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DAVID DIOP PLONGE LES LECTEURS DANS UNE FOLIE SANGUINAIRE A TRAVERS SON ŒUVRE ‘’FRERE D’AME’’

Irene COULIBALY | | Litterature

David Diop, auteur de « Frère d’âme » ©Hermance Triay

Grand favori du prix Goncourt, ‘’Frères d’âme » de David Diop, une hymne déchirante d’un tirailleur sénégalais peu à peu gagné par la folie meurtrière des tranchées de 1914, ne remporte pas de prix, mais attire les attentions par son histoire poignante.

Né à Paris en 1966, David Diop a passé son enfance au Sénégal. Actuellement maître de conférences en littérature du XVIIIe siècle à l’université de Pau, l’auteur était le grand favori des Goncourt et Renaudot 2018.

Le prix Goncourt est un prix littéraire français récompensant des auteurs d’expression française. Il a été créé par le testament d’Edmond de Goncourt en 1892. La Société littéraire des Goncourt est officiellement fondée en 1902 et le premier prix Goncourt proclamé le 21 décembre 1903.

« Frère d’âme » , un roman particulièrement macabre est le second de l’écrivain franco-sénégalais David Diop. Beaucoup de sang coule, une vengeance obsessionnelle.

L’auteur nous fait entrer dans les horreurs de la Grande Guerre. Avec son héros, Alfa Ndyaye, tirailleur sénégalais de 20 ans, il assiste impuissant à la longue agonie de son ami d’enfance éventré, Mademba Diop. Celui-ci demandait à son ami de l’achever afin d’abréger ses souffrances, chose qu’il refusa trois fois de suite.

Jusqu’à son dernier souffle, le soldat africain s’avoue incapable de se soumettre à la dernière volonté de son « plus que frère » : mettre fin à ses souffrances en l’égorgeant. « Trois fois il m’a demandé de l’achever, trois fois j’ai refusé ».

Depuis ce jour funeste, la jeune recrue va se fixer pour objectif de venger son ami contre toutes ces personnes qui lui ont ôté la vie. Comme un mouton sacrifié, il capture un soldat, le ligote, l’éventre avant de l’égorger froidement. Après quoi, le héros lui tranche la main, symbole de son trophée.

À son retour dans les tranchées, alfa Ndyaye est accueilli en héros, un fusil dans une main et une main ennemie dans l’autre. Le jeune homme poursuit sa vengeance jusqu’à ramener une septième main. Il est alors convoqué par le capitaine de la troupe qui l’envoie se « reposer un peu » à l’arrière.

Couché sur son lit d’hôpital, le revanchard se remémore alors les souvenirs solaires et heureux qui unissent les deux amis d’enfance. Le narrateur se souvient de leur village de Gandiol, de leur rivalité aussi. Le lecteur quitte les champs de batailles sombres et boueux pour les terres ocres et chaudes du Sénégal.

Ce roman est aussi le lieu où Diop s’interroge sur le sort des tirailleurs sénégalais et sur la folie meurtrière.

‘’Frères d’âme’’ évoque aussi avec puissance la cruauté des combats, le déracinement autant que l’universalité de l’amitié.

 

Irène COULIBALY