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Noel Dibo, président du Conseil national des architectes d’intérieur de Côte d’Ivoire (CNAICI) : « L’architecture d’intérieur n’était pas reconnue comme un métier à part entière. Nous étions pris pour des décorateurs… »

Arsene DOUBLE | | Arts Visuels

Doté d’une expertise inouïe en architecture d’intérieure, Noel Dibo tient, depuis 2017, les commandes du Conseil National des Architectes d’Intérieur de Côte d’Ivoire (CNAICI), officiellement créé en 2009. Président du CNAICI, Noel Dibo compte à son actif 23 ans d’expérience en architecture d’intérieur. Diplômé des Beaux-Arts, l’émérite entrepreneur se pose comme un vrai passionné de dessin. C’est cette passion entretenue depuis l’enfance qui l’aide plus tard à jouir d’une riche carrière en architecture d’intérieur. À la tête du CNAICI, Noel Dibo se doit de défendre les intérêts des architectes d’intérieur en Côte d’Ivoire, qui attendent toujours à être réglementés par l’Etat de Côte d’Ivoire. Pour ce nouveau numéro, votre magazine préféré est allé à la rencontre de cet expert en architecture d’intérieur afin de mieux faire découvrir ce domaine de l’art qui semble inconnu du grand public. Entretien…

Veuillez-vous présenter à nos lecteurs ?

D’abord, je vous remercie. Je suis Noel Dibo, président du Conseil national des architectes d’intérieur de Côte d’Ivoire (CNAICI) ; directeur général du cabinet d’architecture d’intérieur EDEN CONSULTING ; vice-président de L’ONG santé périphérique, consultant expert en architecture d’intérieur.

Qui est l’architecte d’intérieur ?

Être architecte d’intérieur : c’est faire preuve d’imagination et de rigueur, pouvoir aborder l’abstrait et le concret, avoir une sensibilité artistique et un intérêt pour la technique, avoir un avis personnel et apporter une réponse dans les règles du marché en conciliant la part de rêve et une réalité économique.

L’architecte d’intérieur, c’est celui qui pense le bâtiment dans le détail. C’est celui qui donne une âme au bâtiment. C’est celui qui va concevoir votre intérieur en tenant compte de votre personnalité. Chaque individu à sa personnalité. Chaque maison doit répondre à un besoin spécifique. Parce que la cadre bâtie n’est pas seulement la maison. Il peut s’agir de votre bureau, votre lieu de travail qui doit refléter votre personnalité, qui doit refléter le travail que vous faites. Votre lieu de loisir doit refléter ce que vous voulez faire là-bas.

En un mot, l’architecte d’intérieur impacte sur l’environnement. C’est lui qui va dire comment tu dois agir en fonction de ton environnement. Parce que l’environnement agit sur l’individu. Chaque personne a un caractère et une manière d’être qui la différencie de l’autre. Vous pouvez être jumeau et ne pas avoir la même manière de réagir. Il y a des personnes qui réagissent à une certaine couleur, il y a des personnes qui réagissent à une certaine lumière, il y a des personnes qui réagissent à un certain environnement. Donc, nous, en tant qu’architecte d’intérieur, c’est tous ces éléments, couleur, lumière, environnement, disposition du mobilier, aménagement de l’espace, qui vont constituer pour nous l’architecture d’intérieur.

L’architecte d’intérieur vous apporte son expertise en matière de couleurs, éclairages, matériaux et volumes pour optimiser votre espace et proposer des solutions pratiques et esthétiques pour votre bien-être.

Lorsque vous employez l’expression “architecte d’intérieur”, à quoi faites-vous vraiment allusion à travers l’usage du vocable “intérieur” ?

Souvent quand on dit “intérieur”, les gens pensent automatiquement à l’intérieur d’une maison à tel point qu’ils comptent nous faire appel après pour assurer que le décor de la maison. Une mauvaise appréhension de l’architecture d’intérieur.

Nous sommes actuellement à l’intérieur du bureau, je vais alors l’adapter en fonction de son occupant. Lorsque vous y entrez, vous avez une idée de la personnalité de celui qui occupe le bureau. Quand vous sortez du bureau, vous êtes à l’intérieur de l’appartement, composé de plusieurs chambre, salon et cuisine. Maintenant quand vous sortez de l’appartement, celui-ci se trouve à l’intérieur du bâtiment. Lorsque vous sortez du bâtiment, vous vous retrouvez à l’intérieur du quartier. Ce qui veut dire que le quartier doit refléter une image qu’on veut mettre dans l’environnement. Quand tu sors du quartier, tu es à l’intérieur de la commune de Cocody. Quand tu sors de Cocody, tu es à l’intérieur du district d’Abidjan. Quand tu sors du district d’Abidjan, tu es à l’intérieur de la Côte d’Ivoire. Quand on te parle d’Abidjan, Abidjan a sa spécificité. Quand on te parle de Korhogo, Korhogo a sa spécificité. Quand on parle de Côte d’Ivoire, on a une image de la Côte d’Ivoire. Quand on te dit New York, tu as une image de la ville.

Aussi, le comportement de chaque individu dans la zone est complètement différent. L’architecte d’intérieur joue sur l’environnement et sur l’individu en donnant un mieux-être, un meilleur mieux vivre.

Comment l’architecture d’intérieur est-elle perçue en Côte d’Ivoire ?

Aujourd’hui, quand on parle d’architecture d’intérieur, beaucoup se posent la question : C’est quoi un architecte et encore moins un architecte d’intérieur ? Nombreux sont ceux qui ne connaissent pas l’architecture d’intérieur. Et si certains semblent la connaître, ils l’attribuent une autre fonction.

Souvent on dit que l’architecte d’intérieur, c’est un peu le spécialiste en bâtiment. D’autres le définissent mal en le présentant comme un décorateur d’intérieur. Alors que le décorateur d’intérieur n’est pas un architecte d’intérieur. La décoration d’intérieur fait partie des modules de formation de l’architecture d’intérieur.

Quelle est la formation à suivre pour être architecte d’intérieur ?

Il faut avoir un BAC plus 5 années de formation dans une école d’architecture d’intérieur suivi de deux années de stage dans un cabinet architecture d’intérieur ou d’architecture. Après quoi, il faut demander à porter le titre d’architecte d’intérieur auprès du CNAICI, qui est chargé de permettre à chacun de travailler convenablement, dans de bonnes conditions et ne pas laisser échapper des personnes qui ne sont pas habilitées à le faire. Car ce n’est pas parce que tu as fini que tu peux toute de suite porter le titre d’architecte d’intérieur. Il faut déjà montrer de quoi tu es capable sur le terrain durant ton année de stage.

Faire la demande au CNAICI pour être après auditionné de telle sorte qu’on vous déclare apte à porter le titre d’architecte d’intérieur.

Aujourd’hui architecte d’intérieur, vous êtes connu pour être un passionné de dessin. Comment s’est développée en vous cette passion ?

Originaire de la zone de Bocanda – Dimbokro, j’ai fait mon enfance et mes études primaires à la fois dans ladite ville et à Oumé. Passionné de dessin, je passais mon temps à beaucoup dessiner à l’école primaire. En compagnie des amis, j’étais celui qui sculptait les bois. À l’époque, après chaque film, à savoir les westerns du dimanche et films des pirates, je reproduisais le pistolet, l’épée et les gants vus dans les films pour jouer. C’était pour moi une passion. À l’école, j’étais beaucoup sollicité pour faire les schémas, à savoir la carte de la Côte d’Ivoire, le cœur, la dent, etc. Je m’amusais aussi à faire des frises dans mes cahiers de devoirs. Après l’obtention du BEPC au collège moderne de Didiévi aujourd’hui lycée moderne, je fus orienté à L’INA aujourd’hui INSSAC pour la classe de 2nd à la terminale.

Comment M. Noel Dibo s’est-il retrouvé en architecture d’intérieur, alors qu’il n’en avait aucune idée avant ?

Après mon BAC A3, j’avais la possibilité d’aller soit à l’université, soit aux Beaux-Arts. Désireux de poursuivre dans mon domaine, j’opte pour les beaux-arts. J’entre aux beaux-arts avec une idée pas claire de ce que je deviendrai plus tard. Puisque les diplômés des Beaux-Arts à l’époque étaient orientés vers l’enseignement (professeur des arts plastiques). Et, moi, je ne me sentais pas attiré par la vocation d’enseignant. J’apprends par la suite qu’il y a une filière appelée architecture d’intérieur. Je réalise tout de suite que la discipline me ramène à ma passion de départ, à savoir concilier le scientifique et le volet artistique. C’est ainsi que je me suis retrouvé en architecture d’intérieur. J’y ai passé mon diplôme, que j’ai d’ailleurs soutenu avec mention.

Après mon diplôme en architecture d’intérieur, deux possibilités s’offraient à nouveau à moi. Sois je deviens professeur d’art plastique, soit je poursuis ma voie à savoir exercer pleinement le métier d’architecte d’intérieure. J’ai opté pour la seconde, à savoir poursuivre ma voie. Nombreux étaient mes amis et parents qui me conseillaient l’enseignement compte tenu du fait que l’architecture d’intérieur en Côte d’Ivoire restait un secteur méconnu. D’où l’espoir d’y faire du chemin se révélait très illusoire. Faisant fi de tout ce qui se disait autour de moi, je restais attaché à mon choix. Après avoir travaillé pour plusieurs cabinets d’architectes et entreprises, l’idée me vient de monter mon propre cabinet d’architecture d’intérieure EDEN CONSULTING (au départ seule aujourd’hui avec une associée). J’avais désormais conscience que le secteur était prometteur. Ceci dit que je compte 23 ans d’expérience en architecture d’intérieur.

Dans quel contexte, le Conseil National des Architectes d’Intérieur de Côte d’Ivoire (CNAICI) voit-il le jour ?

Bien qu’existante depuis longtemps (1970), l’architecture d’intérieur n’était pas reconnue comme métier à part entière en Côte d’Ivoire.

Certes nous travaillons, mais nous ne sommes pas réglementés. Nous étions pris pour des décorateurs, alors que nous avons notre spécificité. Dans le but de mettre un terme à cette crise de reconnaissance, certains de nos confrères architectes d’intérieurs décident de mettre au point une organisation dénommée CNAICI. Officiellement créé en 2009, le CNAICI a pour objet et missions la protection et la défense des droits ainsi que des intérêts matériels et moraux de la profession d’architecte d’intérieur et de ses membres. La reconnaissance de la qualification et du domaine particulier et propre de la profession d’architecte d’intérieur et la protection de l’usage du titre d’architecte d’intérieur. L’organisation et la réglementation de la profession ; la représentation officielle des intérêts de la profession auprès des Institutions, des autorités publiques et administratives, des autres organisations professionnelles et économiques, et des entreprises publiques et privées aussi, la promotion de la profession auprès des Institutions, du public, des administrations et services publics et autres organismes du privé et enfin la certification des compétences professionnelles des Architectes d’intérieur et la garantie d’une formation harmonisée et de qualité.

Ainsi de combat en combat, j’ai été, en 2017, élu président du CNAICI. À la tête de l’organisation, moi et les autres membres du CNAICI avons bataillé jusqu’à ce que le métier soit officiellement reconnu le 23 février 2017. Si l’architecture d’intérieur est désormais reconnue comme un métier, cela suppose que tous ceux qui pratiquent ce métier doivent être réglementés par une loi ou un décret.

Vous êtes depuis 3 ans, président du CNAICI, quels sont les problèmes auxquels l’organisation fait face ?

Les problèmes, il n’en existe pas en tant que tel. Rappelons que dans la vie, ce sont les problèmes qui font les hommes. Et, moi, je pense qu’il n’y a pas de problèmes dans une corporation. Tout dépend de la façon que nous les abordons. Tant que vous ne prenez pas le devant des choses et que vous ne les expliquez pas, vous pensez que c’est un problème. Si les gens ne connaissent pas l’architecture d’intérieur, nous ne devons pas nous plaindre. Puisque nous ne leur avons pas expliqué le pourquoi. Il n’y a pas de problème, mais seulement des incompréhensions. Parlant du CNAICI, disons qu’au départ la population nous ignorait et certains confrères pensaient que nous étions de faux architectes, mais des décorateurs. Tout simplement parce qu’il y avait des incompréhensions. Aujourd’hui ces incompréhensions ont été aplanies.

Si les autorités ivoiriennes tardent, à nous réglementer, c’est à nous de leur expliquer qui nous sommes réellement. Aussi serons-nous associés aux objectifs de l’émergence tant prônée.

Que conseillez-vous aux jeunes qui souhaitent suivre votre trace ?

Parlant des jeunes, je les exhorte avant tout à aimer ce qu’ils veulent faire. Il faut qu’ils croient en ce qu’ils veulent faire et ne pas se décourager. Lorsqu’on aime un métier, on cesse de se plaindre, considérant les échecs et difficultés comme des moyens d’apprentissage. Dans le choix d’une vocation, il leur importe de ne pas seulement s’intéresser au fruit du métier, mais de l’aimer. Ainsi, les chances d’en devenir expert sont grandes. Le cas contraire, ils seront de mauvais architectes d’intérieur, au cas où c’est le métier choisi. Qu’ils sachent également que rien ne s’acquiert facilement. Tout part d’un long cheminement.

Un dernier mot à l’endroit des parents ? Des autorités ?

Aux parents, je demande d’arrêter de vouloir que nos enfants nous ressemblent à tout prix. En agissant ainsi, nous cesserons de tuer les talents. Chaque individu naît avec un talent particulier en lui. Parents, nous devons encourager nos enfants, les observer et leur donner la chance d’évoluer et de s’épanouir. Et non de leur inculquer notre propre volonté.

À l’État, je demande de créer les conditions pour permettre aux personnes désireuses d’exercer et vivre de leur métier de le faire en toute tranquillité. Lorsque je dis que l’architecture d’intérieur est un métier d’avenir en Côte d’Ivoire, il revient donc aux autorités de mettre en place les structures adéquates pour faciliter l’exercice du métier. Et, de songer à le réglementer pour éviter toute dérive professionnelle liée à l’exercice de l’architecture d’intérieur.

 

Arsène DOUBLE