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Un Pape noir ou une Afrique vêtue de gloire

Saxum Willy | | Arts Visuels

#25568 Black Pope

La capitale malienne Bamako abrite la 11ème édition de la biennale africaine de la photographie jusqu’au 31 janvier 2018. Parmi les tableaux exposés : un souverain pontife de peau noir. Cette création du photographe Camerounais Samuel Fosso est saisissante.

Les deux mains tenues à 90°, celle de gauche au bas de la croix, celle de droite levée, un sourire d’accueil, un visage chaleureux, qui rayonne d’un regard ouvert, compatissant, reflétant une saveur. La foi. Le pape chrétien catholique est noir. Les fidèles admirent l’œuvre. Originale. Une posture parfaitement mimée, avec en plus, la soutane utilisée pour cette mise en scène photographique, confectionnée chez Gammarelli, le tailleur officiel des papes.

Rosso à l’habitude de ce genre d’exercice. Il s’est déjà mué en Malcom X, Kwame Nkrumah, Angela Davis ou encore Patrice Lumumba. Cette fois-ci, au-delà des rétrospectives, Le pape africain loge présentement à la galerie Medina de Bamako grâce à cette photoprojection, le #25568 Black Pope. Le photographe est bien en phase avec le thème de cette édition: l’Afrotopia. Une idée inspirée par l’œuvre éponyme de l’universitaire Sénégalais Felwine Sarr. Porteur d’une utopie active, dans laquelle, l’Afrique contribue à faire progresser l’humanité à un palier supérieur. Ce, en bâtissant  une civilisation plus engagée, pour l’équilibre et la dignité.

Symbolisme 

Samuel Fosso nous plonge dans un voyage culturel futuriste. Afrofuturiste. Il dépasse les habitudes souvent muées en codes, il brise les barrières inavouées. Ce zeste atteint l’âme pour qu’elle éternue fraternité et unité éternellement. C’est une invitation à quitter tout complexe (infériorité ou supériorité), et par-delà la figure religieuse, sortir d’un conformisme prépondérant en Afrique, face à un occident aux structures sociales solides. L’offre de la diversité vient de voir une autre porte s’ouvrir. Le défi de la mobilité devient sécurité, paix et cohésion en s’instaurant dans les tréfonds telle une action mondiale et vitale. Se mettre dans la peau de l’autre tout en restant  soi-même pour mieux contribuer à l’avenir de l’humanité. Porter sa croix.

Loin d’être un appel à la revendication d’une érection d’un pape africain, c’est un appel au dépassement. Les hautes fonctions sont d’office accessibles dans la maturité quotidienne. C’est également une invitation au peuple africain, notamment aux dirigeants, qui gagneraient à adopter les enseignements véhiculés par la vie du pape. Sobriété, humilité, paix. Ce continent en a besoin pour grandir.

Le pape  est socialement assimilé à un président. Le Vatican est riche. Cependant, le pape François vit dans une petite chambre au format d’un studio. Donne son temps et sa vie pour un salaire autre que matériel. Les présidents des autres États peuvent s’en inspirer,  afin d’être des modèles de valeurs.  Surtout  ces présidents de pays pauvres, qui sont eux hyper riches. Avec des biens qui excèdent les budgets de leur pays. Ils réalisent des infrastructures mirobolantes dans les pays développés au détriment de leur population. Être noir et vêtu de la soutane papale peut inspirer un égoïsme régressif et le don de soi, afin d’assurer un développement durable.

Cette modestie qui accompagne l’espérance, contribue à réduire les misères dans le monde. La culture africaine avec son système d’économie solidaire, inclusive et sociale le prônait en partie. Les prisons, les crèches, l’isolement des personnes âgées y sont peu connus.

Des emprunts inappropriés tirés du capitalisme et la gouvernance perfide réduisent les efforts du continent noir. Et il se replonge dans son cauchemar, comme victime d’un passé qu’il doit vaincre. C’est pourquoi Samuel Fosso après avoir exploré les luttes du passé, cette fois, l’artiste se projette avec foi vers les lendemains glorieux de l’Afrique.

Saxum