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interview / LYANEL ( designer textile ) “De bonnes connexions sont indispensables dans ce métier pour aller de l’avant”

Raymond Alex Loukou | | Arts Visuels, Mode

Difficile de lui visser une casquette sur la tête tellement elle surfe avec brio dans différents secteurs de la mode. A la vérité, cette jeune féline à l’ allure de princesse est une multitâche de la mode. Cette touche-à-tout a plein d’ idées de créations qu’ elle entend réaliser. Pour le peu qu’ elle a déjà fait et qui donne satisfaction selon les plus avertis du domaine, Lyanel est créditée d’une bonne réputation. Allons à la découverte de cette jeune louve aux dents longues qui entend révolutionner le monde de la mode ivoirienne.

 

Veuillez-vous présenter aux internautes ?

Je suis Lyanel, mais tout le monde m’appelle Lily Elodie.

Quelle casquette aimez-vous porter plus ?

Celle de créatif parce que c’est ainsi que je me considère, peu importe le domaine artistique dans lequel j’exerce. Sinon je fais de la peinture digitale, du dessin de mode, de la conception d’accessoires et beaucoup plus actuellement de la conception de motifs textiles, une spécialisation design textile.

Quel est votre parcours ?

Après mon Bac D en 2006,  j’ai fait 2 filières à l’Université Felix Houphouët-Boigny avant d’entrer en 2011 à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts (actuelle ESAPAD) d’où je suis sortie diplômée en design textile en 2016.

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Je n’ai pas eu le choix, parce que je ne me rappelle même pas où ça commencé. Sûrement de mon grand frère qui faisait des portraits de moi quand j’étais petite. Je le voyais faire tous ces trucs étonnants avec de la peinture, du sable, un simple crayon même. J’ ai été influencée par cela. Ensuite je me suis intéressée à la  mode et c’est de là que tout est parti ! Même enfant je savais que j’exercerai dans un domaine artistique et je me suis battue jusqu’à pouvoir le réaliser. 

Quels sont les atouts nécessaires pour réussir dans ce métier ?

Le talent, le travail, beaucoup de travail, du perfectionnement, de l’apprentissage, parce que le talent seul ne suffira jamais, et ce que les gens ne disent jamais assez, c’est qu’ il faut avoir de bonnes connexions comme dans mon cas avec l’artiste-plasticien Jacob Bleu qui m’a présentée à Rebecca ZORO.

Est-ce facile ou difficile de réussir dans ce métier ?

C’est très difficile mais pas impossible. La difficulté vient du fait qu’il existe des domaines qui sont bien là depuis des années mais que personne n’a encore catégorisé ou formalisé, donc qui ne sont pas explorés et c’est ça le plus gros du combat. Imposer son domaine. Il faut en plus de cela avoir une vision claire de ce qu’on veut faire partager au monde pour qu’il puisse adhérer et se rendre compte qu’en vrai c’est un produit ou un service dont il a besoin. Mais c’est encore plus difficile quand on évolue dans plusieurs domaines artistiques en même temps comme je le fais, aujourd’hui je suis beaucoup plus portée sur le design textile, mais dans quelques mois, ce sera la peinture digitale, ou le stylisme, ou la conception d’œuvres expérimentales.

Quels sont les événements qui vous ont marqués  dans l’exercice de votre métier ?

Il y a d’abord ma récente collaboration en tant que designer textile avec Rebecca Zoro pour la conception des tissus dont certains ont été utilisés pour sa dernière collection LOU. C’est une expérience vraiment enrichissante. Nous avons pris près de neuf mois pour finaliser le projet et j’avoue que je n’en suis pas peu fière. Ensuite la première place au concours Dessine-moi une robe où j’ai eu la chance de réaliser le dessin de ma robe ,grâce à Emmanuelle Makodjibi, des créations Makodjibi et de la présenter au défilé Afrik Fashion Show 13 en Novembre 2018. Puis il y a ma collaboration avec Lafalaise Dion sur les coiffes en cauris, c’est ma plus grande fierté car alors que je ne pouvais que créer, Lafalaise a géré toute la communication autour de cet accessoire au point d’en faire un phénomène; elle a appris également comment concevoir ses propres pièces et aujourd’hui elle a réussi à en dériver d’autres créations et à construire une marque. Et le meilleur pour la fin, le Lili Woman Festival organisé par Shayden Gueye qui m’a permis de vaincre un peu ma timidité et de me rendre compte de mon potentiel. J’y ai participé en tant que peintre digital et je n’oublierai jamais cette expérience formidable.

Pour quel styliste de renom avez-vous défilé ?

Rebecca Zoro de Yhebe Design comme je l’ai dit plus haut et les coiffes pour Lafalaise Dion ont été portées par elle-même à FESTIMOD 2018 pour le défilé du créateur Ibrahim Fernandez.

Quels sont vos projets ?

Faire valoir le design textile ivoirien comme existant d’abord, puis incontournable à long terme. L’image du designer textile est assimilée tout de suite à un concepteur de motif de pagne. Cette conception doit disparaître car ce que nous faisons va bien au delà de tout ça, nous pensons que le tissu peu importe qu’il soit d’origine végétale, animale ou synthétique. Si le textile est déjà établi, nous travaillons le motif en fonction d’un thème, d’une circonstance bien définie. Ensuite créer encore plus et permettre à plusieurs branches artistiques de se croiser, car le monde voudra toujours trouver un terme ou une classe quand bien même vous vous définissez comme pluridimensionnel ( ce qui n’est pas assez catégoriel somme toute pour la société) . Il faudra toujours choisir une discipline alors que s’il y a bien un domaine dans lequel cela n’est pas forcément nécessaire c’est bien celui de l’Art.

Un mot pour conclure

C’est la fin ? (rires) Non ! plus sérieusement je tiens à dire qu’il y a tellement de secteurs dans les arts et dans la mode qui se rejoignent qu’il faudrait penser à plus de collaborations entre talents créatifs. C’est ce qui commence à se faire, comme le peintre Obou avec Yhebe Design ou Kente Gentlemen pour une ligne de tee-shirts, ou dernièrement avec le clip de “Assinie” de Didi B où plusieurs créatifs ivoiriens ont été sollicités par Saraï d’Hologne (D.A. sur ce tournage) pour présenter tout le potentiel dont peut regorger Abidjan en matière de créativité.

Raymond Alex LOUKOU