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« Portrait de la Jeune Fille en Feu », une romance passionnelle entre deux femmes

Arsene DOUBLE | | Cinéma

« Portrait de la jeune fille en feu » de la réalisatrice française Céline Sciamma est présenté en compétition au Festival de Cannes 2019. Celine Sciamma met en vedette deux femmes dans un mélodrame en costumes où l’émotion, la beauté et la sensualité se font maîtres mots.

Véritable film de costumes, « Portrait de la jeune fille en feu » a laissé sans doute une trace dans l’esprit des festivaliers. C’est une salve d’applaudissements qui a accompagné sa projection dans la soirée du mardi 21 mai au Grand Théâtre Lumière.

L’histoire que la réalisatrice Céline Sciamma raconte dans « Portrait de la jeune fille en feu » remonte au XVIIIe siècles. Marianne (Noémie Merlant) est engagée pour peindre le portrait d’Héloïse (Adèle Haenel), une jeune femme qui a quitté le couvent pour être mariée de force. Alors que la tradition veut qu’un portrait de la femme soit offert à l’époux, Héloïse refuse de poser. Marianne devra se faire passer pour une dame de compagnie pour approcher Héloïse, l’observer, et terminer ainsi le portrait. C’est cette observation attentive qui va créer un sentiment, autant chez Marianne qu’Héloïse.

 

Le génie de la réalisatrice Céline Sciamma

À travers le film de costumes, Céline Sciamma transpose son sujet – la peinture – dans chaque pore de l’image. L’eau cristalline et la plage de sable blanc deviennent le paysage sur lequel se dessine une passion interdite. Les tableaux s’enchaînent. Le romantisme imprègne la toile, au sens esthétique du terme : les falaises escarpées et la nature bouleversée résonnent comme l’écho des sentiments inavouables. Sciamma choisit de ne pas utiliser de musique. Le silence devient le seul métronome pendant ces deux heures, guidant une émotion fébrile qui nous plonge en apnée.

 

L’amour naissante entre la peintre et son sujet

Tourné comme un huis-clos où les hommes n’ont pas leur place, « Portrait de la Jeune Fille en Feu »enferme ses deux héroïnes dans une romance passionnelle. C’est d’abord le regard d’une peintre et de son objet, dont elle cherche à en extraire la beauté. Une beauté si fragile, si énigmatique à laquelle la peintre va lentement succomber. Apprendre à dompter la beauté jusqu’à l’adorer, une beauté qui glisse le long des cheveux blonds portés au vent jusqu’aux traits d’un nez fin pour finir par se noyer dans l’iris des yeux. Un corps inerte auquel la peintre va insuffler de la vie, raviver les couleurs chaudes d’un corps rongé par la tristesse. Un jeu de regard entrecroisé où se devine une flamme incandescente, dans laquelle se lit un désir vorace.

 

Une passion ardente

Tout se joue à travers la vue : le spectateur devient le témoin d’une romance naissante mais silencieuse, qui laisse entrevoir une tension sexuelle palpable. Le regard devient sensoriel et se laisse bercer par le fantasme : le souffle chaud dans la nuque, les mains se caressent, les yeux se dévorent jusqu’à ce que le désir devienne incontrôlable. « Portrait de la Jeune Fille en Feu » sublime ses deux muses, dont la nudité est picturale. Des corps féminins célébrés, où les poils n’entravent jamais le désir et au contraire, le transcende.

Céline Sciamma offre un regard féminin sur sa romance lesbienne, où la passion ardente crée un érotisme presque lancinant. La peinture capture alors éternellement une beauté disparue, mais toujours animée par la flamme vacillante de l’amour.

« Portrait de la Jeune Fille en Feu » est hanté par un désir insatiable, qui agrippe à la gorge pour ne plus la lâcher. Un tumulte des sentiments duquel on ne ressort pas indemne, comme marqué par ce vertige amoureux dont la passion est si forte, si lumineuse, qu’elle vampirise le cœur. Un tour de force de la part de Céline Sciamma, et de ses deux nymphes Adèle Haenel et Noémie Merlant, qui mérite d’être récompensé.

 

 

Arsène DOUBLE