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Danse / Chorégraphie : Une Kombé en cache une autre, Germaine sur les traces de Béatrice

Raymond Alex Loukou | | Danses

Un corps qui se plie et se déplie dans un mouvement chorégraphique entraînant. Une plastique qui se soumet aux exigences de la danse contemporaine. Un personnage qui crie sa douleur, d’appartenir à un monde sans pitié qui nous arrache les êtres qui nous sont chers. Sur un air de flûte, ce corps de déploie, supporte sa colère, son indignation face à la cruauté du destin.

Cette plastique qui offre cette création intitulée « N’wô » (je pleure en langue gagou centre-ouest de la Côte d’Ivoire) n’est autre que Germaine Kombé, la sœur cadette de la célèbre danseuse et chorégraphe ivoirienne feue Béatrice Kombé qui repose désormais au Panthéon des arts ivoiriens. Nous l’avons découverte sur scène lors de la 25ième édition du Fespaco au pavillon Akwaba dédié à la Côte d’Ivoire, pays invité d’honneur.

« Après la mort de ma sœur Béatrice en 2007, ça été un grand choc pour moi. La disparition de mon idole a créé une déchirure en moi. Il a fallu que je trouve la force nécessaire pour créer ce spectacle en sa mémoire. Elle qui a porté la danse ivoirienne sur les plateaux les plus prestigieux hors du pays pendant des années », explique Germaine Kombé entre deux soupirs.

Celle qui revendique aujourd’hui l’héritage de Béatrice quand bien même elle veut créer sa propre identité ne pouvait pas échapper à son destin de danseuse rien qu’en jetant un regard dans sa généalogie.

En effet, Germaine a hérité de son père, danseur réputé dans sa région d’origine. Mais c’est par l’intermédiaire de Béatrice que Germaine a commencé à s’intéresser véritablement à la danse au point d’en faire un métier. Autant dire qu’elle s’est formée sous les ailes de Béatrice.

A la question de savoir ce que la danse représente pour elle, Germaine répond sans ambages : « La danse est une partie de moi-même. La danse c’est ma vie. C’est ma force et mon inspiration ».

Germaine fait ses armes auprès de Béatrice successivement dans les compagnies Tenzo, Djolem, et N’Soleh. En 2000, Béatrice créé sa propre compagnie qu’elle baptise « Compagnie Tchétché ». C’est au sein de cette compagnie que Germaine a véritablement l’occasion de se former à la danse et à la chorégraphie. Un concours de circonstance va accélérer les choses. En effet, hors du pays pour une série de spectacles, Béatrice envoie Germaine dispensé des cours de danse contemporaine dans un établissement d’Abidjan-Plateau. Une situation d’autant plus délicate en ce sens que celle qui est censée donner les cours apprendre aux élèves n’avait pas achevé sa formation. Mais à force de courage, de détermination et de passion elle y arrive grâce surtout aux instructions de Béatrice depuis l’extérieur du pays.

A partir de là, Germaine se sent pousser des ailes pour voler plus haut. Elle fera désormais partie de celles qui feront les tournées à l’international. La compagnie Tchétché marque de son empreinte chorégraphique de la Côte d’ Ivoire à travers des spectacles bien enlevés. Des tournées au Bénin, au Togo, en République dominicaine et aux États-Unis précisément à l’Université de Columbia.  Cette tournée américaine fera date dans les annales de la chorégraphie en Côte d’Ivoire tant elle a connu un succès éclatant. L’horizon semble se dégager pour Germaine qui voit ses rêves prendre forme mais c’était sans compter avec le destin qui n’avait pas dit son dernier mot.

En 2007, le monde des arts ivoiriens apprend avec désolation le décès de Béatrice Kombé, l’une des chorégraphes les plus douées de sa génération.

Ce décès est un coup dur pour Germaine qui vient de perdre sa sœur, son idole et son mentor. Cette disparition tragique l’éloigna de la scène pour longtemps. Pendant 6 ans elle était à la recherche de repères. En 2002 elle quitte Abidjan pour Ouaga pour de nouvelles aventures. Sur place, elle prend attache avec les archives concernant Béatrice. Ce travail de mémoire lui a redonné goût à la vie, plutôt à la danse.

En 2014, elle crée sa compagnie « La caravane de la destinée ». C’est l’occasion pour Germaine de renouer avec la scène. Et pour son retour, elle crée « N’Wo », un spectacle-hommage à Béatrice Kombé. C’est une danseuse très marquée par le passé mais qui tente de conquérir le futur, que nous avons suivie sur scène lors du dernier Fespaco.

Pour le futur, l’héritière de Béatrice se veut optimiste : « Remplacer une chorégraphe de la trempe de ma sœur n’est pas chose aisée. Je veux simplement m’inspirer de son travail pour tracer ma propre voie ». Voilà qui est clair !

Pour l’instant, l’ambition de Germaine est de reconquérir la scène et elle sait qu’elle a besoin pour cela de se remettre au travail. A côté de la danse contemporaine, elle entend valoriser les danses patrimoniales de la Côte d’Ivoire.

A terme, elle souhaite que sa compagnie soit un centre  de resocialisation des jeunes par le biais des arts de la scène.

 

Raymond Alex Loukou