Suivez Nous

Professeur Magueye Kassé (commissaire général du Dak’Art 2008)

Yacouba Sangare | | Arts Visuels

-

«  Les Africains doivent porter un nouveau regard sur l’Afrique »

Professeur titulaire des langues et civilisations germaniques à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Magueye Cissé est l’homme orchestre de la 8ème biennale de l’art africain contemporain de Dakar( Dak’Art 2008) qui ouvert ses portes depuis le 9 mai dernier. Il définit ici les grandes lignes de l’événément et explique ses motivation.

Pourquoi avez-vous choisi le thème « Afrique: miroir ? », pour ce Dak’Art 2008 ?
Tout simplement parce que l’Afrique doit s’arrêter à un moment de son évolution pour s’interroger sur elle-même et essayer de trouver des solutions à des problèmes qui sont réels et non abstraits. Ces problèmes sont identifiés dans de beaucoup de directions que portent les arts de façon générale: la musique, les arts bisuels, la littérature et le cinéma, pour ne citer que ces arts-là. Donc, le comité d’orientation dont j’étais membre avant d’être nommé commissaire général, avait décidé de prendre ce thème pour inciter à la réflexion des Africains pour qu’ils portent un regard nouveau sur l’Afrique, à partir du regard qui est projété sur eux-mêmes, sur sa condition, essayer de faire le point de cette condition. L’Afrique est aujourd’hui assaillie de multiples problèmes: les maladies endémiques, la mal gouvernance, les questions liées à l’émancipation des femmes, à la citoyenneté, l’éducation, à la formation, à la santé. Et tous ces problèmes ne sont pas présentés en tant que tels. Ils sont présentés de manière réaliste par les artistes qui ne se contentent pas par exemple d’illustrer dans leurs toiles, le désordre urbain, les violences faites aux femmes, mais la capacité suggestive de l’oeuvre d’art nous incite à une réflexion qui nous conduit à nous demander, est-ce que nous sommes bien ce que nous aurions dû être ? Est-ce que ce qu’on dit de nous est la réalité ? Est-ce que nous n’avons pas à produire notre propre discours pour savoir où nous voulons aller. C’est un peu autour de ça que le thème a été choisi. Et le point d’interrogation le renforce. Donc nous espérons que les oeuvres que nous avons choisies et qui réflètent bien ces préoccupations là, vont aider à mieux faire connaître le point de vues des artistes sur ces questions là. Ces points de vues ont toujours été là, mais on n’a jamais pris le temps de les interroger, de les discuter.

Pensez-vous que les artistes peuvent réellement faire bouger les choses uniquement avec leurs créations ?
Non. Il n’appartient pas aux artistes de changer les choses. Il leur appartient plutôt de faire accoucher les esprits dans le sens socratique, c’est-à-dire d’inciter à une réflexion, comme le cinéma, la littérature le font. Par exemple, dans le théâtre, Wolé Soyinka pose les mêmes problèmes mais dans un registre d’écritures différentes. J’ai dit dans mon texte ( discours d’ouverture de l’événement) que l’art est écriture. L’originalité de l’écriture de l’art doit être interprété dans le sens de s’interroger sur ce que l’artiste a à dire. Mais, il n’appartient pas à l’artiste de dire: «  je vais transformer le monde ». Toutefois, il peut participer à la prise de conscience qui peut transformer le monde.

La biennale a sélectionné cette 37 artistes contre 87 il y a deux ans. Qu’est-ce qui explique cette réduction du nombre d’artistes retenus pour les expositions officielles ?
Il n’ y a pas un chiffre qui est fixé à l’avance pour déterminer le nombre d’artistes retenus. Cela dépend de la qualité que le comité de sélection à trouver dans les oeuvres qui sont soumises à son appréciation. Les seuls critères qui ont guidé le comité de sélection, c’est l’originalité, la créativité, le fait que les oeuvres présentées sont originales dans le sens qu’elles n’ont pas déjà été présentées. Si nous trouvons des oeuvres fortes qui réflètent suffisamment la diversité du continent, nous les prenons. Mais on ne fixe pas de limite au départ. Tout dépend de la manière dont les artistes réagissent à l’appel à candidature. S’ils se présentent, nous prenons en compte la qualité et nous soumettons cette qualité à l’appréciation du jury plus tard.

Mais certains curateurs, et autres professionnels des arts visuels imputent cette réduction à des difficultés financières…
Non. Pas du tout. Ce n’est pas le cas. Le budget, prévu par le ministère de la culture, du patrimoine historique classé,des langues nationales et de la francophonie, a été voté. Les partenaires qui participent à la réalisation de la biennale étaient au rendez-vous. Je ne vois pas de difficultés dont on parle.

La biennale n’a vraiment pas eu de problèmes d’argent ?
A ma connaissance non. Je ne suis pas responsable de ces question slà, mais en tant que commissaire général chargé de définir le projet esthétique de la biennale, j’ai travaillé avec les autorités qui m’ont confié cette tâche et le Secrétariat général, dans le sens d’aller vers la biennale et de la réussir.