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Interview/Oussou Justin, enseignant, artiste peintre et graphiste : « Aujourd’hui je dépeins l’environnement »

Innocent KONAN | | Arts Visuels

©Dr. Oussou Justin

Tenant de l’« Art kangourou », philosophe esthétique qui lui permet de mêler efficacement peinture et sculpture, N’Goran Oussou Justin est un des artistes les plus significatifs de sa génération. Il a participé à plusieurs expositions et rencontres internationales en Côte d’Ivoire et dans la sous-région. En 2002, il a été sélectionné à la biennale de l’art africain contemporain de Dakar pour l’important travail qu’il a consacré à la transition militaire en Côte d’Ivoire. Oussou Justin est chef de production audio-visuelle au département des sciences de l’information et de la communication à l’Université Félix Houphouët Boigny où il enseigne les arts graphiques. Cet illustre graphiste qu’on a rencontré lors du FARA (Festival des Arts de la Rue d’Assinie), nous dévoile son univers artistique.

 

Commençons par une petite présentation avant d’entrer dans le vif du sujet. Qui est Oussou Justin pour ceux qui ne le connaissent pas ?

Pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis Oussou Justin, artiste graphiste et peintre, je suis aussi enseignant. Je fais la peinture depuis toujours. J’ai participé déjà à plusieurs expositions étant ici qu’à l’extérieur, au Sénégal, au Burkina Faso, en Afrique du Sud, France, Bruxelles, Israël. On a fait pas mal de tour.

 

Quel est votre bagage artistique ?

Ça fait 30 ans que je peins. Durant les 30 ans j’ai fait pas mal d’expositions collectives et personnelles. J’ai eu des prix aussi des distinctions, meilleur artiste peintre de Côte d’ivoire en 2005. J’ai eu aussi le prix « Splar », un prix américain qui distingue les meilleurs artistes chaque année dont ceux que je connais en Côte d’ivoire sont Sidiki Bakaba au plan de la culture, Bernard Dadié et moi. Je suis diplômé de l’école des beaux-arts, diplôme d’étude supérieure d’art plastique.

Quel est le sujet principal dans votre travail ?

Aujourd’hui je dépeins l’environnement. Le gros problème du 21ème siècle est le problème environnemental. C’est ce que j’essaie de mettre en évidence dans mes peintures. La surpopulation qui est un problème d’environnement, l’exploitation abusive des fonds marins, des hydrocarbures, il y a aussi des constructions anarchiques, la déforestation… et quand il y a le retour du bâton se sont les incendies, les feux de brousses, les inondations et les grandes sécheresses. Donc nous cherchons à trouver des solutions à ce problème. Je crois que dans l’échelle de la hiérarchie de l’occupation de la planète terre, l’homme est le dernier maillon. Ainsi l’homme est entrain de détruire ce qu’il n’a pas créé. C’est comme le bucheron qui scie la branche sur laquelle il est assis. Donc nous courrons à notre perte. Et comme l’a dit Nicolas Hulot, ancien ministre français de l’écologie : « l’homme ne peut pas détruire la terre. Il peut néanmoins détruire la vie sur terre. » Un tel comportement nous conduit à l’autodestruction. C’est donc tout cet ensemble que j’essaie de peindre en faisant des dessins, des peintures figuratives, de l’abstrait ainsi de suite.

Est-ce dire que dans votre travail, vous ne vous intéressez qu’à l’environnement ?

Oui c’est l’environnement. Mais dans l’environnement il y a plusieurs éléments auxquels je m’intéresse comme je l’ai déjà dit.

Quel est le moment le plus marquant de votre carrière ?

C’est sur la crise ivoirienne. J’ai été le seul artiste à consacrer toute une exposition sur la crise ivoirienne de 2000 à 2004.  Mes tableaux comme « les escadrons de la mort », « le charnier de Yopougon » et tout ça personne ne croyait en ces trucs. On me disait qui va acheter les charniers…

L’artiste ne peut pas être un observateur passif de ses contemporains. Il doit dénoncer, il doit éclairer les gens sur les phénomènes qui se passent. L’artiste doit être engagé pour une cause et non pour s’engager dans un parti politique. Il doit être au-dessus de la mêlée.

Comment votre pratique artistique a-t-elle évoluée au fil du temps ? 

Il y a eu deux ou trois périodes. La première période concerne les balbutiements de l’art, chercher sa voie ensuite j’ai essayé de pratiquer un peu l’« Art Kangourou » qui était mon premier concept initié par un Sénégalais où on met la matière, le matériau et le support pour en faire un ensemble indissociable pour véhiculer un message comme la mère kangourou et son petit. Ce sont deux éléments distincts mais qui fusionnent par moment pour en faire un seul. Après ça, je me suis lancé dans la peinture d’histoire sur les guerres, la crise et aujourd’hui l’environnement qui est mon thème d’actualité.

Comment voyez-vous la scène artistique ivoirienne ?

La scène est en plein bouillonnement pour ceux qui sont dedans. Il y a des jeunes artistes qui viennent en force avec de nouveaux concepts. Avec l’avènement de l’art contemporain, nous rentrons dans le troisième paradigme de l’art. Il y a une multitude de courants picturaux qui se résument en trois paradigmes. Le premier paradigme part de l’antiquité à la renaissance où on parle de l’art classique avec Nikel ange, Pissarro et bien d’autres. Le deuxième paradigme est l’art moderne avec Picasso, Van Gogh… Ce second paradigme se situe du 15e siècle jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale. De 1945 jusqu’à nos jours, on parle de l’art contemporain. Ce que nous déplorons dans cet art c’est qu’on magnifie un peu la médiocrité. Malgré la présence de quelques personnes talentueuses dans l’art contemporain mais la majorité c’est vraiment du n’importe quoi. On se demande bien quel est l’utilité des écoles d’art si c’est pour faire ça. Dans l’art il y a une certaine forme de magie. Comment un tel est arrivé à faire ça ? Est-ce que je serai capable de faire ce qu’un jour il a fait ? voilà des questions qui devraient traverser l’esprit de l’artiste.

Techniquement, est-ce-que vous prenez assez de temps pour finir vos tableaux ?

C’est très variable. Il y a des œuvres que je peux faire en une journée, deux jours voire une semaine ou deux. Ça dépend de la difficulté qu’il y a dans le tableau. Ça dépend aussi de sa surface.

Parmi ces tableaux que vous exposez maintenant, quel est celui qui illustre mieux votre parcours personnel ?

Ce sont mes écritures, c’est ce que je fais d’habitude, il n’y a pas de préférence particulière.

Que faites-vous dans vos temps libres ?

Je me promène, je regarde, ça m’inspire, j’aime m’amuser. Je fais des petites affaires aussi. On ne peut pas peindre tous les jours. Je me donne donc à des moments de distractions. Je vais très souvent à la plage.

Quel est votre objectif professionnel ?

C’est de monter un atelier d’art, une galerie peut-être. Faire de l’encadrement artistique. Comme je suis enseignant, j’envisage apprendre la peinture aux jeunes et leurs montrer l’importance de l’art dans la société.

Un mot pour les jeunes artistes qui sont en ce moment en exposition à la fondation la maison de l’artiste ?

Juste les féliciter, féliciter aussi Sap-Hero car faire déplacer des personnes d’un pays à un autre, les loger et les nourrir n’est pas du tout facile. Il a fait le pari sans aucun sponsor. Les sponsors qu’on voit, ce sont des sponsors de nom car ils ne participent pas véritablement. Vraiment mes félicitations à Sap-Hero, son épouse et aussi à tous ceux qui participent à ce festival.

Merci pour cette conversation que vous avez eu l’aimable patience de nous accorder.

C’est moi qui vous remercie. C’est un plaisir partagé.

 

Innocent KONAN