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Khadi Hane, écrivaine : « Je porte plusieurs identités, chacune définie selon le moment où la situation dans laquelle je me trouve. »

100pour100culture | | Litterature

Née à Dakar en 1962, Khadi (Khadidjatou) Hane est une femme de lettres sénégalaise. Elle fait ses études secondaires au lycée John F. Kennedy puis obtient un DEUG (diplôme d’études universitaires générales) de physique-chimie à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar avant de poursuivre ses études en France, à Limoges en langues étrangères appliquées. Aujourd’hui Khadi habite à Paris et travaille comme cadre commercial et elle s’intéresse au secteur culturel de son pays d’origine, le Sénégal. C’est avec enthousiasme qu’elle se consacre à 100%culture pour nous faire découvrir son monde.

Bonjour khadi. Vous êtes femme de lettres sénégalaise Que peut-on ajouter pour mieux vous présenter ?

Je suis certes sénégalaise, mais je ne me définis pas juste en tant que telle. Je vis hors du Sénégal depuis de nombreuses années, ce qui me permet d’admettre que je suis plurielle. Sénégalaise, Française, mais aussi partie intégrante du monde dans lequel je vis, avec mes spécificités sénégalaises enrichies de mes rencontres avec le monde. Je suis aussi mère, épouse, grand-mère. Je porte plusieurs identités, chacune définie selon le moment où la situation dans laquelle je me trouve.

Après vos études en Physique-Chimie à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, vous-vous envolez pour la France et vous décidez d’y rester !

Je suis arrivée en France en tant qu’étudiante. Après l’obtention d’un diplôme de troisième cycle, je suis naturellement revenue au Sénégal où je suis restée plusieurs mois sans trouver un emploi. C’est après plusieurs aller-retours entre ces deux pays que je me suis installée en France, parce que j’y avais eu l’opportunité de travailler. C’est donc par opportunité que j’y suis restée. Au départ en tout cas. Ma vie s’y est ensuite construite autour de mes amis, dans une vie familiale, avec des responsabilités professionnelles. Tout ceci a contribué à me faire rester en France.

Revenons maintenant à Dakar, votre ville natale. « Sous les regards des étoiles » Dites-nous de quoi parle cette première œuvre ?

Ce roman est né d’une expérience qui au départ m’avait parue malheureuse. J’avais répondu à une offre de poste et pendant l’entretien d’embauche, je m’étais retrouvée face à un recruteur assez condescendant pour affirmer que parce que je suis une femme et de surcroît noire, je ne pouvais pas occuper le poste de cadre vacant dans son entreprise. A la sortie de l’entretien, j’étais si déçue et en colère que je me suis mise à écrire ce que je ressentais à ce moment précis de mon parcours professionnel. Après plusieurs pages, un ami avait parcouru mon écrit, c’est lui qui m’a encouragé à le faire publier. Une fois à Dakar, j’ai porté le manuscrit aux nouvelles Editions Africaines qui m’ont proposé un contrat d’édition. Bien sûr, j’avais auparavant romancé le récit de mon mésaventure.

Mais il y a une autre qui a retenu notre attention, « DEMAIN, SI DIEU LE VEUT « Cette histoire pathétique de ce sénégalais devenu assassin, malgré lui par amour pour son frère.

Ce livre a pour toile de fond l’installation des Chinois au Sénégal et son impact sur le pays. Quand j’étais petite, j’aimais parcourir les allées du Centenaire, quartier à l’époque réservé à la moyenne bourgeoisie dakaroise, devenu depuis le point de chute des commerçants chinois que j’ai découvert lors d’un séjour au Sénégal. J’ai vécu la défiguration de ce quartier comme une gifle assénée par des décisions politiques pas assez réfléchies. Si on sait que toute colonisation a débuté par une installation massive dans le pays colonisé, on a le devoir de s’interroger sur le choix des asiatiques de s’établir en Afrique. Pour les besoins de ces interrogations, il m’est venu de mettre en scène un jeune sénégalais né sous le régime de Wade, qui ne sait rien du Sénégal d’avant, et qui à travers l’activisme de son frère aîné apprend que son pays fut une vitrine de la démocratie et du savoir-vivre en Afrique. Il adule presque ce frère. Et quand celui-ci est assassiné par un Chinois, sa seule arme de survie est de venger la mort de son frère, ce qui le rend aussi visible de sa mère qui perd la raison en perdant son fils. Son histoire n’est nullement pathétique à mon sens. Elle est plutôt destinée à engager la réflexion.

Faisons maintenant un détour, dans votre vie de famille. Un fils Alioune Camara, alias MOJILA, talentueux Rappeur. On peut savoir un peu plus sur lui ?

Mon fils était un mordu de la musique. Tout petit déjà, il aimait improviser des concerts pour la famille et artiste dans l’âme, il n’arrêtait jamais de chanter. J’aurais aimé qu’il ait eu le temps de profiter au maximum de ses talents d’auteur, de compositeur, mais le destin en a décidé autrement. Mon fils est décédé en décembre dernier. Il laisse derrière lui des chansons inédites que je me promets d’inclure dans mes écrits une fois que j’aurai réussi à faire mon deuil. Pour l’instant je prie pour que son âme repose en paix.

100%culture vous remercie. Mais avec votre permission, terminons notre entretien par votre actualité, vos projets, vos vœux.

Après le décès de mon fils, j’avoue que j’ai eu des moments d’absence qui m’ont empêché d’écrire. L’envie de poursuivre l’écrit renaît petit à petit et mon vœu est que je puisse continuer d’écrire pour moi, pour mon fils et aussi pour mes lecteurs. Je travaille actuellement sur un roman que j’espère finir bientôt.

Je vous remercie pour cette interview.

 

Alain Martial GNEGBE