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Alassane Samoura : « L’éducation à l’eau consiste à avoir une bonne connaissance de l’eau en tant que ressource vitale »

Raymond Alex Loukou | | Arts Vivants

Alassane Samoura est le directeur-fondateur du Musée de l’Eau de Ouagadougou. À travers cet entretien que nous avons réalisé sur le site à 30 kilomètres de Ouagadougou, ce passionné de l’Eau nous exprime toute sa joie et sa détermination pour ce projet qui, à ses dires, va révolutionner le monde.

C’est un homme sûr de son affaire qui a accepté de nous recevoir pour parler de cette denrée rare qu’est l’eau et l’intérêt qu’elle suscite pour les nouvelles générations. Lisez plutôt…

Construire un musée de l’eau correspond à quel besoin ?

Le musée de l’eau correspond au besoin de valoriser l’eau à travers la collecte et l’exposition de son patrimoine matériel et immatériel.

Il s’agit de mieux faire connaitre l’eau aux citoyens, aux décideurs afin de la préserver, la sauvegarder et la partager pour tous.

Dans un pays comme le Burkina Faso, le musée de l’eau est un espace pour présenter les faiblesses (corvées d’eau des femmes, manque d’eau potable, stress hydrique, mauvaise gestion de la ressource…) du pays et les transformer en forces (prise en compte de l’accès à l’eau potable dans la constitution, plaidoyer pour la prise en compte de l’accès à l’eau potable dans l’approche Droits Humains).

A qui s’adresse ce musée ?

Il est écrit à l’entrée du musée de l’eau la paraphrase de Platon « Nul n’entre dans ce musée que s’il boit de l’eau ». En termes plus claires, tous les êtres humains boivent de l’eau et par conséquent doivent visiter le musée. Le musée de l’eau s’adresse à tous les groupes cibles : hommes, femmes, enfants, vieux …

Pensez-vous que l’eau est une ressource en voie de disparition au point de faire un musée pour la pérenniser ?

L’eau est une denrée en pleine disparation, les pluies se font rares (stress hydrique), les cours d’eau se rétrécissent, les fleuves ne s’écoulent plus vers les océans. Le manque d’eau impacte plus négativement le changement climatique. Face à ce drame de la disparition accélérée de l’eau, le musée de l’eau se veut un espace de sensibilisation, d’information, de formation, d’apprentissage de l’eau.

Quelles sont les différentes articulations que l’on trouve dans votre musée ?

La visite au musée de l’eau répond à une méthodologie et un discours pédagogique, éducatif. Musée à ciel ouvert, il comprend plusieurs vitrines dont les principales sont : la vitrine eau et littérature, la vitrine eau et symbolique, la vitrine eau hygiène assainissement, la vitrine eau et langues, l’eau et les changements climatiques….

Quel pourrait être l’apport du citoyen à votre œuvre ?

Le premier apport du citoyen est de découvrir le musée par sa visite et aussi le visiter en parcourant son site internet.

Découvrir le musée de l’eau permet au citoyen d’y apporter ses connaissances, son savoir et savoir-faire, son savoir être. Il pourra aussi contribuer par un apport en récipients, ustensiles, matériels, objets, récits, proverbes en lien avec l’eau. L’apport financier est vital.

Selon vous y a-t-il une éducation à l’usage de l’eau qu’il faut faire ?

L’éducation à l’eau consiste à avoir une bonne connaissance de l’eau en tant que ressource vitale, indispensable à la vie.

L’éducation à l’eau consiste à avoir une vision holistique de l’eau c’est-à-dire comprendre que l’eau est culturelle, sociologique, économique, anthropologique, cosmogonique, politique, philosophique…L’eau dans la pluridisciplinarité et dans la transdisciplinarité.

L’éducation à l’eau est de parvenir à éviter le gaspillage, la pollution, le manque de respect de la ressource.

Que faut-il pour assurer la pérennité de cette initiative ?

La pérennité de l’initiative est d’aider à sa construction par la mise à sa disposition de ressources financières, matérielles, humaines.

Quel message spécial adressez-vous à ceux qui veulent venir découvrir ce musée ?

La découverte du musée de l’eau est une opportunité de mieux connaitre l’eau dans ses valeurs et ses vertus, de la défendre en tant que patrimoine mondiale de l’humanité. C’est une mission individuelle et collective !

Qu’attendez-vous du gouvernement ou des partenaires qui voudraient bien soutenir ce projet ?

Les attentes à l’endroit des partenaires techniques et financiers sont multiples et multiformes. Il y a l’apport financier pour la construction du musée de l’eau, la collecte du patrimoine matériel et immatériel, l’organisation des événementiels comme la Journée Mondiale de l’Eau (22 mars), la Journée Mondiale des Toilettes (19 novembre),  la Journée Mondiale de Lavage des Mains (15 octobre). L’attente est d’aider le musée de l’eau à mener des projets comme la caravane de l’eau dans les pays du Sahel d’Afrique, la construction de la plus grande goutte d’eau du monde (20m de hauteur et 5m de circonférence) avec des bouteilles d’eau minérales perchée sur le plus haut sommet de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, la fabrication de la pirogue le Lampédusa , ou le refus de la migration clandestine de la jeunesse Africaine sur les côtes maritimes, l’organisation des expositions muséales itinérantes dans les pays de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest, CEDEAO.

 

Raymond Alex Loukou