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Liberia : George Weah un président atypique dans une Afrique en métamorphose

Saxum Willy | | Evènements

Une nouvelle race de présidents de la République jaillit d’Afrique de l’ouest. Une zone tourmentée pendant les décennies post coloniales par ces soleils sombres des indépendances, en début d’années 1960. Les dictatures, les coups d’État et les guerres civiles s’éclipsent malgré les poches de résistance.

Le Liberia, premier pays indépendant d’Afrique, après seize années à s’entretuer, ce peuple et ses leaders renouent avec l’amour de l’alternance démocratique. Ce nouveau départ ne fait pas dans la dentelle et se veut exceptionnel. Ellen Johnson Sirleaf ouvre le bal démocratique par son féminisme mâture et réparateur du tissu social. Une oeuvre saluée qui confère à la première femme élue présidente en Afrique un prix Nobel de la paix, en 2011.

George Weah son adversaire politique, habitué au terrain de foot, va surprendre  par sa persévérance pacifique et intellectuelle. Il remporte les élections douze années après sa première tentative. Lui,  l’unique ballon d’or d’Europe d’origine africaine. Des profils atypiques, pour une Afrique qui titube plus de cinquante années après la cession de l’administration publique aux autochtones par le colon conquérant. Une nouvelle marche, une nouvelle race de leaders.

Le jeu des alliances prend forme. On apprend de nouveau l’art de gouverner, de convaincre, de proposer, dans ces sociétés fortement transformées par des traumatismes, avec tant de leçons à tirer.

George Weah construit une victoire par le jeu des alliances, plutôt que par celui des armes. En face d’un adversaire catalogué comme un piston occidental, Patrice Talon s’impose comme candidat indépendant au Bénin . Une autre piste politique de plus en plus explorée lors d’élections locales dans les pays de la sous-région, devant des partis politiques anachroniques.

Au Ghana, au Sénégal, au Nigéria, des présidents sortant acceptent la défaite électorale. Et la vie continue pour tous ! La vision du politique change. Le jeu politique ne trouble plus l’avenir. Ces États en quête de repères institutionnels adaptés et de leadership exemplaire commencent à retrouver leur souffle.

Du souffle, George Weah en a. Ce trophée présidentiel promet engendrer de nombreux sacres sur les terrains sociaux, économiques et autres. Le Libéria, secoué il y a quelques années par la guerre, plus récemment par Ebola et tant d’autres fléaux, a besoin de manger à sa faim. L’accès à l’éducation, le déficit d’énergie et les défis sanitaires sont nombreux. Mais le désespoir n’est pas permis. Même au Cameroun dans cette Afrique centrale vieillie par les rides naturelles de ses cerveaux quand Biya et Sassou N’guesso s’accrochent au vieux navire.

Des dictateurs tactiques, comme l’ont été Félix Houphouet-Boigny et Yassingbé Eyadema en Afrique de l’ouest. Le premier laisse les séquelles d’une alternance pacifique encore impossible en Côte d’Ivoire. Le second comme le père de la Françafrique, Omar Bongo, lèguent une monarchie inavouée et épicée par un multipartisme étouffé. Comme en témoigne ces humiliants procès Téodoro Obiang en France, ces vétérans chefs d’États et leur suite, plus proche de l’occident et moins redevables à leurs peuples, se retrouveront de plus en plus à des sommets de l’Union Africaine moins redondants. Ces nombreux présidents devenus plus  « riches » que leurs États après des fonctions publiques. Confortés à être en  « paix »  dans des châteaux ailleurs. Loin, dans ces pays qui ont bâti leur sécurité et leur quiétude est devenue leur félicité socioprofessionnelle quand l’insécurité les rattrape chez eux. Une misère morale qui ronge l’humanité.

Par ailleurs, l’occident dans sa barbarie revoie sa copie subtilement. Mais, sans interrogation profonde sur l’universalité. Ces pays donateurs, accueillant, donneurs de leçons et de canons trouvent bien légitime de s’inquiéter de ce nouveau vent politique qui rafraîchit l’Afrique.  « George Weah l’ami des seigneurs de guerre »,  peut-on entendre ci et là.

Mais l’Afrique veut se réconcilier avec elle-même. C’est ce qu’il faut retenir. Ce continent est conscient qu’il doit avoir honte de se faire juger par une justice internationale partiale. Ces détentions qui riment avec les déportations d’hier. Ces barbaries sont encore ancrées dans les mémoires. Et, la liberté les peuples d’Afrique la réclame les mains nues face aux envahisseurs dits civilisés.

Le globe entier peut s’enrichir de cette peur. Retourner ou avancer malgré tout ? L’Afrique s’interroge. Le meurtre de ces peuples, dans ce déni de la diversité entretenu par ces peuples dominants n’a pas freiné le talent des fils d’Afrique. Malgré les divisions et les frustrations, le Liberia et bien d’autres pays revivent. La naïveté dans la quête de la vérité, n’est-elle pas une force ?

Le fils d’esclaves qui a vaincu tous les cieux à mille lieux est de retour sur ses terres, terres de ses ancêtres. Il retrouve les traces de leurs pas, l’odeur de leur sang. Les chants et les cris des pères retentissent encore, pour continuer d’avancer, dans cette nouvelle morphologie sociale des États d’Afrique.

George Weah fera sa prestation de serment ce 22 Janvier 2018. Un nouveau jour d’espérance se lève au pays du soleil !

 

Saxum