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Radu Jude remporte l’Ours d’Or pour son film “Bad Luck Banging and Looney Porn”

Irene COULIBALY | | Cinéma

Radu Jude avait remporté l’Ours d’argent en 2015 pour son film «Aferim!» (Photo d’archives)
AFP

Le cinéaste roumain Radu Jude a reçu, ce vendredi 5 mars, l’Ours d’Or du meilleur film à Berlin pour “Bad Luck Banging and Looney Porn”, une charge virulente contre l’hypocrisie sociale tournée avec masque.

 

Le cinéaste roumain Radu Jude a remporté l’Ours d’Or de la Berlinale 2021 pour “Bad Luck Banging and Looney Porn”, acide réalisation sur l’hypocrisie des sociétés contemporaines, tournée en pleine pandémie.

Le réalisateur Radu Jude âgé de 43 ans succède à l’Iranien Mohammad Rasoulof, qui faisait partie avec cinq autres anciens lauréats du jury de cette édition exceptionnelle, réduite et en ligne en raison de la pandémie.

Le film, foisonnant et brut de décoffrage, dont le titre pourrait être traduit par “Baise malencontreuse et porno loufoque”, s’ouvre par une séquence de plusieurs minutes de porno amateur.

La fuite de cette « sextape », tournée avec son compagnon par Emi (Katia Pascariu), qui enseigne l’histoire dans un lycée roumain, est l’occasion pour Radu Jude de dresser un portrait au vitriol de la société contemporaine, des militaires aux religieux en passant par les nouveaux riches et les parangons de vertu.

Ce cinéaste, l’un des plus en vue de la riche scène cinématographique d’Europe orientale, avait déjà remporté en 2015 l’Ours d’Argent du meilleur réalisateur à Berlin pour “Aferim!”, sur le racisme dont sont victimes les Roms en Roumanie.

La Berlinale, ou encore le Festival international du film de Berlin, est l’un des plus importants en Europe. La Berlinale avait fait le choix de se maintenir malgré les contraintes sanitaires, optant pour une édition en ligne, de cinq jours au lieu de onze. Les organisateurs espèrent pouvoir se rattraper avec des projections ouvertes au public au mois de juin.

 

Une charge virulente contre l’hypocrisie sociale

« C’est un film aussi bien élaboré que sauvage, intelligent et enfantin, géométrique et vibrant, imprécis et qui attaque le spectateur. Il ne laisse personne indifférent » tout en ébranlant « nos conventions sociales et cinématographiques », a salué l’un des membres du jury, le réalisateur israélien Nadav Lapid.

« Les spectateurs sont invités à faire une comparaison entre l’obscénité de cette vidéo porno et l’obscénité publique de la société, de l’hypocrisie, des traces de l’histoire qui restent jusqu’à nous », a expliqué au cours de la compétition Radu Jude à l’AFP.

« Il y a une comédie du désespoir, de la sexualité, de la condition humaine », « mais cela n’empêche pas bien sûr d’être furieux ou en colère contre certains aspects de notre société », a-t-il poursuivi.

Le film a aussi la particularité d’avoir été tourné en pleine pandémie et tous les acteurs apparaissent masqués. Une contrainte mise à profit par le réalisateur, qui s’amuse à faire porter à ses acteurs des masques ornés de slogans ou de smileys en total décalage avec leurs propos. « J’ai collecté tous les masques que j’ai trouvés et je les ai choisis pour les acteurs, comme un costume », a précisé Radu Jude.

Arsène DOUBLE

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