est informé. Et voila qu’en un jour béni de 14 février, il part reconquérir Usurla. Ainsi, la magie de la Saint-Valentin s’opère.

Lorsque dans un foyer plane l’esprit de l’ex-femme, le spectre de la discorde remplace irrévocablement l’oxygène existant. Tout havre de paix devient ce gîte bombardé de fumée qui met à mal la paix et fait fuir le rat. Usurla, naïve, se confie à son bourreau.  «  Malheur à quiconque se fie aux apparences » (p.26). Usurla use là de toute son énergie pour sortir la tête du carcan infernal que lui impose Gaëlle. La Femme, quand elle aime, est capable de tout pour arriver à ses fins. Certaines femmes sont même prêtes à vendre leur âme au diable pour l’enfer. Et Gaëlle fait partie de ces dernières-là. Au-delà du simple récit, Ornella Zimo fustige la méchanceté et la supercherie de certaines femmes face à la générosité et à l’altruisme d’autres femmes.  La question qui prévaut est la suivante : comment entretenir son foyer et garder son homme ? Ornella Z. devrait donner une conférence à ce propos. Car son livre en donne implicitement tout le procédé. Les femmes devraient savoir que la convoitise et la jalousie sont nées d’une femme. Quand on s’imagine que certaines femmes vont jusqu’à relater dans les moindres détails leurs ébats sexuels, on en perd son latin. Elles provoquent ainsi, sans le vouloir, un sentiment d’envie et de jalousie chez celles qui n’ont pas le même traitement. Ornella Zimo étale la véritable question de l’essence même de la femme. En analysant le personnage de Gaëlle l’on est tenté de donner le véto à cette allégation d’Arthur Schopenhauer qui quelque peu offense la gente féminine : « la femme est un animal aux cheveux longs et aux idées courtes ».   Cette maxime selon nous ne s’applique qu’à ces quelques Gaëlles qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez.

La mise en page du livre a bien failli gâcher la fête. Quelques pages escamotées. Des paragraphes sautés. Des lignes volées en éclat. Cela n’est indubitablement pas le fait de l’auteure et ne peut décliner ou incliner en quelque sorte que ce soit son immense talent. O. Zimo écrit bien, si bien que cette petite faille  n’entrave ni à la beauté du récit, ni à sa compréhension. 

Justement pour colorer son récit, Ornella décide de le colorier vertement  avec de la poésie. Le critérium de ce style est la mesure de la peinture appliquée au schéma. Ce récit incolore se colore du pinceau versicolore qui octroie à la huppe de l’auteur toute sa splendeur. L’esthétique littéraire, à en croire Jules Dégni couvre ‘’ toute œuvre qui souscrit à une innovation de l’écriture’’. Et quand on a lu ‘’La magie de la saint-valentin’’, il est impossible de nier et dénier à la plume de Ornella Zimo sa littérarité esthétique. Car le fort taux de poésie présent dans la narration met « le cœur arrosé d’une coulée de miel après un long désert sentimental » (p.33) dans une aisance sans précédant. Le récit écrit dans un registre de pure beauté fait penser aux ‘’petits poèmes en proses’’ de Charles Baudelaire.  « Usurla ébauche un sourire et soupire… (p.34) », parlant de Valentin,  «  un tel homme doit papillonner et collectionner  les femmes… » (p.38)…

Les rimes intérieures marquent leur présence par leur symphonie sonore comme les sons liturgiques de cloche d’une cathédrale sonnant les douze coups d’une année nouvelle porteuse d’espoir. Et par leurs richesses toniques. Pouvoir et savoir avec dextérité fondre deux genres littéraires, à savoir la poésie et le roman, dans le seul moule resplendissant de la beauté,  c’est s’inscrire indubitablement dans le panthéon des grands. Ils ne sont que trop rares, voire rarissimes, les écrivains qui réussissent ce savant brassage. Et nous pouvons dire qu’Ornella Welborn Zimo fait partie des idoles tant prisées de l’esthétique littéraire moderne ivoirienne.

 

Abdala Koné