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« Yomeddine », dans l’univers d’un jeune lépreux sur les routes de la campagne égyptienne

Innocent KONAN | | Cinéma

© Le Pacte
Rady Gamal et Ahmed Abdelhafiz dans « Yomeddine » d’Abu Bakr Shawky
Rady Gamal et Ahmed Abdelhafiz dans « Yomeddine » d’Abu Bakr Shawky

Il est rare qu’un premier long-métrage se retrouve en compétition officielle à Cannes. C’était le cas cette année de « Yomeddine » de l’Égyptien Abu Bakr Shawky. Le jeune cinéaste réalise un drame teinté de comédie sur le voyage d’un lépreux et d’un jeune garçon sur les routes d’Egypte, sous la forme d’un récit initiatique.

Beshay a un cœur gros comme une montagne, mais il vit à l’écart de la société, car il a le visage et les mains mutilés par la lèpre et sa famille l’avait abandonné tout petit dans une léproserie. Depuis, il n’a jamais quitté ce monde à part où il a construit sa vie en étant utile aux autres et en ramassant les chiffons et les déchets avec l’aide de son âne.

Mais, après avoir perdu sa femme, ce chiffonnier-paria décide d’aller à la recherche de sa famille dans le sud de l’Égypte. Son meilleur ami, un jeune orphelin nommé Obama, l’accompagne, sans oublier l’âne Harby, fidèle au poste en tirant la carriole. Ainsi commence l’aventure de ces trois « moins-que-rien » voyageant à travers l’Égypte.

Ensemble, ils surmontent toutes sortes d’épreuves et d’obstacles, causés par leur origine, leur maladie ou leur pauvreté.

Avec « Yomeddine », Abu Bakr Shawky aborde par la fiction la place des lépreux dans la société égyptienne. Un sujet sur lequel le cinéaste égyptien avait déjà travaillé à l’occasion du documentaire « The Colony », tourné au sein de la léproserie d’Abu Zaabal. En romançant son sujet, « Yomeddine » raconte les destins croisés des malades qu’Abu Bakr Shawky a rencontrés lors de son séjour dans cette colonie de marginaux.

Shawky affirme « Je voulais faire un film qui est vrai par rapport aux gens que j’ai rencontrés sur place. Il y a dix ans, j’avais fait un documentaire à la léproserie d’Abou Zabaal près du Caire. Ils ont tellement de grâce et de fierté. En fait, ce sont des gens très joyeux qui ne se plaignent absolument pas de leur sort et ne font pas pitié. Plus général, c’est aussi un trait de caractère de beaucoup d’Égyptiens. Ils rencontrent beaucoup de problèmes, mais le prennent quand même avec un sourire et restent heureux. Je voulais retrouver cela dans le film et si j’avais pris une autre direction, plus déprimante, cela n’aurait pas être réaliste pour Égypte. »

Et la réaction du public égyptien lui donne raison. Lors de sa sortie en Égypte, le film y restait plus que quatre semaines à l’affiche de plusieurs salles de cinéma. Une vraie réussite pour un long métrage tourné avec un tout petit budget par un réalisateur et des non-acteurs complètement inconnus.

 

Innocent KONAN