Suivez Nous

Décharge d’Akouedo/ Les enfants poubelles: Ces oubliés du système

100pour100culture | | Dossier
enfants-decharge-akouedo
Poubelles à ciel ouvert ou les odeurs nauséabondes à vous couper le souffle vous accueillent. Difficile de se frayer un chemin parmi ces tas d’ordures. Des enfants à l’âge d’aller à l’école s’y trouvent. Pour en savoir plus notre équipe de reportage s’y est rendu le lundi 26 janvier jour et heure d’ouverture des classes pour le constat sur les raisons de leur présence.
 
Abidjan perles des lagunes, malgré les buildings construits ça et là et le 3ème pont Henri Konan Bédié, Akouedo offre une autre réalité. La décharge située dans ce village continue de défrayer la chronique. Des enfants qui ont l’âge d’aller à l’école s’y adonnent à une autre activité.
Le ramassage des ordures en provenance du district d’Abidjan. Toute une population venant de divers horizons vit du recyclage des poubelles de la décharge d’Akouedo. Très tôt le matin, des grappes d’enfants dont l’âge varie entre 5 ans et 12 ans s’agglutinent sur les immondices. Quelques instants seulement après l’arrivée des camions chargés d’ordures ménagères venus déversés leur contenu fétide.
Non loin de là, nous apercevons un groupuscule de personnes hommes et femmes s’adonner à la fouille des ordures; à l’aide d’un bâton métallique voire les mains nues. Grande fût notre surprise de voir en ces lieux ou des maladies sont à ciel ouvert, des mômes. Des filles et des garçons de même âge pratiquement fouillant la montagne d’ordure entreposée depuis quelques jours. Nous interrogeons les enfants pour savoir pourquoi ils ne sont pas allés à l’école.
 
Ils nous répondirent en chœur « Nous on ne va pas à l’école ». Les sœurs Kéita, Abiba, Alima, Sarah, et Aïcha, ne se posent pas de questions, accroupies elles cherchent des bidons pour les  revendre au plus offrant. Elles nous montrent du doigt leur récolte de la journée, un tas de bidons et autres résidus comme des morceaux de fer et des sachets. « On n’a pas encore vendu sinon on peut se faire 2000 ou 3000 francs par jour ». Sentant le grand déballage du bizness, la mère poule fonce sur nous et d’un regard foudroyant, dame Kéita intime l’ordre à ses filles de la boucler. Du coup nous observons un silence d’omerta. Une scène va nous écœurer au plus profond de nous même, une mère avec ces enfants à bas âge font aussi la poubelle. Vu notre étonnement devant ce fait, un habitué du coin nous fais un sourire narquois comme pour dire ‘’vous n’avez rien vu encore’’. Non loin de là des jeunes garçons farfouillent  les ordures pour récupérer des boîtes de conserves. Eux on les appelle les « virus ou microbes », ils n’ont peur de rien, ils peuvent mettre à plat une montagne d’ordure de haut de 10 à 15 mètres sans rechigner.
 
Mais, à les regarder de près, ils ont le  corps couvert de gales et des teignes. Ils en ont cure de l’odeur qu’ils dégagent.   A côté de là un resto plein air est tenu par Tantie Fatou. On y vend du riz à la sauce arachide et de l’Alloco. Les mains gluantes de la boue et trempés de sueur ils viennent prendre leur repas de midi. A quelques encablures de là un groupe, eux on les appelle « les guerriers » pas question de manger, objectif fouiller en fin et comble cette montagne d’ordures.
 
Pourquoi cette abnégation au travail. Pour en savoir plus nous nous approchons  du « Koro » du groupe, le grand frère. Aboubacar sans faux fuyant plante le décor : « Nous sommes pour la plus part des immigrés et n’avons aucun soutien ici Abidjan. La meilleure manière de survivre est de faire ce sale boulot au risque de notre vie. Lorsque au sortir de certaine fouille on ne trouve rien; au finish on peut dormir le ventre vide. Ici il se passe des choses incroyables, un éboulement d’ordures peut entrainer des personnes dans le grand ravin. Il y a même eu des pertes en vie humaine et des blessés graves dus à des accidents avec des camions », nous confie-t-il l’air amer.
 
Malgré toutes ces difficultés ils ne désespèrent  pas et attendent des lendemains meilleurs. Pour l’heure ils vivent comme ils peuvent. La preuve quand ils vont vendre leur trouvaille constituée de sachets, bidons et fers à un Libanais, celui-ci fixe le prix selon son humeur du jour. Le libanais peut acheter le kilo de bidon a 100f ou 75f. Quand aux gains, ils sont variables et empêchent de faire quelques économies. Et pourtant ils ont des charges et dépenses journalières et mensuelles à respecter.
 
Mêmes malades nos « archéologues » doivent répondre  présents. Pas question pour eux de manquer à l’appel du ‘’travail’’.
Au delà des difficultés et des dilemmes moraux une question pour l’heure reste sans réponse; combien de ces enfants vont accéder à la scolarisation. Et s’offrir une chance de devenir un maillon important de la société de demain ?
 
Jean Paul Kipré Leroy