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Abissa, un pont passé-futur au service de la bonne gouvernance

Saxum Willy | | Evènements

 

Abissa 2017 sortie du Roi N’zima

La dizaine de jours marquant les festivités de l’Abissa 2017 vient de s’achever. À l’instar des éditions antérieures, les festivités proprement dites s’enclenchent le troisième jour.

L’Abissa ouvre ses portes après la retraite du tambour parleur. Suite à cette étape rituelle, le Roi  fait sa sortie et les Kômian procèdent à l’exorcisme de la place publique.

Bondée de monde, venu de divers horizons de la Côte d’Ivoire et de visiteurs internationaux, cette fête annuelle est un moment de réconciliation locale et aussi nationale.

Cependant qui dit réconciliation dit vérité. Et à l’Abissa la critique sociale est permise, encouragée par-delà. Une sorte de démocratie à l’africaine.

La parole est libre. Elle fait par ailleurs danser et savourer, des mets authentiques du peuple N’zima avec en bonus des plats venus de tout le pays. L’événement est en effet le lieu d’un brassage culturel au niveau culinaire notamment. Le quartier France prend des allures de foire gastronomique pour l’occasion. Ses artères sont remplies de maquis et restaurants parfois éphémères proposant des plats locaux dont le crabe braisé accompagné d’attiéké, le foutou sauce claire et aussi des mets qu’on retrouve chez d’autres peuples de Côte d’Ivoire : le fameux riz sauce graine des Bété, le foufou commun aux Dida et Adjoukrou,  sans oublier l’Alloco-piment et le garba… Bref, les papilles gustatives font le tour du pays le temps de cette fête.

L’Abissa, c’est bien entendu le tourisme dans tous ses pans. C’est la beauté et la mémoire du premier peuple qui a accueilli les colons sur les terres de la présente Côte d’Ivoire.

A cet effet, six ans après sa création, l’Abissa Tour, draine de plus en plus de visiteurs de tous âges. Cette année, plus de 200 adolescents ont effectué ce voyage vers le passé et vers un meilleur futur. Les organisateurs associent à la visite du musée et des vestiges coloniaux des moments de partage sur la culture locale, à travers des visites guidées. L’objectif ? Sa majesté Nanan Amon Tanoe Désiré, Roi des N’zima kotoko, l’a rappelé assez clairement: lier le peuple à la source du savoir qu’est la coutume. Car pour lui, « une rivière qui se coupe de sa source finit par tarir ». De façon pratique, les anciens construisent ce pont par l’initiation des jeunes à la danse et au tambour. Ce langage digital des us.

Lors de toutes les apparitions du Roi, on remarque également la présence d’enfants  à ses côtés. Témoins privilégiés des procédés de règlement de conflit, des récits réguliers relatant l’histoire du peuple. Véritable garant pérenne des coutumes. L’enfant dans la culture africaine, c’est l’innocence divine qui ouvre les cœurs à l’étranger, à qui tous les honneurs doivent être rendus. Ces jeunes grandissent bercés dans la pure tradition.

Aussi, à cette édition de l’Abissa, la lutte contre le cancer du sein – maladie qui ronge en Côte d’Ivoire – a-t-elle été mise en avant. Une solidarité qui sauvera des vies. Le volet social de cette fête est enrichi par des réunions organisées entre jeunes, femmes et cadres de la communauté, afin de réfléchir aux projets de développement et d’insertion professionnelle dans ce courant de mondialisation.

Le développement à travers les pieds dans la tradition, c’est une priorité dans de nombreuses régions de Côte d’Ivoire.

Durant le mois d’octobre 2017, le peuple Brong dans le Nord Est du pays a aussi célébré la nouvelle année à travers la fête des ignames. Ce royaume s’étant jusqu’au Ghana, preuve d’une intégration sous régionale ancestrale corrompue par les frontières coloniales.

Fête annuelle chez les Brong

Dans ces deux cultures, N’zima et Brong, que de traits de similitudes aux niveaux vestimentaire et autres. Le tambour aussi est un canal d’expression commun à plusieurs cultures locales. Surtout que, ces peuples ont tous des origines dans le royaume Ashanti, actuel Ghana. L’Abissa est même célébré dans ce pays avant que le flambeau soit transmis à la communauté N’Zima sœur de Côte d’Ivoire via le tambour sacré, l’Edo-N’gbolé.

Véritable creuset culturel, l’Abissa se referme avec la certitude d’être un repère universel.

 

Saxum