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Culture et Tourisme : Vers une stratégie opérationnelle de valorisation du patrimoine culturel dans l’espace UEMOA

Pascald DJADOU | | Dossier
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Ph. ivoirtv.net

Culturellement et touristiquement l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine est riche, est-ce une volonté politique collaborative de ces pays pourrait sauver cet espace de l’ignorance culturelle, du vandalisme autour du patrimoine. Il n’est-il pas nécessaire de parler aujourd’hui un langage commun autour « d’UEMOA-tour » avec un « visa UEMOA touriste », d’une « police culturelle » avec une «  cour pénale »? En somme, quelle stratégie de valorisation du patrimoine culturel dans l’espace UEMOA ?

Cet article se propose de suggérer une solution contributoire à la valorisation du patrimoine culturel des pays membres de l’UEMOA.

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Etymologiquement et pour simplifier, le concept de « mise en valeur » renvoie à ceux de « rendre accessible » et de « faciliter la transmission ». La valorisation désigne alors tout transfert de connaissance ou de savoirs d’un émetteur/producteur à un récepteur/utilisateur. Elle correspond aux idées de mise en valeur par la transmission, mise à disposition, diffusion, publication. Elle suppose avant tout la production des savoirs et la conception de processus de mise en communication de ces savoirs. Ainsi l’action de promotion autour du tourisme culturel s’adresse surtout directement au public en choisissant si possible des « cibles » identifiées comme clientèles potentielles avec des moyens appropriés. La promotion concerne aussi tous les niveaux géographiques, local, régional, national, voire multinational, comme le notait en son temps la Conférence régionale africaine de l’OMT de Banjul en octobre 1978 qui proposait une campagne d’information commune, une promotion par grandes régions africaines, et une commercialisation par pays. Mais, le cas échéant de l’UEMOA reste particulier. En effet, nous visons par le biais de cette stratégie, l’approche intercommunautaire de la valorisation du patrimoine. Trois principes pourraient conditionner le succès de cette valorisation du patrimoine culturel dans cette approche; ce sont les « trois C » : continuité-convergence-coordination. La valorisation du patrimoine culturel vise en somme trois grands secteurs de la promotion : l’information, les relations publiques et la publicité ou communication touristique en associant aujourd’hui les technologies de l’information et de la communication.

 

L’information

On doit impérativement renseigner, informer, et éduquer la cible sur les bénéfices de la ressource culturelle, socle du tourisme culturel, à travers les stratégies basées sur la médiation culturelle voire touristique, une sensibilisation participative des acteurs et des parties prenantes de la valorisation du patrimoine culturel. En outre, la mise en œuvre d’une politique de formation des médiateurs culturels et touristiques sans exclure reste une piste à explorer. Aussi l’insertion de certains modules de formation sur la culture patrimoniale dans le système socialisation en commençant dans les classes primaires jusqu’au niveau universitaire, sans occulter les centres de formations professionnelles, militaire, douanière et administrative. Cette formation doit être axée sur l’approche pédagogique ou andragogique visant le changement de comportement (CCC/IEC/Marketing social[1]).

 

Les relations publiques

Les relations publiques, traduction défectueuse de l’expression « public relation » qui signifie relations avec le public, visent à obtenir indirectement et quasi gratuitement ou plutôt à moindre coût, une notoriété complémentaire de celle que la publicité permet d’acquérir directement contre espèces[2].Selon les théories de KATZ et de Lazarsfeld[3], les touristes ne sont pas influencés directement par les messages diffusés par les médias mais par les leaders d’opinion, c’est le cas de l’utilisation de certaines stars ou hommes politiques dans les stands lors des salons ou colloques sur le tourisme. Car la cible doit être plutôt impliquée et accommodée dans le processus.

Les relations publiques dans le domaine du tourisme doivent être bien planifiées, coordonnées entre elles et avec les autres actions promotionnelles et disposer d’un budget propre. Elles touchent soit directement, soit par l’intermédiaire des médias[4]. En ce qui concerne la valorisation du patrimoine culturel de l’espace communautaire, l’UEMOA doit cependant conjuguer le verbe « valoriser »avec la Presse à travers des communiqués, des Eductours ou voyages d’information, des photographies de presse, et des concours de presse et aussi directement avec le public cible par des manifestations promotionnelles, la diffusion d’images fixes et animées, des « trade relations », etc. Enfin, l’enjeu des relations publiques pour le tourisme culturel reste informatif, identitaire, normatif, relationnel mais aussi de mobilisation, d’influence et de repositionnement. Les relations publiques doivent obéir les trois grands objectifs schématisés par Martine[5] sur ce schéma ci-après, et in situ adaptés à la valorisation du patrimoine culturel.

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Ce schéma résume l’image de marque que l’UEMOA doit créer autour du patrimoine et la faire aimer des touristes à travers ce modèle de communication publicitaire. Françoise Benhamou et Olivier Thesmar[6] confirment en disant que « la valorisation du patrimoine passe par l’amélioration des dispositifs d’information et d’évaluation qui incluent notamment une meilleure information au public ». Ceci, pour dire que la valorisation du patrimoine culturel est en quelque sorte la diffusion dudit patrimoine au public dans une relation verticale en visant une idéologie de protection identitaire. Et cette verticalité informationnelle pourrait se réaliser par la publicité culturelle voire touristique.

 

La publicité ou communication touristique

En faisant référence à la théorie de communication de Harold Dwight Lasswell[7], tout utilisateur de publicité comme annonceur doit prendre dès l’abord six : annoncer quoi ? (le thème), à qui ? (la cible), où ? (le support), quand ? (la campagne), comment ? (l’annonce), et pour combien ? (le budget), la dernière conditionne d’ailleurs les autres.La publicité touristique a le choix entre l’image fixe, animée et le son. Elle doit viser à offrir de façon percutante un message aussi simple sur le concept novateur par exemple « UEMOA, la nouvelle destination culturelle et touristique » peut être l’axe de communication. Cette diffusion publicitaire justifiera le pourquoi, en montrant l’attractivité, l’unicité et l’authenticité de l’espace. Les supports de communication doivent être adaptés aux différents messages et à la cible, tout en sachant que le développement du tourisme culturel de l’espace UEMOA doit se positionner dans l’intercommunautaire avant l’international. Le ton de la communication doit être frappant, provocant, démonstratif, sérieux, avertisseur et sécuritaire, mais cela ne signifierait pas qu’il doit exagérer, déformer voire construire une fausse image. Le schéma ci-dessous montre au mieux le processus de valorisation par une stratégie publicitaire adéquate. En nous inspirant du schéma complexe de la communication élaboré par Didier ANZIEU[8], nous nous sommes parvenu à l’adapter au tourisme culturel qui réclame aujourd’hui le concept empirique de durabilité et viabilité économique.

En remplacement de la notion de bruit ou d’interférence dans le processus de communication classique, le schéma de la communication culturelle et touristique que nous proposons introduit le concept de « médiation » ; c’est-à-dire une médiation entre l’émetteur (la destination UEMOA) et le récepteur (Touriste) et entre le récepteur (Touriste) et l’émetteur (la destination UEMOA). En réalité, la valorisation du patrimoine culturel par le tourisme via la publicité doit tenir compte impérativement du principe directeur de la préservation et de la conservation d’où une communication basée sur le changement de comportement et le IEC.[9]

La médiation entre l’émetteur (la destination UEMOA) et le récepteur (Touriste) dite touristique est assurée par le réseau de distribution du tourisme, les leaders d’opinion, les fournisseurs de biens et services touristiques, les universitaires, les journalistes, etc. et entre le récepteur (Touriste) et l’émetteur (la destination UEMOA) par les guides touristiques, les professionnels du patrimoine culturel et la population locale, est dite la médiation culturelle.

En toile de fond, le rôle de la médiation touristique est de développer un marketing touristique via le réseau de distribution ou de prescripteurs, qui sera assuré par une agence de développement culturel et touristique. L’agence diffusera le contenu de la destination UEMOA auprès des prescripteurs. Quant à la médiation culturelle, elle est plus éducative. A cet effet, une charte du tourisme culturel de la destination UEMOA doit être élaborée et diffusée auprès des touristes, afin de faire de la valorisation du patrimoine culturel un véritable outil de préservation et de conservation mais surtout de transmission de générations en générations la richesse culturelle de l’ensemble des pays membres de l’UEMOA.

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L’apport incontournable des TIC au tourisme culturel 

Les technologies de l’information et de la communication regroupent les techniques utilisées dans le traitement et la transmission des informations, principalement de l’informatique, de l’internet et des télécommunications. Les TIC ont été rapidement adoptées par les acteurs du tourisme comme instrument de vente et de promotion, et les acteurs de la culture y ont trouvé à leur tour de précieux instruments de préservation et de conservation du patrimoine, en donnant largement accès à toutes sortes de contenus. Les TIC constituent un moyens efficace de préservation et de promouvoir la diversité et le patrimoine culturel de l’UEMOA. La valorisation touristique du patrimoine par les TIC implique une grande diversité d’acteurs à différents niveaux politiques. Concernant les acteurs publics et particulièrement à l’échelle régionale les initiatives requièrent majoritairement de l’équipement. Si ces initiatives sont nombreuses et révèlent le dynamisme du secteur, les enjeux ne doivent pas pour autant être occultés. Ce sont :

  • L’enjeu économique du développement de services innovants de découverte et du patrimoine ;
  • L’enjeu culturel et social de la mise à disposition des richesses du patrimoine au plus grand nombre ;
  • L’enjeu de promotion de l’éthique et de la considération patrimoniale.

Cette vision stratégique de valoriser le patrimoine culturel de l’UEMOA par le biais du tourisme est soutenue par la communication de la commission européenne présentée en mars 2006, au sujet de la stratégie renouvelée de Lisbonne. En effet, Anne-Cécile Anthony et Jérémie Massin[10]énoncent dans cette communication que le tourisme « contribue à renforcer la compréhension entre les peuples et à façonner l’identité ». « Il facilite également le dialogue interculturel par l’établissement de relations entre divers groupes sociaux, économiques et culturels ». Cette affirmation illustre bien l’enjeu social et culturel majeur pour les acteurs de la valorisation touristique du patrimoine par les TIC.

D’ailleurs, valoriser le patrimoine culturel de l’espace UEMOA par les TIC à travers des supports de innovants est pour les acteurs publics l’opportunité de promouvoir des activités de découverte plus attractives et de toucher des publics habituellement peu enclins des activités de peine nature ou culturelle. Mais la gadgétisation des activités de découverte du patrimoine peut aussi altérer la dimension culturelle et pédagogique de ces prestations. Aussi les projets intégrant les technologies les plus innovantes et attractives doivent appréhender habilement la double approche : culturelle et éducative au travers de la découverts des ressources et ludique par l’utilisation de l’outil TIC. Ceci afin d’aller vers une réelle amélioration de la compréhension et de développer un intérêt sincère pour les richesses du patrimoine afin de rendre accessible le riche patrimoine de la communauté sous régionale à tous. Les politiques de valorisation touristique du patrimoine doivent orienter leurs actions vers les publics dont l’accès au patrimoine serait nul sans les TIC. Il s’agit en partie de pallier un tant soit peu les problèmes d’éloignement géographiques et tous les freins et obstacles à l’encontre de la mobilité notamment le handicap. Les visites virtuelles à distance, en ligne notamment, semblent ici être une réponse partielle aux difficultés liées à l’accessibilité physique.

La valorisation du tourisme culturel par les TIC ne doit pas exclure l’imagination et l’innovation. Ainsi l’UEMOA doit mettre impérativement à contribution les chercheurs, les universitaires, les jeunes, et les professionnels du secteur des TIC, du droit, de l’environnement, de la culture, de l’économie et du tourisme en initiant des projets novateurs. Comme par exemple l’animation des contenus Androïde, la conception des contenus de jeux vidéo à caractère ludo-éducatif avec les ressources culturelles de l’espace UEMOA. La création de sites web, de portails, de jeux numériques, de web TV, de Podcast, de documentaires, de l’animation 3D ne doit pas être écartée de cette vision l’approche participative dans une dynamique des « 5 P »[11]. En somme, rendre accessible le patrimoine à tous, c’est en permettre sa compréhension, d’où l’importance du multilinguisme. L’accessibilité des ressources culturelles au plus grand nombre c’est aussi, selon le principe de durabilité, les rendre accessibles aux générations futures. Enfin, une stratégie, commune aux secteurs de la culture et du tourisme, à l’échelon régional semble être une démarche pertinente pour répondre à l’enjeu de la valorisation touristique des patrimoines par les TIC est d’atteindre le fragile équilibre entre accessibilité à tous aux richesses du patrimoine et la préservation de ces ressources. Vu l’enjeu de promouvoir le droit de la culture et la culture par le tourisme dans l’espace UEMOA voire au niveau international, il serait plus qu’important d’encourager les initiatives de mise en place d’agences de développement culturel et touristique pour accompagner le développement communautaire du tourisme culturel et surtout dans un principe de protéger le patrimoine du « vandalisme culturel » lors des crises et des conflits. Le vandalisme autour du patrimoine culturel est dû à grande partie de l’ignorance et du mécontentement stéréotypé du peuple de la personne politique politicienne mais surtout au manque de cadre juridique et pénal en matière de Culture.

 

Pascald DJADOU

 

[1] Information Education Communication, Communication pour le Changement de Comportement et le marketing social font recours aux principes et aux techniques du marketing dans le but d’amener un public cible à accepter, rejeter, modifier ou délaisser volontairement un comportement dans son intérêt, dans l’intérêt d’un groupe ou dans l’intérêt de l’ensemble de la société[. Adaptation libre de la définition de Kotler, Roberto et Lee, in http://fr.wikipedia.org/wiki/Marketing_social#cite_note-1

[2] Robert LANQUAR et Robert HOLLIER, Le marketing touristique, PUF, Que sais-je ?, Paris 1981, p.73

 

[3] La théorie de la communication à double étage (« two-step flow theory », ou « two-step flow of communication » en anglais) a été développée par Paul Lazarsfeld et Elihu Katz dans le livre Influence personnelle paru en 1955. Remettant en cause la théorie habituelle du « pouvoir » des médias, elle propose une vision dite « des médias faibles ». L’analyse porte tant sur l’influence des médias dans le cadre des élections présidentielles que des études marketing. Après avoir étudié de nombreux cas, les auteurs décrivent les individus comme peu perméables aux messages des médias, du moins de façon directe. En effet, les électeurs, en grande partie, choisissent de voter pour un candidat donné en fonction de leur entourage. Parmi leurs proches, certains sont plus influents : ce sont des « leaders d’opinion » (aussi appelés « relais d’opinion » ou « guides d’opinion »). Or, ceux-ci ont comme particularité d’être à l’écoute des médias et de définir leur position politique selon les messages qu’ils diffusent. L’influence des médias sur l’ensemble de la population se fait donc en deux temps : d’abord le message délivré par les médias, ou un média en particulier, est reçu et plus ou moins assimilé par un leader d’opinion, ensuite, celui-ci fait partager son choix de vote aux personnes qu’il connaît. Cette théorie met, par conséquent, une limite forte à une influence verticale exercée par des classes dominantes sur l’ensemble de la société. Elle est aujourd’hui insuffisante à expliquer la communication qui est devenue plus diffuse et complexe. Les sociologues ont donc développé la « Multistep flow theory ».

 

[4]Robert LANQUAR et Robert HOLLIER, Opt.cit, p.73

 

[5]http://fr.slideshare.net/missmartine/relations-publiques-touristiques

[6] Françoise Benhamou et Olivier Thesmar. Rapport sur la valorisation du patrimoine de France, 2012

[7]Harold Dwight Lasswell (13 Février, 1902 – le 18 Décembre, 1978) était un leader américain politologue et théoricien des communications . Il a été membre de l’école de Chicago de sociologie , et il était un professeur de droit à l’Université de Yale. Il a servi en tant que président à la fois de l’American Political Science Association (APSA) et de l’Académie mondiale de l’art et de la science (WAAS). Selon un mémorial biographique écrit par Gabriel Almond au moment de la mort de Lasswell et publié par le National Academies of Sciences en 1987, Lasswell « classé parmi les demi-douzaine d’innovateurs dans les sciences sociales dans le XXe siècle. » À l’époque, Almond a affirmé que « peu de personnes doutent qu’il était le politologue le plus original et productif de son temps. » Les domaines de recherche dans lesquels Lasswell a travaillé notamment l’importance de la personnalité , la structure sociale et la culture dans l’explication des phénomènes politiques. Il a été noté à être en avance sur son temps en utilisant une variété d’approches méthodologiques qui sont devenus plus tard des normes à travers une variété de traditions intellectuelles, y compris les techniques d’entretien, analyse de contenu, les techniques para-expérimentale, et la mesure statistique.

Harold Lasswell, un politologue de formation, était un universitaire multidisciplinaire. Il ne pouvait pas classer son travail dans une seule discipline, mais au lieu de célébrer la nature multi-facette de ses produits. Lasswell était bien associée avec les disciplines de la science politique, la psychologie et la sociologie -. Toutefois, il n’a pas respecté la distinction entre ces limites, mais plutôt effacé les lignes tracées à diviser ces disciplines. Lasswell est bien connu pour son modèle de communication , qui se concentre sur «Qui (dit) Quel (à) Qui (en) quel canal (avec) Quel est l’effet ».

Il est également connu pour son livre sur les attributs psychologiques aberrants de dirigeants dans la politique et des affaires, Psychopathologie et politique , ainsi que pour un autre livre sur la politique, Politique: Qui obtient quoi, quand et comment . Il publie sa première formule en 1948. Cf. Rogers, Everett (1994) Une histoire de l’étude Communication: Approche biologique. NY: The Free Press. p. 3, in http://en.wikipedia.org/wiki/Harold_Lasswell, Consulté le 07 décembre 2014.

[8] Didier Anzieu psychanalyste français distingué.

[9] Information Education et Communication

[10]Anne-Cécile Anthony et Jérémie : TIC, tourisme, culture et patrimoine, SISTER, juillet 2007, p.9

[11] Progressive, Pragmatique et Pratique, Pédagogique, Professionnelle et Partagée.