Suivez Nous

Regina Yaou : Un départ éclair, mais une histoire entière

Cyril Verb | | Litterature

La littérature africaine est sevrée de l’une de ses plus prolifiques auteurs. Regina Yaou est décédée le 04 novembre à l’âge de soixante-deux (62) ans au CHU de Cocody à Abidjan.

Vivifiée par une vingtaine d’œuvres publiées, Regina Yaou fait partie de ces personnes dont l’âme épouse la passion, pour refléter, un destin professionnel de prédestinée. Son histoire est assez symbolique. Regina fait ses premiers pas dans la littérature alors qu’elle n’est encore qu’une enfant. Elle écrit ses premiers textes entre 12 et 14 ans.

Arrivée au lycée technique de Cocody, elle n’abandonne pas ses amours de fillettes. Cette passion pour les lettres. Alors âgée de 22 ans, Regina est lauréate en 1977 d’un concours organisé par les Nouvelles éditions africaines avec sa nouvelle intitulée « Citadine », sa toute première parution.

Regina est pourtant depuis son enfance proche des réalités rurales et s’abreuve de la famille élargie africaine. Née le 10 Juillet 1955 à Dabou – village colonial historique sur le littoral Sud – et  élevée par sa tante, sage-femme qui lui inculque le goût de la lecture, Regina Yaou ne fait pas accoucher des dames. Cependant, elle enfante d’une diversité d’œuvres, allant de nouvelles aux thrillers en passant par les romans dont le premier, « Lezou Marie ou les écueils de la vie », est publié en 1982. Y mettant en évidence la jalousie, la trahison et son lot de souffrances vécues par son personnage principal, Lezou Marie, l’écrivaine décrie dans un style mêlant simplicité et beauté la condition de la femme de cette époque marquée par des traditions séculaires, qui font que certains pères ne se soucient pas de l’avenir d’une fille parce que promise au mariage.

C’est le début d’une longue histoire d’engagement en faveur de la cause féminine.  Écrivant également sous les pseudonymes Ruth Owotchi ou Joëlle Anskey notamment dans des collections dites  »sentimentales », Regina Yaou fait figure de défenseure de premier rang de ses sœurs, filles, amies… L’on découvre, parutions après parutions,  des productions qui  peignent la vie quotidienne et le statut de la femme dans la société ivoirienne. La violence domestique, les infidélités, la maternité, la stérilité sont entre autres, les sujets abordés.

Cependant, si elle est présentée dans les avis populaires comme une auteure féministe, Regina aimait plutôt être vue comme « une écrivaine tout court ». Ce qu’elle justifie par la diversité des sujets abordés. Lauréate du prix d’excellence de la littérature en 2014,  Regina Yaou –  la Mama affectueusement appelée – exprimait en 2012 dans une interview accordée à 100%culture, sa volonté de devenir la pionnière des romans à suspense (thrillers) comme elle l’est pour la nouvelle en Côte d’Ivoire. Aura-t-elle atteint cet objectif? Elle part sans y répondre, certes. Mais, Regina aura sans aucun doute montré des voies pour triompher, comme le témoigne « Opération fournaise » parue en 2012 après la crise postélectorale ivoirienne.

 

Cyril Verb