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Côte d’Ivoire : L’heure est aux «maquis 2.0»

Saxum Willy | | Dossier

Un maquis de yop

Dancing, plein-air et autres maquis-bars d’Abidjan épousent  désormais le vocabulaire numérique pour leur désignation. En plus du wi-fi, des écrans plats installés et des projections de matchs populaires, l’esprit du numérique gagne les enseignes relève 100pou100culture.com.

« Play store », au-delà de la boutique de téléchargement d’applications en ligne, inspire des journées et des soirées arrosées au quartier Sideci à Yopougon(Yop). La commune est réputée pour ses lieux festifs et dans ce maquis, on y joue du Zouglou, du coupé-décalé et plusieurs genres musicaux africains.

Le numérique rentre dans les mœurs en Côte d’Ivoire, un pays carrefour, cosmopolite et très attractif. Cette vulgarisation devient un argument marketing dont se servent dorénavant les propriétaires de maquis et bars pour la dénomination de leurs espaces. Un élan créatif qui rime avec l’émergence de l’internet et du e-commerce. En effet, ce sont plus de 9millions d’abonnés à l’internet qui sont dénombrés en Côte d’Ivoire, selon le ministre de tutelle, Bruno Koné. La finalisation des travaux de l’extension de la fibre optique, ouvrira certainement de meilleures opportunités. Cependant, entretemps, les espaces culturels côtoient les réseaux sociaux – trois(3) millions d’abonnés sur facebook – et adaptent leurs panneaux publicitaires aux goûts des clients nombreusement « addicts » au web.

Enseigne couleur verte bien visible, sièges rouge, murs recouverts de petits symboles de l’application «  Play Store », cette buvette située en bordure de voie, offre d’autres fonctionnalités.  « Ici, on télécharge les bières », lance le manager des lieux. Et de poursuivre, « Play store sert à télécharger toutes sortes d’applications, de jeux et autres. Dans le même esprit, nous mettons toutes sortes d’alcool à la disposition de nos clients d’où le choix de cette appellation », détaille Blanc Marius.

A Yop, les emprunts lexicaux tirés du digital à l’instar du Play Store sont nombreux. Le « Bluetooth + », au quartier Lem,  se dit « une banque de données qui partage à la fois, boissons, danse et bonne humeur » en témoigne une serveuse avec un sourire radieux. Par ailleurs, « l’usage de ces notions familières vise également à ériger nos espaces en lieux de repères » rajoute le gérant de l’espace, arguant qu’il est plus facile de s’orienter par une telle appellation.

Pas plus d’un clic pour découvrir un autre cadre convivial, ambiance bon enfant. Le bar « Facebook » sis à Niangon se positionne quand à lui comme un endroit idéal pour se faire des ami(e)s à l’image du réseau social, leader mondial dont il porte le nom. Ces espaces accueillent aussi des prestations d’artistes confirmés ou en herbe.

Phénomène national

Loin d’être une pratique propre à la seule commune de Yopougon, la digitalisation des appellations d’espaces de divertissement  s’étend à d’autres communes de la capitale abidjanaise et contamine en province.

Cocody active aussi son « Bluetooth » et Lakota (Centre-Ouest) peut se mettre en réseau avec son maquis du même nom. En partance pour la cité balnéaire de Grand-Bassam, patrimoine mondiale de l’UNESCO, vous ne serez pas déconnectés. Les maquis situés non loin de la rive sont dans la mouvance avec « Selfie ». Les amateurs d’autoportrait seront bien à leur aise dans un maquis éponyme à Dabou, une autre ville historique. Par ailleurs il fut une époque ou les titres des chansons congolaises n’domolo raflaient le ciel des maquis.

Si ces dénominations digitales ravissent les clients, certains gérants d’espaces de divertissement misent sur la qualité et la diversification  des services afin d’attirer davantage et fidéliser la clientèle nationale comme internationale. Gastronomie multiculturelle, services de mobile money et matériaux d’hygiène automatique, sont actifs chez ces prestataires qui veulent faire la différence.

En Côte d’Ivoire, rien que dans la capitale économique Abidjan, l’accès aux Smartphones dans les foyers est passé de 15, 7% en 2013 à 87,7% en 2016. Hormis le vocabulaire, les TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) et le web 2.0 s’intègrent dans le développement socioculturel et singulièrement dans la lutte pour l’alphabétisation comme en témoigne le prix « RFI Challenge App Afrique  2017» avec l’application mobile « Lucie » qui pourrait pourquoi pas faire son entrée dans les maquis.

 

Saxum