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Deuil académique : Le Professeur Kouassi Kouamé Germain est mort

Arsene DOUBLE | | Litterature

Professeur Kouassi Kouamé Germain

Kouassi Kouamé Germain, Professeur à l’Université Alassane Ouattara, connu pour être le premier africain diplômé de la Sorbonne en Grammaire et le premier ivoirien à avoir dompté la grammaire française et ancien Secrétaire général de l’Université, a tiré sa révérence, le mardi 9 février 2021, aux environs de 19 heures.

Le Professeur Kouassi Kouamé Germain est mort. Le premier africain diplômé de la Sorbonne en Grammaire n’est plus. Oui, le premier ivoirien à avoir dompté la grammaire française et ancien Secrétaire général de l’Université a quitté le monde des vivants. L’annonce de cette nouvelle macabre a été faite par le Professeur Alger Ekoungoun, à travers son compte Facebook.

« Une autre triste nouvelle pour l’Université Alassane Ouattara.  Après les récentes disparitions Nguessan Tiahi Jean-Luc, ex-chargé de missions du Président Lazare Poamé et du Dr. Kouassi Nguessan Jérôme, l’Université de Bouaké vient encore d’être bipée par le Grand horloger. Professeur Kouassi Kouamé Germain, le Premier africain diplômé de la Sorbonne en Grammaire, le premier ivoirien à avoir dompté la grammaire française et ancien Secrétaire général de l’Université est rentré dans le ventre de la nuit, hier [le mardi 9 février 2021, ndlr], aux environs de 19 H. » , a écrit sur Facebook le Professeur Alger Ekoungoun, annonçant ainsi le décès de l’illustre homme de lettre ivoirien.

A la suite de Léopold Sédar Senghor, Mongo Béti et Attin Kouassi, Professeur Kouassi Kouamé Germain a gravé son nom dans la lignée des Immortels africains de la langue française, depuis le 17 mars 2005, a rappelé le Professeur Alger Ekoungoun, qui nous a également proposé de découvrir l’immense universitaire que notre pays vient de perdre à travers un article paru dans le célèbre magazine international Tycoon, « parce que l’Afrique a besoin d’exemples », datant de 2008.

 

Germain Kouassi Kouamé : « Je veux réaliser une grammaire baoulé »

Premier africain diplômé de la Sorbonne en Grammaire, Professeur Germain Kouassi est un bel exemple de persévérance. Il a le mérite d’avoir réussi à dompter la grammaire française. Là où un bon nombre d’étudiants ont très vite fait de baisser les bras. Titulaire d’un Doctorat d’Etat en grammaire, Germain Kouassi est vice-président de l’Observatoire de l’Université de Bouaké et pourtant, son silence pendant plus d’un mois en amphithéâtre, après son « atterrissage » au bord de la Seine, répand le doute dans l’esprit des uns et des autres. Pour ses camarades et son professeur, ce mutisme cachait des lacunes. Erreur…l Regard rétrospectif sur le parcours atypique de celui qui ambitionne de réaliser une grammaire baoulé.

Avant de vous adresser à lui, tournez sept fois la langue. Soutenez votre langage. Au risque de vous faire reprendre par le professeur Germain Kouassi. Premier africain diplômé en grammaire de la Sorbonne, en France. Dans ses bureaux de la Riviera III, ce quinquagénaire, ne cesse de fouiner. Une pile de dossiers en dit long sur l’ampleur des recherches qu’il effectue. Il n’a qu’un seul but. Celui de valoriser la langue baoulé. « Je veux réaliser une grammaire baoulé », soutient-il, avec beaucoup d’optimisme. Pour se faire, il s’est armé de persévérance et d’abnégation. A force de travail, on finit par y parvenir.

En 1983, quand il arrive à l’Université de Paris IV-Sorbonne, ses camarades d’amphi ne vendent pas cher sa peau. Et pour cause, il fait plus d’un mois sans lever le doigt, ni prononcer le moindre mot de français. Le doute s’installe alors dans l’esprit des uns et des autres. « J’ai fait un mois, affirme-t-il, sans ouvrir la bouche en amphi. Je ne levais jamais le doigt. Par curiosité, le professeur m’a demandé de présenter le premier exposé de l’année ». Le jour de la présentation de son exposé, il réussit à émerveiller la salle archicomble.

L’aventure commence véritablement pour le professeur Germain Kouassi après l’obtention de son bac en 1976. La même année, il est orienté à l’Ecole Normale Supérieure (ENS) d’Abidjan pour finir enseignant du secondaire. Germain y passe deux ans. Mais, son niveau élevé. Conduit M. Touré Vacaba, directeur d’alors, à le recommander auprès de l’université de Côte d’Ivoire. Il rejoint cette université en 1980 et décroche une maitrise en Lettres modernes. M. Touré avec qui il a gardé de très bons rapports, met alors tout en œuvre pour lui obtenir une bourse d’études. Destination : la France.

Kouamé s’envole pour l’hexagone où il s’inscrit à la Sorbonne par les soins du Professeur Pierre Moukouta. En trois (3) ans, il obtient un Diplôme d’Etudes Approfondies (DEA) de Linguistique française et un Doctorat 3eme cycle de linguistique française. Le natif de Nindo (S/p de Béoumi) regagne la Côte d’Ivoire en 1983. Recruté par l’ENS, Kouassi y occupera respectivement les postes d’Assistant, puis Maître-Assistant jusqu’en 1993. Il intègre ensuite l’effectif de l’université de Cocody de 1993 à 1999. Il est plus que jamais déterminé. Il en veut énormément. Germain part à nouveau en France pour parachever son œuvre à la Sorbonne. En 2005, il réussit le doctorat d’Etat en Linguistique française, option Grammaire et Stylistique. Revenu au pays, Germain Kouassi est depuis juillet 2005, Maître de Conférences au département de Lettres modernes de l’Université de Bouaké, professeur de Grammaire, de lexicologie et de linguistique françaises.

Le professeur Kouassi Kouamé dans son quotidien réfute la médiocrité. « La négligence et la médiocrité sont à bannir. J’aime ceux qui plafonnent » ajoute-t-il. C’est pourquoi il admire Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire. Deux modèles qui ont un style totalement différent. Deux personnalités qui lui ont insufflé le goût de la lecture et la passion du travail merveilleusement accompli. L’essentiel de ses projets, se résume en deux points : la promotion de sa langue maternelle (baoulé) en Côte d’Ivoire et la lutte pour la revalorisation de la grammaire française : « Je compte tout mettre en œuvre pour que la grammaire ait une place de choix dans l’esprit des Ivoiriens » s’engage-t-il. Le jeu en vaut la chandelle. Bon courage professeur !

Arsène DOUBLE

Source : Jean-Hippolithe Druide

Magazine Tycoon 4, janv. 2008, p.30-31

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