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La marionnette : engouement et opportunités d’emplois

Saxum Willy | | Arts Vivants

Inspirés par cet air frais, et ce soleil enchanté, sur les bords de cette rive de la lagune Ebrié dans le village Abatta, des artistes se construisent et ravissent le public des quatre points de la planète. Ils pratiquent l’art de la marionnette en recyclant des objets abandonnés qui pullulent la capitale économique de la Côte d’Ivoire, Abidjan.

Ces marionnettistes récupèrent des bidons en plastique, des mousses et autres meubles abandonnés pour les transformer en œuvres scéniques. Ils se tournent vers les plages ou la célèbre décharge d’Akouédo et transforment les détritus en médailles d’or.

« La main qui donne », l’un des chefs-d’œuvre de ces talents réunis au sein de la compagnie  « Ivoire marionnette » née en 2007, décroche six ans après leurs premiers pas, la médaille d’or aux Jeux de la francophonie à Nice (France).

Au niveau national, les tournées et les récompenses s’enchaînent. Un prix d’excellence des arts vivants en 2014, un prix Ascad (Académie des Sciences, des Arts, des Cultures d’Afrique et des Diasporas Africaines) l’année suivante et plusieurs autres reconnaissances avant de rééditer le sacre de la médaille d’or au 8ème Jeux de la Francophonie à Abidjan en 2017.

Pour ces créateurs, la détermination dans le travail demeure impétueuse. En plus de la capitale économique, les villes de l’intérieur sont contaminées par l’effervescence de l’art de la Marionnette. A peine revenus d’une tournée dans le nord, la région de la Nawa accueille à l’entame de février, les contes et les danses des marionnettes aux accoutrements arc-en-ciel. Une élégance burlesque qui séduit l’attention du public interpellé sur dégradation de l’environnement, l’importance de la scolarisation et la préservation de la paix.

Le sourire y est. Désormais, les marionnettes comptent parmi ces canaux qui véhiculent le « libres ensemble». À ce propos, si la commission nationale de la francophonie est plutôt insensible à leur talent, l’OIF s’efforce d’intervenir directement pour soutenir cette jeunesse dynamique ivoirienne. S’agissant du ministère de la culture et du Burida, ces structures nationales étatiques traînent dans leur accompagnement. Etonnant cela l’est, encore plus après avoir honoré le pays à maintes reprises, laissent entrendre les artistes. « Ils n’existent que de nom. Toujours aucun suivi malgré notre deuxième médaille d’Or», s’étonne un membre de l’équipe artistique. Le ministère de la promotion de la jeunesse de l’emploi des jeunes et du service civique est tout aussi discret contrairement à cette jeunesse bouillonnante et créative. Ce sont les ambassades de Suisse et d’Espagne qui ont permis à l’équipe de Soro Badrissa – ex apprenant au village Ki-Yi – d’obtenir un podium, des toilettes et les nécessités pour de nouveaux spectacles.

Au MASA (Marché des Arts et du Spectacle d’Abidjan), Ivoire marionnette se positionne à l’affiche avec plusieurs prestations dont  « Vié Quixot » et  « La boule bleue ». Des sensibilisations ruchées dans l’humour et la musique. Adultes, jeunes et enfants pourront découvrir l’univers environnemental, animal et se voir dans le miroir sociétal par le jeu théâtral et carnavalesque de marionnettes et marionnettistes.

Les spectacles et l’engouement pour cet art pluriel se multiplient. La marionnette attire de plus en plus de monde. Des écoles aux grandes salles en passant par les rues avec ses défilés populaires.

D’autres jeunes souhaitent apprendre ce métier et garantir la relève. Alors, l’académie « Ivoire marionnette » a été lancée et célèbre sa première promotion de sept nouvelles recrues hormis les formations spécifiques aux compères venus du Bénin, du Mali… Une opportunité pour plusieurs jeunes de la sous-région.  « C’est du social. Les parents nous envoient leurs enfants. A force de dire les textes, ils apprennent à lire. Ils suivent des cours d’alphabétisation avec un répétiteur pour les encadrer ».

Comme souligné, l’art de la Marionnette est riche de toutes les autres expressions de l’art. Sculpture, dessin, théâtre, musique, danse, couture, coiffure, etc. Tout y passe pour redonner vie à ces objets récupérés et aussi espoir à cette jeunesse souvent désespérée, au point de migrer dans la clandestinité.

 

Saxum