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Patrimoine culturel entre vandalisme et les lois internationales

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Le patrimoine culturel de la Côte d’ivoire est riche et très diversifié culturellement et naturellement. Face à l’instabilité socio-politique du pays depuis quelques années, face aux lois internationales autours de l’identité culturelle qui devrait être communautaire, le patrimoine est malheureusement la cible «mâle et femelle [1]» du vandalisme socio-politique lors des conflits. Cette réflexion, avec un point focal autour de la Côte d’ivoire de certains autres pays tels que le Mali, le Burkina Faso essayera de montrer plus ou moins pourquoi le patrimoine culturel qui doit être le premier moteur économique et touristique est plutôt la veste mal cousue[2] de la politique nationale et sous régionale dans une première articulation et enfin une articulation vers une recommandation stratégique de protection, de conservation et de valorisation du patrimoine culturel.

 

Introduction

Chaque époque a sa criminalité spécifique et chaque forme de criminalité a ses particularités. Au lendemain des indépendances de la Côte d’ivoire, elle hérite du coup d’un riche patrimoine culturel et naturel de la main des colons. Cet héritage a enrichi d’emblée l’identité culturelle et patrimoniale de cette nation. Malheureusement, « notre âge est à bien des égards, l’âge du désordre (…) »[3]. Le désordre dans une cité perturbe la tranquillité dont les citoyens ont besoin pour travailler et se reposer. Face à l’instabilité socio-politique dans ce « beau » pays depuis quelques années, face à des lois internationales de protection de l’identité culturelle ; le patrimoine est aujourd’hui plus que jamais la cible “mâle et femelle” du vandalisme socio-politique et culturel lors des crises et conflits.

Dans les pays en situation de conflits, une crispation identitaire est automatique. Or, c’est à partir de l’art qu’est édifié le patrimoine des nations, et donc à partir de l’art que l’identité de l’autre est détruite. Ainsi, la crise post-électorale de 2010 en Côte d’ivoire[4] fut le comble du vandalisme autour des musées, des bibliothèques, des sites et monuments et biens culturels et artistiques : offre touristique mais surtout une identité communautaire, voire nationale.

Ce « vandalisme culturel » a causé la perte d’un patrimoine-identité[5] à travers la destruction de presque tous les monuments et biens culturels de la ville d’Abidjan et dans certaines grandes villes du pays. Le pillage du musée des civilisations nationales, du palais de la culture, de la bibliothèque universitaire, de la bibliothèque nationale et bien d’autres sites culturels et artistiques. Pourquoi face aux mécontentements du peuple à la cause politique politicienne, le patrimoine culturel est délaissé par monsieur l’ordre public ou de la personne publique ? Pourquoi le vandalisme culturel n’existe-t-il actif de peine d’emprisonnement ? Que doit faire l’administration culturelle et judicaire ?

Une telle réflexion est loin d’être une solution miracle, mais plutôt un appas pour attirer l’attention des professionnels du secteur culturel et touristique sur la destruction volontaire ou involontaire du patrimoine culturel, notre identité. En revanche, une piste de solution peut être envisageable afin de contribuer à la protection, à la préservation à la conservation, surtout à la valorisation de ce riche héritage d’aujourd’hui aux générations futures.

 

De l’origine d’un vandalisme culturel[6] au cadrage problématique de l’acte de « vandalisme»

Le dictionnaire Le Robert définit l’acte comme étant une « action humaine considérée dans son aspect objectif plutôt que subjectif »[7]. Selon cet ouvrage, l’acte de, signifie l’acte inspiré par (…). Le terme est synonyme de geste, de manifestation. On peut alors parler d’acte de courage, de bonté, de folie ou encore, de vandalisme. L’acte de vandalisme n’est donc rien d’autre que le vandalisme dans sa réalité, dans sa matérialité. Mais d’où vient le vandalisme culturel?

Le terme vandalisme vient de vandale, membre d’une horde germanique qui, au Vème siècle, avait mis Rome à sac, avant d’envahir puis dévaster la Gaule, l’Espagne du sud et l’Afrique du nord. Ce terme apparût en 1793, avant d’être popularisé, semble-t-il, le 10 janvier 1794 par Henri GREGOIRE, évêque constitutionnel de Blois (France). Dans un rapport, il employât le mot pour désigner l’attitude destructrice d’une partie de l’armée républicaine.

Avec le développement de l’écologie et de la protection de l’environnement, le terme en vient à désigner également, la dégradation des sites naturels par la pollution ou par l’urbanisation sauvage. Les sites naturels sont désormais, eux aussi, classés et protégés des vandales de tout genre qui les menacent.

La notion de vandalisme ne concerne pas que les pays riches. Il existe un vandalisme causé par le temps mais aussi un vandalisme dû à la pauvreté, à l’ignorance : c’est par exemple lorsque des pays ne peuvent maintenir en l’état leurs monuments et sites historiques ou doivent les sacrifier à des impératifs de développement. En Egypte au début des années soixante, la construction du barrage d’Assouan menaçait de submerger le site d’Abou Simbel qui se dressait sur la rive du Nil depuis le XIIIème siècle avant notre ère. Une équipe internationale d’ingénieurs organisa, sous l’égide de l’Unesco, le sauvetage des temples de Ramsès II, qui furent découpés en blocs, transportés puis reconstitués sur un nouveau site en hauteur.[8]

En 1972, l’Unesco adopte la Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel[9]. Elle sert à garantir, par l’inscription au patrimoine mondial, la protection des sites considérés comme patrimoine de l’humanité. Aujourd’hui la notion de vandalisme a encore beaucoup évolué avec cette Convention. A force d’être utilisé comme terme d’opprobre, le sens du mot a été étendu bien au-delà d’une simple attaque contre le patrimoine, pour désigner la destruction ou la dégradation aveugle, malfaisante et gratuite de biens et meubles ou immeubles, publics ou privés. Le vandale d’aujourd’hui, c’est celui qui s’attaque aux choses quelles qu’elles soient : qui casse les vitres, brûle les voitures, démolit les monuments, couvre les murs de graffitis, etc.

Avec le développement des technologies de l’information et de la communication, il existe désormais ce qu’on appelle le vandalisme électronique. Il consiste à causer intentionnellement des dommages aux programmes et données informatiques. Cela se fait au moyen de virus ou autres programmes susceptibles de perturber l’accès aux données ou le bon fonctionnement du système informatique[10].

L’extension de la notion se poursuit dans la mesure où la législation donne au mot vandalisme, d’autres significations. Ainsi est considéré comme acte de « vandalisme culturel », toute action de destruction ou de dégradation causée au patrimoine culturel de la personne publique (sites, musées, monuments, archives, etc.) quel que soit l’objectif visé. L’exemple lors de la crise post-électorale en Côte d’ivoire, pour des raisons anthropo-sociologiques, religieuses et mystiques[11]les partisans politiques, et les manifestants ont procédé à la démolition massive des monuments et sites culturels sous prétexte de se faire justice soi-même. Le cas cité n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, car je ne citerais encore le cas du Mali et du Burkina Faso, tout dernièrement lors des évènements socio-politiques qui a causé la chute du Président de la République, certes, mais, la destruction d’un certains de monuments et sites culturels, que dis-je, bref.

 

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En Côte d’ivoire

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Au Burkina Faso

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En Côte d’ivoire

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Au Mali

 

Source : internet (Google image)

Si le patrimoine culturel est considéré culturellement voire scientifiquement comme « Patrimoine-identitaire [12]» alors ces actes de vandalisme sont des « crimes de foule [13]» contre l’humanité. Les biens culturels ne sont pas attaqués en tant que culture, mais en tant que représentation de l’autre, car que dis-je : la culture[14]   est support de l’identité. J’estime dès lors ces actes de « vandalisme culturel » qui sont à la fois un phénomène de foule et un phénomène impulsif. A l’opposé, ces conventions, ces lois, ces codes, ces arrêtés, ces décrets ratifiés ou non par les pays de membres l’UEMOA autour du patrimoine ne sont-ils pas limités en quelque sorte pour protéger l’identité culturelle du peuple. Quels sont les commanditaires de ces actes de vandalisme culturel ? Quelle est la responsabilité de la personne publique (Etat) et de la communauté internationale (UNESCO, OMT, ICOM, ICOMOS, UMOA, UA, CPI) ? Juridiquement un certain nombre de lois, de décrets, d’ordonnances, de décisions, d’arrêtés portant protection du patrimoine culturel[15] existe bel et bien dans ces différents pays, en revanche aucun cadre de juridiction pénale. Est-ce une façon de respecter le principe de liberté ou contribuer à l’augmentation du taux de l’ignorance culturelle dans le monde?

 

Du principe de liberté humaine au mariage de « l’ignorance culturelle »

De façon générale, la liberté est un concept qui désigne la possibilité d’action ou de mouvement.
En mécanique par exemple, on parle de degrés de liberté pour comptabiliser les mouvements possibles d’une pièce. Pour le sens commun, la liberté s’oppose à la notion d’enfermement ou de séquestration. Une personne qui vient de sortir de prison est dite libre. Le sens originel du mot liberté est d’ailleurs assez proche : l’homme libre est celui qui n’appartient pas à autrui, qui n’a pas le statut d’esclave. De la philosophie en passant par la sociologie au droit et à la politique, la liberté est une notion majeure : elle marque l’aptitude des individus à exercer leur volonté avec-selon l’orientation politique des discours tenus-la mise en avant de nuances dont chacune n’épuise pas le sens intégral :

  • formulation négative : où l’on pointe l’absence de soumission, de servitude, de contrainte, qu’elles soient exercées par d’autres individus comme pour l’esclavage, ou par la société c’est-à-dire par la Loi.
  • formulation positive : où l’on affirme l’autonomie et la spontanéité du sujet rationnel; les comportements humains volontaires se fondent sur la liberté et sont qualifiés de libres.
  • formulation relative : différents adages font ressortir l’équilibre à trouver dans une alternative, visant notamment à rendre la liberté compatible avec des principes de philosophie politique tels que l’égalité et la justice.

Ainsi : La « liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui »[16], ce qui implique la possibilité de « faire tout ce qui n’est point interdit, comme ne pas faire ce qui n’est point obligatoire »[17], la « liberté de dire ou de faire ce qui n’est pas contraire à l’ordre public ou à la morale publique » [18]ou encore « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres »[19]. Dans une telle formulation, la liberté est étroitement liée au concept de droit, allant jusqu’à confondre les deux notions. Cette notion renvoie à une double réflexion d’une part sur la liberté en tant que questionnement sur la capacité de choisir et de faire d’autre part comme questionnement sur l’exercice concret de ce pouvoir de choisir et de faire. En revanche, la population au lieu de constituer un Bouclier Bleu devient plutôt actrice du vandalisme culturel. En somme pour exprimer leur mécontentement, ils détruisent leur propre identité au profil d’un combat politique, qui d’ailleurs est source d’une peine perdue parfois. Parce que tous les dirigeants politiques dans nos pays avec réserve sont tous les mêmes. Il est malheureux de constater que l’ignorance culturelle est devenue une « norme » dans certaines situations conflictuelles en Côte d’ivoire, au Mali et au Burkina Faso…« L’ignorance conduit inévitablement aux préjugés et stéréotypes. Toutefois, une solution serait de se « cultiver », voire d’avoir au moins le sens de la curiosité, de la découverte, de la recherche, d’avoir la soif de la connaissance et de son bon usage. Mais persister dans l’ignorance et en faire le moteur de l’existence… pire encore, faire de l’ignorance la « Vérité inébranlable, absolue… »[20]

Au-delà de cette réalité, le fait sociologique marquant serait le manque de civisme culturel : l’éducation culturelle et artistique est en voie de disparition face aux défis de la mondialisation, de l’économie et de la technologie. La prolifération des écrans qui conditionne l’état existentiel de l’homme dans un Eta de consommateurs-marchants. Face à un peuple ignorant de sa propre identité culturelle et patrimoniale, face à une telle conquête de l’homme comment protéger l’essentiel culturel et artistique?

 

Patrimoine-identité entre le principe de liberté humaine et le discours juridique de la personne publique internationale : comment protéger l’essentiel culturel et artistique du vandale ?

Certains dangers menacent le patrimoine culturel : l’érosion, la pollution, le tourisme à outrance… Mais il semble qu’encore aujourd’hui, le danger le plus foudroyant et destructeur pour les biens culturels matériels dans nos pays soit le « vandalisme culturel » lors des conflits socio-politiques. Les outils de droit international apparaissent, dans ce cas de figure, privilégiés. Que peut être en meilleure mesure de protéger le patrimoine culturel que le droit international en cas de « vandalisme culturel » lors des conflits socio-politiques ?

Les deux définitions auxquelles nous nous réfèrerons dans le cadre de cette réflexion seront celles du bien culturel et du patrimoine mondial telles qu’inscrites dans les conventions internationales : la Convention de la Haye pour la protection du patrimoine culturel en cas de conflit armé de 1954 pour le patrimoine culturel et le bien culturel ; la Convention de 1972 sur le patrimoine mondial pour la définition du patrimoine mondial.

Ainsi, la Convention de la Haye stipule que : « sont considérés comme biens culturels, quels que soient leur origine ou leur propriétaire : les biens, meubles ou immeubles, qui présentent une grande importance pour le patrimoine culturel des peuples, tels que les monuments d’architecture, d’art ou d’histoire, religieux ou laïques, les sites archéologiques, les ensembles de constructions qui, en tant que tels, présentent un intérêt historique ou artistique, les œuvres d’art, les manuscrits, livres et collections scientifiques et les collections importantes de livres, d’archives ou de reproductions des biens définis ci-dessus ; b. Les édifices dont la destination principale et effective est de conserver ou d’exposer les biens culturels meubles définis à l’alinéa a, comme musées, les grandes bibliothèques, les dépôts d’archives, ainsi que les refuges destinés à abriter, en cas de conflit armé, les biens culturels meubles définis à l’alinéa a ; c. Les centres comprenant un nombre considérable de biens culturels qui sont définis aux alinéas a et b, dits « centres monumentaux »[21].

La convention de 1972 sur le patrimoine mondial définit quant à elle le patrimoine culturel mondial comme : « les monuments : œuvres architecturales, de sculpture ou de peinture monumentales, éléments ou structures de caractère archéologique, inscriptions, grottes et groupes d’éléments, qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de l’histoire, de l’art ou de la science, les ensembles : groupes de constructions isolées ou réunies, qui, en raison de leur architecture, de leur unité, ou de leur intégration dans le paysage, ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de l’histoire, de l’art ou de la science, les sites : œuvres de l’homme ou œuvres conjuguées de l’homme et de la nature, ainsi que les zones y compris les sites archéologiques qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue historique, esthétique, ethnologique ou anthropologique.[22] »

Beau discours juridique et institutionnel ! On voit bien dans ces définitions que la notion d’identité devient centrale. Le patrimoine c’est l’ « Homme ». Cela pour justifier l’importance des monuments ou sites culturels et artistiques de la Côte d’ivoire qui décrivent soit une histoire identitaire, soit témoignent d’un passé à transmettre aux générations futures. C’est le cas du monument consacré aux éléphants symbole emblématique de la nation en plein cœur d’Abidjan-Plateau qui a subi malheureusement au vandalisme. Mais que fait ce beau discours de monsieur la personne publique internationale en cas de « vandalisme culturel » ? Le droit international a été créé par les pays Européens, pour l’Europe. Le droit du patrimoine culturel n’échappe pas à la règle : la notion patrimoine mondial est en partie biaisée par une vision occidentale du bien culturel, qui met l’accent sur les constructions immeubles et sur les critères esthétiques. Cela conduit à avantager une partie du monde en matière de protection contre les dommages au patrimoine. Or, l’Europe n’est pas la partie du monde la plus sujette aux crises et conflits de nos jours ; la protection apportée par la Convention de 1972 n’est pas encore très efficace pour les pays africains qui jouissent d’un double principe d’universalité dû en partie par la colonisation pour la plupart. Jean-Gabriel Leturcq voit d’ailleurs dans la conservation des biens culturels un devoir universel qui appartient à l’ensemble des membres de l’humanité, alors que « la propriété culturelle en revanche apparaît comme plus proprement nationale voire nationaliste »[23].

Là est le paradoxe que nous observons tous. Nous assistons dès lors à des déclarations médiatiques de condamnations de par le monde. Et les vandales, eux, sont en pleine liberté dans les rues, après avoir commis de tels crimes sur le patrimoine-identité. Certains acteurs de la protection internationale des biens culturels diront peut-être le contraire. Mais au creusé de leurs différents cahiers de charges, on saura clairement qu’ils sont tous une « bureaucratisation de la culture », comme d’ailleurs dans nos pays.

L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture, mieux connue sous son sigle anglais Unesco, est créé en 1946 comme une agence spécialisée de l’ONU, la première étape de la « bureaucratisation de la culture ». Pour mener à bien ces activités, le poids de certaines ONG telles que l’ICOMOS et l’ICOM épaulent l’Unesco comme des experts-consultants.

Le Conseil International des Monuments et des Sites (ICOMOS), une association internationale spécialisée dans la conservation et la protection des monuments, des ensembles et des sites du patrimoine culturel a pour mission d’enseigner les techniques de protection et de conservation. Elle spécifie dans son statut qu’elle entretient une collaboration étroite avec l’Unesco.[24]

Quant au Conseil International des Musées (ICOM), également une ONG qui concentre ses activités sur la préservation et la communication de la valeur des musées, entretient aussi une relation formelle avec l’Unesco ; dans le cadre de la protection du patrimoine culturel en cas de crise, elle se concentre sur « la solidarité entre les professionnels de musée ; mieux répondre aux besoins urgents exprimés par les professionnels devant faire face à des situations de conflits armés ou de catastrophes naturelles ; appuyer et encourager la participation nationale aux conventions de protection culturelle internationales et autres instruments internationaux ainsi que leur respect ; améliorer l’information générale et l’assistance quant à la vulnérabilité extrême du patrimoine naturel mondial ; lutter contre le trafic illicite des biens culturels.[25] »

A ces deux ONG majeures dans la protection en cas de conflit armé, on peut ajouter le Conseil International des Archives (ICA), la Fédération Internationale des Associations de Bibliothécaires et de Bibliothèques (IFLA), et le Co-ordinating Council of Audiovisual Archives Association (CAAA).

Jusque-là, le cadre spécifique de la protection du patrimoine et bien culturel du « vandalisme culturel » n’est sur aucune balance juridique et pénale. En revanche un concept empirique de Bouclier Bleu existe pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé, une sorte de Croix-Rouge pour le domaine culturel.

Notre ambition de défendre la culture du vandale nous conduisît dans les Statuts de la Cour Pénale Internationale (CPI) pour comprendre ce que prévoir cette instance internationale de défense de droit de l’homme. En effet, l’article 8 du Statut de la CPI qualifie de crimes de guerres dans un contexte de conflit armé international : « le fait de diriger intentionnellement des attaques contre des bâtiments consacrés à la religion, l’enseignement, l’art, la science ou les actions caritatives, des monuments historiques, des hôpitaux, et des lieux où des malades ou des blessés sont rassemblés, à condition qu’ils ne soient pas des objectifs militaires[26] ». On constate plus ou moins une considération juridique mais sans aucun arrêt ne fait cas d’école pour justifier notre inquiétude, conclusion une « bureaucratisation judiciaire des droits de la culture » au plus haut degré de la juridiction.

Peut-être ce n’est pas la bonne porte, certes. Mais l’organisation Mondiale du Tourisme (OMT), le Code mondial d’éthique du tourisme (CMET), la Charte internationale du tourisme (CIT) prônent plutôt un tourisme éthique et responsable dans un contexte stabilité politique mais ont certainement occulté un aspect important de la gestion des produits touristiques dans un espace où le vandalisme socio-politique et culturel est au premier rang du mécontentement du peuple à cause de ce que j’appelle pour la circonstance la « royauté politico-étatique » des chefs d’Etats. C’est-à-dire des Chefs d’Etats qui font du palais présidentiel, une propriété privée et pire oubliant le peuple dans son humanité culturelle. Et l’essence même de la culture, qui, a servi à priori d’outils de campagne présidentielle, législative, municipale et deviendra par la suite la veste mal cousue de la chaine politique et gouvernementale. Ouf ! J’en passe. En claire, la culture est sans « avocat », la culture souffre d’injustice, du discours et des déclarations de la personne publique internationale. Pourtant, The Unesco Courrier en indiquant que « la préservation des sites permet le tourisme culturel » et que le tourisme culturel est « un trésor inexploité pour le développement économique »[27], attirait certainement l’attention de l’administration culturelle et judiciaire sur le paradoxe du développement économique non collaboratif, de la gouvernance unilatérale voire de l’ignorance de l’économie culturelle et touristique. Comment dans un tel contexte, protéger le patrimoine du « vandalisme culturel » ?

 

Les perspectives de solutions pour une meilleure protection du patrimoine culturel

Il serait très prétentieux de faire une liste exhaustive de solutions. Néanmoins un seul principe directeur guidera nos perspectives de solutions : celui d’une éducation globale du peuple au patrimoine culturel. L’engagement autour d’un concept que je nomme pour l’occasion « Très Tôt Conscient » (TTC) avec la vision de former des hommes très tôt conscients (H-TTC) pourrait se décliner en une vaste opération de sensibilisation sous régionale afin de repositionner le « patrimoine-identité » dans l’esprit de tous et de chacun.

Comme il l’a été dit, l’utilisation du patrimoine culturel n’est pas toujours inoffensive. Remplacer la patrimonialisation institutionnelle par une éducation au patrimoine et à sa signification pourrait être une solution partielle. En effet, la connaissance de ce que représente le patrimoine culturel mènerait à moins de vandalisme et à un respect scrupuleux, éthique, culturel et sociologique des biens culturels et artistiques.

Avant les conflits, une éducation aux valeurs du patrimoine culturel aux militaires, aux magistrats, aux députés, aux maires, aux leaders politiques, aux jeunes militants des partis politiques et même à la population toute entière ne pourrait être que bénéfique. En ce sens, l’instauration de quelques modules de cours universitaires de conscientisation culturelle constituerait une bonne initiative. Il faudrait développer des partenariats entre les organismes communautaires et les établissements scolaires, universitaires et professionnels; promouvoir la participation civique des jeunes; Identifier des personnalités médiatiques comme porte-parole dans le but de sensibiliser la participation des jeunes et d’attirer l’attention du large public; combattre l’ignorance culturelle à travers différentes initiatives telles que des tables rondes, des conférences, des manuels de ressources, des évènements culturels; à travers un réel dialogue public.

En dépit de tout, une étape d’inventaire de sites et de biens culturels s’impose. Dans la mesure où il faut penser un cadre juridique et pénal pour légiférer la culture en général. A l’instar des sites et biens culturels de l’Egypte où l’on constate avec admiration une sorte de distance sécuritaire autour des sites et biens culturels avec la présence des acteurs du Bouclier Bleu (Police de surveillance), la Bibliotheca d’Alexandrina, le Phare d’Alexandrie que je cite en guise d’exemple. Une volonté politique de faire une armée spéciale Bouclier Bleu dans nos pays pour surveiller le patrimoine-identité doit animer l’administrateur culturel et touristique. A défaut, initier des formations de renforcement de capacités au corps professionnel de l’ordre public (Police, Militaire, Gendarmerie, Douane, etc.). Après cette phase éducative, il faudrait légiférer la culture (patrimoine culturel, sites, monuments, biens culturels), en lui donnant un statut juridique et pénal ensuite passer aux actions d’arrêts, de jugements et sanctions pénales.

 

Conclusion

Le vandalisme autour du patrimoine culturel est dû à grande partie de l’ignorance et du mécontentement stéréotypé du peuple de la personne politique politicienne mais surtout au manque de cadre juridique et pénal en matière de Culture. Au terme de cette réflexion sur la thématique de Patrimoine culturel de la Côte d’ivoire entre vandalisme sociopolitiques et les lois de protections, de préservation et de valorisation internationales, il est à noter avec regret que la culture d’ordre général est toujours classée au dernier rang des priorités de l’humanité d’où une « bureaucratisation culturelle ». Autant de discours mais peu d’actions pour canoniser le « Patrimoine-identité » au niveau national, régional et international. Culturellement et touristiquement l’Afrique est riche, est-ce une volonté politique collaborative des pays d’Afrique pourrait sauver ce continent de l’ignorance culturelle, du vandalisme autour du patrimoine. Il n’est-il pas nécessaire de parler aujourd’hui un langage commun autour « d’Afrique-tour » avec un « visa Afrique touriste », d’une « police culturelle » avec une «  juridiction pénale culturelle »?

 

Pascald DJADOU

 

[1] Exprimant à tort ou à raison.

[2] Jeu de mots pour exprimer l’idée selon laquelle la culture est la moins considérée de la chaine économique et politique dans nos pays d’Afrique.

[3] Institut international de Police/Service de Coopération Technique de Police (IIP/SCTIP) 5ème Session Ordre public et pouvoir étatique, Paris 17-27 mars 1981, p1

[4]Située sur le Golfe de Guinée, la Côte d’Ivoire, est entourée par le Libéria, la Guinée, le Mali, le Burkina-Faso et le Ghana. 23 000 000 personnes occupent 322 462 km2 de territoire. Indépendante depuis 1960, le pays a pour capitale politique Yamoussoukro et pour capitale économique, Abidjan. Le français est la langue officielle, et les ivoiriens parlent sénoufo, dioula, yacouba, baoulé, ou bété. Le christianisme et l’islam sont pratiqués par respectivement 32,8 % et 38,6 % de la population. La Côte d’Ivoire bénéficie d’un climat tropical humide qui favorise le développement d’une végétation luxuriante, tandis que le Nord du pays est couvert de savanes plus ou moins boisées. En Côte d’Ivoire, pays de la fête et plaque tournante de la musique africaine, chacun peut trouver matière à satisfaire ses centres d’intérêt. 520 km de côtes bordant l’Océan Atlantique offrent plages de sable fin, cocotiers, criques, falaises, lagunes, sports nautiques. Le pays compte également de nombreux parcs nationaux et près de 300 réserves naturelles qui offrent une large variété de faune et de paysages. Enfin, la population est une mosaïque de plus de soixante ethnies représentant autant de croyances, langues, traditions et artisanats, qu’il est fascinant de découvrir. La ville historique de Grand Bassam, les parcs nationaux de Taï et de la Comoé, et la réserve naturelle intégrale du mont Nimba sont classés au patrimoine mondial de l’Unesco.

[5]Choay F. (1992) L’allégorie du patrimoine, Le Seuil.

[6]Pour mieux comprendre Cf. Reau L., Histoire du vandalisme : les monuments détruits de l’art français, Ed. Laffont Paris, 1994

[7]Le dictionnaire Le Petit Robert, Paris, 2001

[8]Microsoft Encarta encyclopédie 2006 (Abou Simbel)

[9] Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel 1972.

[10]Convention de Budapest sur la cybercriminalité, 23 novembre 2001, art. 4 et 5

[11]Les hommes politiques auraient faire des sacrifices humains en dessous de ces monuments pour se maintenir au pouvoir ou encore détruire pour faire au Président et son gouvernement.

[12]Opt-cit

[13]Selon Gabriel TARDE, les crimes de foule se caractérisent par une action « en commun et en masse, sous l’impulsion d’entraînements auxquels tous participent et où se dégagent des forces et des virtualités qui, à l’état d’isolement resteraient engourdies »

[14] Monuments, objets d’art, Tableaux d’art, Musée national, etc.

[15] LOI 87-806 du 28 juillet 1987 portant protection du patrimoine culturel, Journal Officiel de la République de Côte d’ivoire, N° 36 du 17 septembre 1987. Les Conventions de Berne 1886, de Haye 1954, de Paris 1970, 1972. L’accord de Bangui 1977. Décrets de création de l’office du patrimoine, etc.

[16] Art. 4 de la Déclaration des droits de l’homme

[17] Art. 5 de la Déclaration des droits de l’homme

[18]Droit administratif

[19]John Stuart Mill (20 mai 1806 à Londres8 mai 1873 à Avignon, France) est un philosophe, logicien et économistebritannique. Il fut l’un des penseurs libéraux les plus influents du XIXe siècle. Il était un partisan de l’utilitarisme, une théorie éthique préalablement exposée par son parrain Jeremy Bentham, dont Mill proposa sa version personnelle. En économie, il est l’un des derniers représentants de l’école classique. Féministe[1] précurseur, Mill proposa en outre un système de logique qui opère la transition entre l’empirisme du XVIIIe siècle et la logique contemporaine, in http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Stuart_Mill

[20]L’ignorance culturelle au Liban: un défi aux universitaires | Libnanewshttp://libnanews.com/lignorance-culturelle-au-liban-un-defi-aux-universitaires/

[21] Convention pour la protection des biens culturels en conflit armé, article premier « définition des biens culturels » 1954

[22]Convention pour la protection du patrimoine mondial, 1972, article premier « définition des biens culturels », in http://www.unesco.org/culture/Iaws/hague/htlm_fr/page1.shtml

[23] LETURCQ (JQ), Patrimoine en temps de guerre, CEDEJ 2006, p3

[24] Statuts de l’ICOMOS, article 5, paragraphe 6, in http://www.international.icomos.org/statuts_fra.htm

[25] Activités et Statuts de l’ICOM, article 8, in http://icom.museum/programme.html

[26]Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale, article 8b. ix, 17 juillet 1998, in http://www.icc-cpi.int/about.html

[27] Saskia Cousin, L’Unesco et la doctrine du tourisme culturel, in Civilisation, 2008, Vol. 57, p4