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Chronique: Les musiques oubliées des masses

Eric Tape Daleba | | Litterature

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Si la société a sa musique, la musique aussi a sa société. L’une des préoccupations récurrentes de l’humain a toujours été de résoudre ses problèmes de statut social et d’intégration dans un monde qui évolue à une vitesse technologique vertigineuse. Pour donner un sens à son existence, l’homme au monde a développé ses propres moyens de lutte et de résistance dans une quête de survie inlassable et de communication.

C’est sans doute pour exprimer ce protectionnisme historique que Albert K, Coher de l’école de Chicago dans delinquent boys: the culture of the gang (1955), a voulu théoriser la notion de subculture; un concept englobant qui est loin, étymologiquement du terme français « sous-culture », et qui fait allusion aux cultures en marge des comportements, des habitudes, des productions et des distributions de masses telles que organisées par le monde médiatique.

En effet, les musiques oubliées des masses se comprennent comme étant une solution culturelle à des problèmes de statut social et d’intégration qui émerge d’un ensemble d’individus vivant ou expérimentant les mêmes difficultés, et marqué presque toujours par l’éternel spectre de la marginalisation. Les masses sont un système de conception, de production et de distribution de valeurs et d’idées soutenues par un matérialisme toujours exacerbé. Dans ce système du gain et du profits, des modèles sont élaborés et des principes sont défendus. Au seuil de cette marchandisation de la culture et des musiques qui la portent, le système de masse, consciemment ou inconsciemment, étouffe un type de production qui veut s’exprimer.
En réaction à ce manque de considération, et très souvent pour conserver un certain équilibre social, ou encore au nom de la défense d’une identité, les pratiques musicales oubliées des masses se révoltent et utilisent d’autres canaux de communication.

Comme on peut le remarquer chez Pierre Bourdieu (1970) dans son concept recteur le champ, définit comme un espace de compétition social fondamental où les classes imposent leurs rapports de domination, qui se matérialise dans l’action d’une violence symbolique. Ici cette violence symbolique légitime ou non est un moyen de pression et d’oppression, donc une marque de la domination du pouvoir de masse.

La musique oubliée des masses apparaît donc comme un objet de socialisation qui cherche à s’exprimer en dehors de l’instrumentation d’un pouvoir et par une action pédagogique veut s’étendre, car telle est sa raison de vivre. Ses moyens sont aussi divers que variés et se base sur la solidarité interne de ses membres, l’attitude de provocation à l’égard de l’environnement extérieur (la société de consommation de masse).

Une partie de la musique du monde se meurt et ne peut correctement s’exprimer, sinon par le cri assourdissant de la douleur viscéral qui martyrise et souille son action. Aucune musique ne doit se mettre en marge ou être marginalisée, aucune production sonore ne doit éternellement se jouer dans les ravins de la périphérie. La musique, toute la musique, ou du moins toutes les musiques ont besoin de s’exprimer à la lumière, devant tous et pour tous.

L’esprit créatif s’il ne s’exprime, se meurt et finit par crever. La musique doit être ce médium qui oriente notre humanité, et pour cette simple raison mérité d’être traité avec décence. Ce type de production musicale (musique underground, musique punk, musique populaire, musique rap, musique pop, folk music, musique de DJ, musique rock, musique jazz, musique classique, …) répond à une logique, à une manière d’être et de faire au monde, une manière d’appréhender le réel, de le penser, de le construire et non pas de le subir. Par conséquent les partisans de ces musiques devraient, en pédagogue, éduqué et évité de basculer dans l’extrémisme et la violence. Enfin, les détracteurs de ces musiques devraient, eux aussi, résolument comprendre l’unicité des musiques, de leur création, de leur production et de leur diffusion. Cela pose certainement un problème de liberté d’expression musicale, de mode d’expression et de réalisation de la musique, et qui trouve sa source dans la lutte sociale pour la maîtrise des pouvoir de communication. La musique et ses mécènes doivraient être à l’écoute de tout le peuple comme le peuple lui-même écoute la musique et se reconnais à travers elle.