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Idrissa Ouédraogo, perfectionniste jusqu’au bout des ongles

Raymond Alex Loukou | | Cinéma

Le cinéma africain vient de perdre un illustre porte-étendard en la personne d’Idrissa Ouédraogo. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, une chose est sûre: Idrissa Ouédraogo est un adepte du travail bien fait. Tous ceux qui l’ont connu ou côtoyé sont unanimes là-dessus. Mais au-delà du travail, il avait toujours de la bonne humeur à partager autour de lui.

Révélé au grand public avec son film Tilaï sacré  étalon d’or en 1991 au Fespaco, Idrissa Ouédraogo a marqué de son empreinte le cinéma africain.  Avec lui le cinéma africain s’est écrit en lettres capitales. Ces nombreuses réalisations ont été bien accueillies tant par le public que par les spécialistes en la matière. Devant ou derrière la caméra, Idrissa se faisait entendre de façon éloquente. Il savait donner des consignes et de la voix quand cela était nécessaire. Entre Idrissa et le cinéma c’est l’histoire du bébé lié à la mère par le cordon ombilical. On aurait dit qu’il est né une caméra aux poings.

Véritable bourreau du travail il n’avait pas du temps pour lui-même ou du moins il consacrait tout son temps au cinéma. Pour Idrissa, on ne vient pas au cinéma parce qu’on n’a rien à faire, bien au contraire on y vient pour apprendre les règles et les codes qui feront de tout apprenant un professionnel aguerri. Je me souviens qu’à l’avènement du numérique il mettait déjà en garde les réalisateurs tentés par la facilité. Il disait à cet effet que l’ère du numérique ne devrait pas ouvrir la voie aux aventuriers dans le domaine du cinéma. Toute sa carrière, l’Etalon du Yennega a fait de la formation son cheval de bataille.

Lors du dernier FESPACO, il n’a pas manqué de revenir sur ses propos au cours d’une émission-télé réalisée par Canal plus au Cinéma Olympia. « Le cinéma n’est pas réservé aux paresseux ni à ceux qui manquent d’ambition. Il n’est pas un espace où ceux qui ont échoué dans la vie viennent se distraire. C’est un métier à part entière. Il faut en apprendre les règles ». Sans commentaire.

L’artiste part en laissant un héritage à la nouvelle génération; celui du travail bien fait. Tout le Burkina te pleure, toute l’Afrique te pleure…

Adieu Maestro!

 

Raymond Alex Loukou