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7e panorama du cinéma colombien : l’histoire colombienne racontée avec passion

Jean Paul Tra Bi | | Cinéma

« Le Chien qui aboie » fête son dixième anniversaire en présentant la 7e édition du Panorama du Cinéma Colombien de Paris, labellisé dans le cadre de l’année France-Colombie. Les 14 longs métrages et 14 courts métrages inédits qui ont donnés le coup d’envoi depuis mercredi 11 octobre à Arlequin témoignent du renouveau et de la vitalité du cinéma colombien contemporain : entre villes et campagnes, regards intimes et collectifs, la programmation de cette année questionne le rapport de l’individu à l’histoire et à la société colombienne. Avec 14 réalisateurs invités à présenter leurs films, le Panorama est une véritable rencontre avec une cinématographie effervescente et rayonnante.

« Faire du Panorama du cinéma colombien un festival de référence en Colombie, c’est notre volonté », assurent Matilde et Sebastian. Ils surfent sur la bonne santé du cinéma colombien qui se porte plutôt bien. La réouverture de la Cinémathèque nationale, rénovée, en juin dernier en témoigne. Boosté par une loi en 2003 qui proposait une aide au financement des films, depuis quelques années, il grandit et s’enrichit, nous explique Matilde, et en s’appuyant sur le public. Un positionnement qui a évolué au fil des années. Le succès en Colombie d’un film comme Señorita Maria qui raconte l’histoire d’une paysanne transgenre (projeté l’an passé dans le cadre du Panorama), « un sujet difficile dans un pays patriarcal, religieux » en témoigne. De même Homo Botanicus (dont on espère une distribution en France) a eu un vrai succès public en Colombie, remplissant les salles.

« Le chien qui aboie », quel drôle de nom pour une association qui s’occupe de cinéma : une référence au chien des rues, sans frontière, ni maître ni race définie, nous explique Sebastián Coral, membre fondateur de l’association. Un clin d’œil un peu punk auquel fait écho la jeune fille bravache de l’affiche du festival. Un chien qui aboie ne mord pas, renchérit Matilde Valencia, autre membre de l’association, en référence au diction « perro que ladra no muerde ». C’est ça le message : faire du bruit autour du cinéma latino-américain pour le faire connaître.

De Paris à Bogota et vice-versa, une association composée d’une vingtaine de membres actifs, a pris de l’étoffe au fil des années et propose des rendez-vous réguliers autour du cinéma colombien, dans le cadre du Panorama, mais aussi du cinéma latino-américain. Elle a récemment proposé le documentaire chilien El pacto de Adriana de Lisette Orozco, sur la complexité de la mémoire familiale dans le cadre de la dictature militaire, qui fait un beau circuit dans les festivals. Des membres fondus de cinéma qui passent aussi parfois derrière la caméra. C’est le cas de la Colombienne Ana Maria Salas qui, après avoir fait un premier documentaire – Dans l’atelier – consacré au travail de son père le peintre Carlos Salas en 2016, boucle la postproduction d’un nouveau film également consacré au processus de création.

La navette entre la France et la Colombie en particulier permet à l’association de tisser des liens forts avec le continent latino-américain. La table-ronde samedi dernier a été l’occasion d’échanges avec des professionnels – une quinzaine – venus de Colombie : ingénieurs du son, producteurs, réalisateurs…

La programmation variée du festival Panorama du cinéma colombien témoigne de cette vitalité. Tous les formats sont représentés même les films pour enfants dans la section « Petit chiot » et tous les genres, du documentaire au film d’animation en passant par la fiction. Des genres parfois hybridés, comme la docu-fiction avec des acteurs naturels, revendiqués par les organisateurs du festival et par les cinéastes, à l’image d’un pays métissé, multiculturel où l’imaginaire, le conte permettent d’échapper à la violence -Sebastián fait le décompte des films revisitant le massacre de Bojayá en 2002 dans une église- et à la dureté du quotidien. « On a une prédisposition à la rêverie, au conte » et les cinéastes l’ont bien compris et l’utilisent dans leur travail, nous explique Matilde. Nous n’avons pas une ligne éditoriale précise, dans le choix de nos films pour le festival, poursuit Sebastián, mais nous sommes « les témoins des inquiétudes et des rêves des réalisateurs colombiens ».

Rappelons que l’identité profonde de la Colombie est au cœur de cette quête.

 

Jean Paul TRA BI