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Interview: Pascal Konan” La vie en Afrique est souvent taxée de misérable par certaines critiques”

Cheickna D Salif | | Evènements

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Pascal Konan, l’ une des promesses de la peinture ivoirienne revient de DAK’ ART 2012 auréolé du Prix UEMOA de l’ intégration africaine pour son tableau “Sous les tropiques “.

Dans cet entretien, l’ artiste évoque avec beaucoup d’ humilité son coup d’ essai transformé en coup de maître à la 10 ème édition de la Biennale de l’ Art Africain Contemporain. Pour autant, ce sacre ne lui fait pas perdre de vue l’ immensité du travail à abattre pour se maintenir toujours au sommet. Pour lui, les évènements culturels comme DAK’ ART doivent se multiplier pour l’ essor de l’ Art sur le continent. Décryptage.

Comment avez-vous accueilli votre sélection à DAK’ART 2012 ?
Avec une grande joie mêlée à la satisfaction. Je pense que c’ est le couronnement d’ un effort à un moment donné de mon parcours même si ce n’ est pas la fin de ce parcours.

Est-ce une exposition à laquelle vous aviez rêvé ?
Oui ! c’ était l’ un de mes objectifs en tant qu’ artiste africain vu que c’ est une plateforme importante d’ échanges entre créateurs. En Côte d’ Ivoire, j’ ai été lauréat du Grand Prix Guy Nairay de la peinture. C’ est donc tout naturellement que cette vitrine internationale était dans mon viseur.

Vos impressions à chaud après avoir participé à une telle expo ?
Je reviens ragaillardi de cette expo vu la qualité des artistes présents et la qualité des oeuvres mises en lumière. On apprend toujours dans ces genres de rencontre. Je ne regrette pas d’ y avoir participé.  D’ ailleurs cette rencontre va influencer mes prochaines créations.

Qu’ avez-vous développé comme thématique et avec quelle technique avez-vous rendu ce travail ?
” Sous les tropiques ” est le tableau que j’ ai présenté.  A travers ce tableau je voulais traiter de la vie en Afrique. Cette vie est souvent taxée de misérable par certaines critiques. Or il y a de l’ hospitalité, de la convivialité dans cette vie. Cette une vie dans laquelle les communautés s’ intègrent facilement. Pour moi cette vie est symbole de brassage, d’ échange et d’ intégration. Je crois même que l’ intégration est la vision de l’ UEMOA dans notre espace sous régional. Pour la technique j’ ai travaillé par la saisie des formes c’ est-à-dire par contraste. Je ne cherche plus à dessiner. Je me dis qu’ il faut saisir l’ essentiel des formes. En les saisissant, l’ oeil arrive à  faire le dessin tout seul. Je joue par des touches sur-imprimées, par des pixels. Ce qui fait que de près, on n’ arrive pas à distinguer les formes par contre en s’ éloignant du tableau, ces formes sont plus visibles. C’ est aussi une façon pour moi de dire qu’ il faut du recul pour comprendre la vie sous les tropiques. Evitons d’ avoir un jugement à priori et hâtif sur cette vie-là.

Comment la critique a accueilli vos oeuvres ?
Vous savez qu’ il y a toujours dans ces rencontres deux axes de critiques. Ceux qui aiment et ceux qui aiment moins. Cela dit, il faut prendre du recul pour mieux apprécier ces tableaux. Je dois reconnaître que les artistes qui représentaient la Côte d’ ivoire à cette Biennale ont été félicités pour la qualité de leurs oeuvres. En marge de la sélection officielle il y a eu l’ expo ” off ” où le travail des peintres ivoiriens était exposé. La preuve, je viens d’ apprendre que mon oeuvre ” Sous les tropiques ” vient d’ être désigné ” Prix UEMOA de l’ Intégration Africaine “. Ma présence à cette Biennale a donc marqué les esprits.

En 2009 Grand Prix Guy Nairay, aujourd’ hui sur les cimaises de DAK’ ART. Quelle lecture faites-vous de ce parcours pour le moins prometteur ?
C’ est le fruit du travail tout simplement ! Je ne vois pas d’ autres explications. Je pense pas qu’ on est pas artiste par hasard. A force de travailler on arrive à se dessiner une trajectoire. Je reconnais qu’ il y a encore du travail à faire.

Que représente DAK’ART pour vous ? Est-ce une rampe de lancement, une reconnaissance ou une consécration ?
Pour moi c’ est une rampe de lancement. C’ est une vitrine pour faire connaître les talents africains à l’ international. Ma carrière internationale pourrait démarrer par cette Biennale. J’ ai nouer de nombreux contacts que je mettrai à profit pour la suite de ma carrière. Les artistes africains devraient s’ intéresser à cette plateforme artistique.

Au sortir d’ un tel évènement, pensez-vous qu’ il y a encore du travail à faire ou avez-vous le sentiment d’ avoir touché le sommet ?
C’ est un leurre de dire que c’ est le sommet. DAK’ ART n’ est qu’ une rencontre parmi tant d’ autres. Il y a Venise, Lyon etc… Il y a tellement de challenges à relever qu’ il ne faut plus dormir.  A partir du moment où j’ ai des yeux braqués sur moi, je n’ ai plus droit à l’ erreur. C’ est le point de départ de ma carrière. Je n’ ai pas encore 50 ans ( rires ). J’ ai encore du chemin à faire.

Après avoir participé à un tel évènement, croyez-vous en l’ avenir de l’ Art sur le continent ?
Bien sûr ! Vous savez j’ ai discuté avec un Belge qui me disait que c’ est presqu’ un miracle de voir DAK’ ART se tenir chaque deux ans. C’ est l’ une des rares plateformes qui rassemblent les artistes du continent. Nous avons des talents sur le continent, c’ est juste une question d’ organisation. Dieu merci il y a d’ autres Biennales sur le continent : Côte d’ Ivoire, Cameroun , Benin. Mon souhait est que cette Biennale se perpétue pour l’ essor de l’ Art en Afrique.

Comment le public sénégalais a réagit vis-à-vis de votre participation ?
Nous avons senti de la chaleur à notre égard. Le fait de savoir que nous sortons de crise y a peut-être contribué. Il y a eu en tout cas un courant de sympathie à notre égard. Ils se sont déplacés massivement pour voir nos travaux. Au-delà de l’ aspect commercial il y a la rencontre entre les peuples. Je crois que c’ est un aspect positif de la Biennale.

Personnellement, quel profit avez-vous tiré de cette Biennale ?
Sur le plan artistique j’ ai été comblé parce il y a eu beaucoup d’ échanges. Sur le plan relationnel, cette rencontre m’ a permis de m’ ouvrir à d’ autres horizons pour ma carrière de peintre que je souhaite longue et fructueuse.

Après DAK’ ART, avez-vous le regard tourné vers d’ autres rendez-vous internationaux ?
Bien sûr ! ( rires ). La Biennale de Lyon est dans mon viseur. Il y a également celle de Venise sans oublier celle ce Berlin. Pour moi un artiste se nourrit de ces rencontres qui à n’ en point douter lui donne de l’ envergure. Je travaille à cela.

Un mot pour conclure…
Je tiens à vous remercier car vous vous donnez assez de temps et d’ effort pour suivre notre travail. Vous savez l’ histoire de l’ Art c’ est l’ histoire des artistes et aussi l’ histoire de leurs productions. Dans une certaine mesure c’ est également l’ histoire de ceux parlent des artistes. Donc le fait que les journalistes s’ intéressent à notre travail est une bonne chose. Je tiens à remercier des personnes qui m’ ont aidé. Il s’ agit de Mme Lacase, de Mlle Edwige H. Thierry Dia de l’ Agence Houkami et mon pasteur qui m’ a soutenu par ses prières.