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Paulin Mominé, la fascination pour les formes et le mouvement…

Raymond Alex Loukou | | Arts Visuels

Paulin Mominé est un jeune artiste-sculpteur ivoirien qui ne veut pas évoluer dans l’ombre. Conscient que l’art en général et la sculpture en particulier n’a pas la côte en Côte d’Ivoire, il travaille chaque jour avec abnégation et passion pour changer la donne. Dans la sculpture il trouve sa raison de vivre et d’espérer. Avec déjà à son actif quelques expositions collectives, l’artiste n’entend pas renoncer de sitôt. Mieux, il veut suivre les traces de quelques Maîtres sculpteurs ivoiriens. Entretien avec un jeune passionné de sculpture qui attend son heure de … gloire. 

 Pouvez-vous nous rappeler brièvement votre parcours ?

Après le Bepc à Man en 2001, je suis entré au Lycée d’Enseignement Artistique où je décroché le BAC H1 en 2005. Ensuite j’ai passé avec succès le Diplôme d’Etudes Artistique Général (DEAG)  en 2007, puis le Diplôme d’Etudes Supérieure Artistique (DESA) spécialité sculpture en 2009 au Beaux-Arts d’Abidjan.

J’ai obtenu un Master 1 en muséologie en 2012 à l’EFAC (INSAAC) que je compte poursuivre après ma formation en pédagogie. Je suis présentement en formation pédagogique au CFPAC (INSAAC) pour l’obtention d’un Certificat d’ Aptitude Pédagogique pour l’enseignement des Arts dans le Secondaire (CAPEAS).

 Pourquoi avez-vous choisi la sculpture comme canal d’expression ?

C’est par fascination pour les formes et le mouvement que je suis venu  à la sculpture. J’aime donner forme à la matière et lui donnée du mouvement, c’est dommage que nous ne puissions pas y mettre le souffle. C’est pour cela que nous sommes des dieux sans pour autant être Dieu.

Savez-vous au moins que la demande en sculpture n’est pas forte en Côte d’Ivoire ?

Bien sûr, mais ce n’ pas pour autant que je dois arrêter de travailler. Je suis un artiste et un artiste à un objectif à atteindre. Pour atteindre ledit objectif, il y a une démarche à suivre. Et c’est cette démarche que je suis en essayant de dépasser mes propres limites par le travail. Seul le travail et le travail bien fait pourrait attirer le public. Je constate que de plus en plus l’Etat passe des commandes publiques. Je voudrais simplement dire à cet effet aux autorités qu’il y a des sculpteurs ivoiriens qui vont du bon travail.

 Quelle est la technique utilisée dans la réalisation de tes œuvres ?

J’utilise le marouflage sur armature et la taille directe sur bois. Cette technique me fascine beaucoup et me permet d’avoir le rendu que je souhaite.

 Quels sont les matériaux que tu privilégies dans ton travail ?

Je privilégie la toile de jute, le bois et le marbre aussi. N’oubliez pas que la plupart des commandes publiques sont exécutées en marbre.

 Quelles sont les expositions auxquelles tu as participé ?

J’ai participé à l’exposition 50 ans de l’art en Côte d’Ivoire (BICICI Ami des Arts), Jeunes talents de Côte d’ Ivoire (Galerie la Rotonde des Arts contemporains),  j’ai figuré dans la petite revue de l’art contemporain publiée par la Rotonde des Arts contemporains.

Pour toi, quelles sont les qualités dont a besoin pour être un bon sculpteur ?

Il faut avoir un amour fou pour la chose sculpturale car, c’est un métier qui demande assez de courage, de la passion, de la patience et bien entendu  l’esprit de créativité et d’ouverture. Il faut surtout tracer sa propre voie en évitant de copier les autres.

Penses-tu que la formation académique suffit pour être un bon sculpteur ?

La formation académique ne nous offre que la base, c’est au fil du temps et par une pratique acharnée que l’on  devient un sculpteur de renommée. Cela ne veut pas forcément dire qu’il faut négliger la formation académique quoiqu’ elle ne soit pas suffisante.

 Au niveau national, quelles sont les œuvres que tu as réalisées ?

Le buste de Saint- Jean Bosco à Treichville, le Crucifix à  Lopou ( Dabou ), deux Vierges-Marie à Memni ( Alépé ).

 As-tu déjà participé à tes concours artistiques ?

Oui, j’ai participé au concours national des Arts doté du Grand Prix Guy Nairay ” GUYZAGN 2009 ” où j’ai été nominé.

Penses-tu que la politique culturelle mise en place par l’Etat permet aux artistes de s’exprimer pleinement ?

Je ne le pense pas.  L’Etat essaie tant bien que mal de tracer une politique pour permettre aux artistes de s’exprimer mais cette politique à mon sens manque de visibilité et d’efficacité.

Te sens-tu prêt à répondre à des commandes publiques ?

Je suis physiquement et moralement apte à répondre à toutes sortes de commandes. Pourvu que ces commandes soient bien expliquées à l’artiste.

Quels sont les artistes qui t’inspirent dans ta démarche sculpturale ?

Jem’s Kokobi ( Côte d’ Ivoire ) Ousmane Sow ( Sénégal ) et Giacometi ( Italie )

As-tu déjà fréquenté des ateliers de sculpteurs ivoiriens ?

Pas de façon assidue. Toutefois, j’ai assisté plusieurs fois au travail des sculpteurs Donkor, Ayebi et Sossah. J’ai beaucoup appris à leur côté. Ce sont des références en Côte d’ Ivoire en matière de sculpture. Les assister dans leur travail a été pour moi un grand privilège.

As-tu déjà pensé à une exposition individuelle ?

Si, mais les moyens ne me l’ont pas encore permis.

En tant qu’artiste, peut-on dire que tu vis convenablement de ton art ?

Pas vraiment ! Je dirai plutôt que l’artiste vit de passion (rires). Sûrement que la gloire et la richesse viendront lorsque l’artiste ara une renommée.

Penses-tu qu’en Côte d’Ivoire il y a suffisamment de plateformes pour permettre à l’artiste de s’exprimer ?

Il n’y en a pas assez mais une bonne politique pourrait favoriser cela.

Les artistes ivoiriens ont-ils des raisons d’espérer en de lendemains meilleurs ?

Pourquoi pas? Je pense que les choses vont s’améliorer.

 Quels sont tes projets ?

Créer une association de sculpteurs ivoiriens afin de vulgariser la discipline et organiser une exposition personnelle.

 Un mot en guise de conclusion.

En guise de conclusion, je demande aux artistes en général et aux sculpteurs en particulier de se mettre à la tâche. Car, seule notre ardeur au travail bousculera les décideurs. L’art impulse et influence le développement. Ça a été prouvé dans le monde. Il appartient à nos autorités étatiques d’en prendre conscience sincèrement et de mettre en place de politiques viables pour permettre que toutes ces potentialités que nous découvrons tous les jours puissent exploser pour le rayonnement d’une Afrique artistiquement développée.

 

Loukou Raymond-Alex