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Alphabétisation. Olivier Adiaffi : «64 % d’analphabètes, c’est inadmissible. »

Remi Coulibaly | | Evènements

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Depuis six ans, Olivier Adiaffi pose la problématique d’une politique hardie de lutte contre l’illettrisme. Le 8 septembre 2010, vous organisiez le gala de bienfaisance en faveur de la promotion d’outils didactiques. Huit à neuf mois plus tard, avec la crise post-électorale qu’on a vécue, où en est le projet de distribution de manuels d’alphabétisation ?

Un certain nombre de choses a été fait. Avant tout propos, je tiens à remercier 100%culture qui nous a accompagné sur ce projet. À l’époque, l’idée était simplement d’attirer l’attention de toutes les personnes de bonne volonté autour de ce projet. D’où l’idée d’une stratégie de communication et de lobbying, dont faisait partie ce gala du Golf hôtel. Pour lequel les directeurs et les grands patrons des grandes entreprises étaient présents pour essayer de fédérer tout le monde autour de ce projet-là. Mais je crois que c’est la situation que tous les Ivoiriens ont vécue qui a altéré ce premier élan qui était prometteur. Donc aujourd’hui, nous revenons vers vous pour faire un peu l’état des lieux et attirer l’attention des nouvelles autorités sur cette situation qui nous paraît inacceptable: un peu plus de 51% de la population ne savent ni lire ni écrire. Pis, les dernières statistiques (officieuses) font état de 64% de taux d’analphabétisme en Côte d’Ivoire. Parce que malheureusement, la situation sociopolitique ivoirienne à empiré davantage les choses. Je trouve inadmissible que la Côte d’Ivoire qui est quand même l’un des fleurons des pays de l’Afrique se retrouve au 188e rang des pays non alphabétisés sur un total de 200 pays. C’est inacceptable ! Et je me demande comment allons-nous réussir à mettre en place une nation moderne avec pratiquement 70% d’analphabètes. Mon travail depuis plus de six ans, c’est de me battre pour hisser la Côte d’Ivoire dans le monde de la connaissance. Le plus important, c’est d’abord d’avoir l’accord de l’ensemble des autorités. Nous avons 400 mille exemplaires de manuels d’alphabétisation disponibles aujourd’hui. Mais au-delà de la disponibilité des manuels, je tiens quand même à préciser qu’ils sont agréés par le ministère de l’Éducation nationale dans la collection ‘’École et nation’’. Donc ce que nous faisons depuis près de six ans est tout à fait légal. Auparavant, il nous a fallu 3 ans pour arriver à ce niveau-là. La première année, c’est tout le circuit de la validation des manuels. La deuxième année, ce fut l’expérimentation. Et la troisième année, nous avons fait le rapport des grands tirages. Durant ces six derniers mois, réussir à produire autant de livres, alors que la situation sociopolitique était même difficile, c’est un exploit. Donc, j’ai toujours eu autour de moi les mêmes partenaires. Il faut aussi clairement dire que l’alphabétisation fait partie intégrante du programme du Président Alassane Ouattara. Je crois qu’un peu plus de 25 milliards de francs sont prévus pour ce projet-là. Donc mon idée, d’attirer à nouveau l’attention des autorités, de toutes les personnes, de toutes les entreprises qui veulent être des entreprises citoyennes afin de nous aider à parachever ce travail immense. Aujourd’hui, au moment où le pays redémarre, moi j’ai choisi le combat de la connaissance, de l’écriture et de la lecture. On a même des manuels sur le calcul et sur ce qu’on appelle les thèmes éducatifs. Donc, c’est un vaste chantier. Il nous faut l’appui et le soutien de tous. L’un des buts principaux est que ces ouvrages passent dans le circuit de ce qu’on appelle la gratuité. Tous les ouvrages qui sont dans ‘’école et nation’’ du CP 1 jusqu’au CM 2 sont dans ce circuit de gratuité. Il me semble qu’on ne peut pas laisser tomber l’alphabétisation ; même pour 2800 F Cfa. On peut apprendre à lire et à écrire à cette population qui est la plus défavorisée. Mon dernier combat, c’est de faire en sorte qu’elle reçoive ces ouvrages gratuitement. C’est la raison pour laquelle je sollicite officiellement une audience avec le Président de la République. Sans l’appui du Président de la République, on ne pourra pas y arriver complètement.

Quelle est la quantité de manuels disponibles aujourd’hui? Au demeurant, pouvez-vous nous dire un mot des moniteurs à l’intérieur du pays?
Depuis plus de six ans que nous travaillons avec le Service autonome de l’alphabétisation, nous avons dénombré à peu près 2000 centres d’alphabétisation. Sur l’ensemble du territoire ivoirien, avec 437 conseillers en alphabétisation. Le seul problème, c’est que les manuels ne sont pas disponibles dans les centres. Mais il fait y arriver. Le contrat que j’ai signé est de 2 millions d’exemplaires par an. Cela, sur dix ans. Pour les six titres édités. En lecture, nous avons deux titres : au niveau 1/niveau 2. Le calcul : niveau 1 / niveau 2. Et ce qu’on appelle les thèmes éducatifs qui englobent absolument tout. L’instruction civique qui englobe aussi bien le rapport de l’alimentation, tout le côté de l’hygiène, les maladies sexuellement transmissibles, les enfants de la rue, la notion de citoyen, de nation, les drogues. On a recensé tous les thèmes qui gangrènent la société ivoirienne. Tout ce travail a été fait jusqu’à présent sur fonds propres. On a réussi à produire un peu plus de 400 mille exemplaires, quand 250 mille exemplaires sont en cours de production.

La stratégie de vulgarisation ne bute-t-elle pas sur le fait que les manuels soient vendus plutôt que gratuits?
Justement, c’est pour cela que je demande une politique de gratuité au Chef de l’Etat, qui sera un soutien à toutes ces actions. Mais parallèlement, tous les chefs d’entreprises qui veulent travailler avec nous, devront à un moment donné inscrire le chapitre du soutien à l’alphabétisation dans leur comptabilité. Avec en contrepartie un allègement de leurs impôts, puisque c’est une cause nationale. Il faut que ces entreprises privées, lorqu’elles dégagent des moyens pour l’achat de ces manuels, bénéficient à un moment donné de certaines facilités afin de leur permettre de multiplier ce genre d’actions. Surtout que ces ouvrages ont été déposés au Conseil supérieur de la publicité et par conséquent font office de support de communication. Donc les entreprises gagneront forcément quelque chose. Comprenez que l’alphabétisation est l’affaire de tous.

Est-ce que votre vision intègre la donne de l’alphabétisation fonctionnelle ?
Absolument ! L’alphabétisation sur laquelle nous travaillons est dite «globale». En soixante heures, on peut apprendre à lire et à écrire. Du moins, selon les données officielles. Et cela est en parfaite adéquation avec l’alphabétisation dite fonctionnelle. Je vous le dit, le manuel d’alphabétisation des planteurs de café – cacao, par exemple, existe depuis quatre ans. J’ai déposé les documents au Comité de gestion de la filière. J’ai même rencontré toutes les coopératives. Tout le monde est désireux d’y aller à fond. Même du côté du vivrier avec Mme Irié Lou, et le secteur de l’ananas avec l’Ocab, ils sont séduits. Idem pour la filière de l’anacarde. Quand vous êtes dans un secteur d’activité et que vous nous approchez, nous créons un manuel spécifiquement pour vous. C’est-à-dire qu’à mesure que vous apprenez à lire et à écrire, on vous enseigne en même temps les notions de votre secteur d’activité. Donc, ces projets-là existent. J’attends seulement qu’on me prête une oreille attentive pour leur mise en œuvre.

Avez-vous un plan d’action d’urgence afin d’être soutenu par les autorités?
Avant fin juin, le rapport sur la gratuité doit être prêt. Pour nous permettre de mettre à la disposition du ministère de l’Education nationale ces manuels pour la rentrée prochaine.

Avec le Service autonome de l’alphabétisation, est-ce que vous avez pris attache pour voir l’état de fonctionnement des centres à l’intérieur du pays? Est-ce qu’il n’ont pas été détruits, pillés partiellement ou entièrement aujourd’hui?
Avec 51% ou 64% de personnes qui ne savent pas lire et écrire, même si plus de 30% des centres sont accessibles, c’est déjà bon à prendre. Le service autonome nous a toujours soutenu. Nous leur avons livré 10 mille exemplaires. Mais le problème, c’est le prix du kit à 2800 F CFA. Tout le monde n’a pas les moyens. C’est pour cela que la question de la gratuité est très cruciale. Si nous arrivons à cela, c’est l’action de l’État de Côte d’Ivoire avec toute sa puissance régalienne qui va permettre de distribuer les manuels jusqu’aux hameaux les plus lointains. Mais, même si on touche 30 à 50% du territoire national pour lesquels les livres sont déjà disponibles, ça va créer un certain engouement. Toute la communication et le soutien que Fraternité Matin nous apporte vont nous permettre de diffuser cette information-là. Pour que les gens viennent délibérément s’inscrire dans les centres.

Il y a aussi des organismes internationaux, multilatéraux comme l’UNESCO, l’Unfpa qui soutiennent souvent de telles actions. Est-ce que vous avez pris attache avec eux pour vous accompagner dans ce projet?
Ces organismes, ces grandes institutions internationales ne vont réagir que quand on aura l’appui du gouvernement. Mais la première action est que l’État de Côte d’Ivoire endosser déjà le rapport de la gratuité. Et les mécanismes intergouvernementaux et internationaux vont se signaler pour trouver les financements. C’est un projet noble et tous les organismes internationaux adorent ces genres de projets.