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Patrimoine: Péléforo Gbon Coulibaly, inspirateur de l’houphouétisme

Remi Coulibaly | | Arts Visuels

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Le Goethe Institut d’Abidjan a abrité, le mois dernier une table ronde sur la vie et l’œuvre du patriarche sénoufo de Korhogo en tant qu’acteur de paix.

A l’initiative des Editions Balafons et sous la présidence scientifique du Pr David Musa Soro, s’est tenue une table ronde, samedi, au Goethe Institut, autour du thème : «Péléforo Gbon Coulibaly: homme de dialogue et de paix, modèle pour la Côte d’Ivoire post-crise».

Des communications et échanges croisés, il ressort que «le patriarche des Sénoufo  Tiembara de Korhogo a développé les fondements de l’houphouétisme par une philosophie pacifiste, elle-même fondée sur le dialogue». Une posture ontologique et idéologique qui fondent le comité scientifique de la table ronde à recommander «le recours à la philosophie du patriarche par la Commission dialogue, vérité et réconciliation présidée par Charles Konan Banny» pour cimenter le processus de réconciliation en cours en Côte d’Ivoire. D’autant plus que, de son temps, Péléforo Gbon Coulibaly a éprouvé, avec succès, à l’aune de la realpolitik, l’efficacité de sa méthode et de son discours. En témoignent les pactes de bon voisinage avec les royaumes et communautés voisins à la cité septentrionale dont son aïeul, Soro Nanguin dit Coulibaly, fut le fondateur en 1730, le soutien gagnant de Félix Houphouët-Boigny, dont il finira par être le père spirituel, dans son ambition électorale législative sous la bannière du Rda. Le tout marqué par un contexte colonial complexe. Dont il déjouera les pièges et écueils pour aboutir par ses conseils pertinents à une indépendance sans clash.

L’homme dont le demi-siècle de la disparition sera célébré en 2012 mérite, au dire des chercheurs présents, l’édification d’une fondation éponyme consacrée à la promotion de sa praxis et de son logos. Car, à bien d’égards, ainsi que le dira son fils, El Hadj Siaka Gon Coulibaly, «qui peut se prévaloir d’un plus grand humanisme que Péléforo Gbon Soro, animiste de naissance devenu Coulibaly par sa conversion à l’islam, après un séjour mémorable à Sikasso (Mali), et dont la générosité a dépassé les frontières de Korhogo et de la Côte d’Ivoire ?» Cette fondation pourra s’appuyer sur l’abondante bibliographie consacrée à l’homme. Dont l’œuvre fondatrice est : «Le peuple siéna ou sénoufo» (Paris, P. Geuthner, 1908/1909, 107.) de Maurice Delafosse.

Les participants à la table ronde, à la lumière des communications suivantes : «Les grandes étapes de la vie de Péléforo Gbon Coulibaly, chef des Tiembara de Korhogo en Côte d’Ivoire (1868/1961)» du Pr Ferdinand Tiona Ouattara ; «De Péléforo Gbon Soro au personnage de Djigui Kéita dans Monnè, Outrage et Défis: vue romanesque d’un roi protecteur et rassembleur» du Dr Djakaridja Koné ; «A propos de l’unité linguistique du pays sénoufo» du Pr Mamadou Lamine Sanogo ; «Péléforo Gbon Coulibaly ou la diplomatie pacifiste au service du peuple sénoufo» du Dr N’Golo Soro et «Péléforo Gbon Coulibaly: portrait littéraire chez Ahmadou Kourouma» du Dr Nounourgo Coulibaly, entre autres,  recommandent: «L’érection d’une Maison de la culture sénoufo à l’instar de ce qui existe à Sikasso au Mali ; l’institution et l’institutionnalisation d’un prix de la recherche sur la culture sénoufo dénommé «Prix Péléforo Gbon Coulibaly pour la recherche sur la culture sénoufo» ; la création d’un Fonds  d’études sénoufo (Fes) alimenté par les collectivités locales ; la réhabilitation et la redynamisation du Musée Péléforo Gbon Coulibaly de Korhogo pour en faire un véritable lieu de mémoire ; l’institutionnalisation d’une exposition internationale périodique sur l’art (peinture, sculpture, danses, poterie, etc.) sénoufo à Korhogo». En tout état de cause, l’organisation d’un Colloque international sur les recherches en pays sénoufo pour en établir le bilan et les perspectives, en septembre 2012,  à l’occasion du cinquantenaire de  la mort du patriarche Péléforo Gbon Coulibaly, devrait constituer a base de tous ces chantiers. Un symposium  en fin décembre, à Korhogo, en vue de la restitution des Actes de la présente table ronde et  de la préparation du Colloque international de septembre 2012, est l’action prioritaire portée à la sagacité du Pr David Musa Soro.