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L’acteur britannique Earl Cameron s’est éteint

Danielle YESSO | | Cinéma

Sa longévité était loin d’être le seul aspect remarquable de son parcours : l’acteur Earl Cameron, qui est décédé à l’âge de 102 ans, a contribué à marquer l’histoire du 7e art. Il fut l’une des toutes premières figures noires du cinéma britannique.

Au terme de plus d’un siècle d’une existence qui l’a vu marquer l’histoire du cinéma britannique, dont il fut l’un des tout premiers acteurs noirs de premier plan à une époque où les rôles étaient écrits soit (surtout) pour des blancs soit pour des noirs, Earl Cameron n’est plus : l’acteur anglais vu notamment face à Sean Connery dans la franchise James Bond et apparu dans les années 2000 devant la caméra de Sidney Pollack, Stephen Frears ou encore Christopher Nolan, est mort à l’âge de 102 ans, s’éteignant paisiblement à son domicile de Kenilworth (Warwickshire, près de Birmingham), entouré de sa femme et de sa famille.

Sa disparition a suscité des hommages en cascade qui ont ému ses proches. “Notre famille est bouleversée par l’avalanche de marques d’amour et de respect reçues suite à l’annonce du décès de notre père, ont réagi ses enfants. En tant qu’artiste et en tant qu’acteur, il refusait de jouer des rôles qui dénigraient les personnes de couleur ou véhiculaient des stéréotypes. C’était véritablement un homme qui restait fidèle à ses principes et qui était une source d’inspiration.” Pour sa contribution exceptionnelle aux arts, Earl Cameron avait été fait commandeur dans l’ordre de l’empire britannique lors de la promotion du Nouvel An 2009.

Né dans les Bermudes, où un théâtre porte son nom depuis 2012, Earl Cameron s’était durant sa jeunesse engagé dans la Marine marchande et naviguait entre les Amériques, jusqu’à ce qu’il se retrouve fortuitement bloqué à Londres en octobre 1939 par la Seconde Guerre mondiale. Escale forcée au cours de laquelle il tomba amoureux, une bonne raison de rester amarré à la capitale anglaise ! Là, enchaînant les petits boulots, comme celui de cuisinier, il découvrit un spectacle dans le West End grâce à un ami noir qui jouait un petit rôle dedans ; il s’y fit peu après une place, profitant de l’absence d’un autre acteur : sa vocation était née et Earl Cameron allait au cours de la seconde moitié des années 1940 enchaîner les rôles au théâtre, à Londres et en tournée. Deep Are the Roots fut non seulement la pièce qui fit de lui le premier acteur noir à tenir un premier rôle dans le West End, mais elle lui permit aussi de rencontrer, lors de la tournée, celle qui allait devenir sa première épouse, Audrey, qui lui donna six enfants.

En 2017, année où il devenait centenaire, l’acteur britannique revisitait certains de ses souvenirs avec le quotidien The Guardian, remarquant qu’il n’avait pas le sentiment d’être un “pionnier” à l’époque de son éclosion : “Ce n’est qu’après, rétrospectivement, que je m’en suis rendu compte”, déclarait-il alors, repensant à combien il était difficile pour les acteurs noirs de décrocher des rôles : “A moins qu’il soit spécifiquement écrit pour un acteur noir, on n’envisageait jamais un acteur noir pour un rôle. C’était le problème que je rencontrais. Je n’obtenais que de petits rôles et c’était extrêmement frustrant – pas seulement pour moi, mais pour tous les acteurs noirs. Il a fallu beaucoup de temps pour que nous ayons des rôles dignes d’intérêt.”

L’acteur Paterson Joseph, tout comme son confrère David Harewood (Homeland, Supergirl), a publiquement pleuré la perte d’une figure historique : “Les épaules de sa génération de précurseurs, c’est sur elles que les acteurs de ma génération se tiennent. Personne n’en a eu de plus larges que ce gentleman à la voix de dieu et au coeur de prince” a salué celui qu’on a vu dans La Plage de Danny Boyle et la série HBO The Leftovers.

 

Danielle YESSO