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Entretien Chia Raïssa Gildemeister (artiste, sculpteur, installateur) « Les artistes africains ne doivent surtout pas renier leurs origines. »

Cheickna D Salif | | Arts Visuels

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C’est au cours de mes lectures sur Internet que je tombe sur un article sur une artiste ivoirienne résidant en Allemagne. J’accède rapidement à son site, tout en Allemand, je parcours les œuvres et ma conclusion est nette. Pour une autodidacte Chia Raïssa Gildemeister a du talent avec un très bon coup de crayon, une inspiration débordante et des fonds de toile très bien préparé. Au cours de nos échanges via internet je découvre une véritable passionnée dont les créations tournent autour de la femme dans un continent en proie à tous les maux. Dans cet entretien, Raïssa se présente comme la porte-parole de toutes ces femmes opprimés et blessées dans leur amour propre. Pour une autodidacte diplômée de l’Efap d’Abidjan, la gent féminine ne pouvait pas trouver mieux. Entretien.

Comment est-ce que vous êtes arrivés dans l’art ?
Je suis une artiste Africaine, Ivoirienne, qui fait de l’abstrait, des collages, des sculptures et des installations. En effet, être artiste a toujours été un rêve d’enfance. Je suis fasciné de couleurs, des objets…
Très tôt, à l’âge de douze ans, j’ai perdu mon père. Dès lors ma mère devait s’occuper de moi et de mes deux jeunes sœurs. Ce qui n’a pas été facile, avec les éducations scolaires et toutes les problèmes familiaux en Afrique.
C’est pour cette raison qu’il n’aurait jamais été question pour moi de devenir une artiste en Afrique. Pour tous ses efforts financiers, ma mère avait bien sûr des préférences pour ce que je devais devenir plus tard. Avec un BAC D, je devais faire la médecine ou la pharmacie…
Cependant, j’ai plutôt entamé des études de journalisme à l’EFAP (Ndlr : Ecole Française des Attachés de Presse) à Abidjan. C’était pour moi un compromis.
En 1998, pendant mes études à l’EFAP, j’ai fait la connaissance de mon époux actuel qui lui travaillait dans l’aide au développement en Côte d’ivoire.
Quelques mois après, nous avons quitté la Côte d’ivoire, pour nous installer à Worpswede qui une colonie internationale d’artistes en Allemagne.
Où aviez-vous appris à peindre ? À Abidjan ou en Allemagne ?
Je n’ai pas pu échapper à mon destin. C’est en Allemagne que j’ai appris à peindre. Au début c’était un peu difficile parce que je ne parlais pas l’allemand. Je me suis fait pleins d’amis artistes et j’ai appris à peindre. J’ai beaucoup travaillé. Je suis donc autodidacte, j’ai un engouement très profond pour les toiles traditionnelles de Korogho au nord de la Côte d’ivoire. Ainsi depuis plus de 10 ans je vis et travaille en Allemagne et précisément à Worpswede.

Qu’est ce que vous exprimer à travers vos créations ?
Avec des symboles de visions et de pensées, je fais une armature d’association pour présenter un état profond de l’homme et de la société. Avec les couleurs que je mélange de façon particulière, je fais ressortir l’un des sujets les plus important dans le monde : la Femme. Car la femme n’a pas la vie facile, en Afrique et même dans le monde entier. Mais je ne m’arrête pas là! Je veux réveiller les mentalités, pour une prise de conscience de tous les problèmes dont souffre notre Afrique aujourd’hui.
Qu’est ce qui inspire Raïssa ?
Je suis une femme Africaine et je le resterai toujours. C’est en fait ça mon inspiration: les couleurs, les symboles Africains, la passion et les douleurs des femmes d’Afrique qui de toute fois apparaissent dans mon travail et montrent que je vis. Et notamment de la culture et tradition Africaine en générale, surtout celle de la Côte d’ivoire en particulier. Par des contrastes banalisés de formes, de lignes et d’objets typiquement Africain que j’essaye de mettre en évidence toutes sortes d’émotions; la peur, la violence, la méfiance…
C’est en fait pour moi, une interaction entre la terre et la nature de l’Afrique que chacun de nous connaît.
Que pensez-vous de la situation de l’art fait par des artistes d’origines Africaines en Allemagne et en Europe?
Les artistes Africains ne sont pas sous-développés, ils ne sont non plus primitifs. Les Africains doivent tous simplement apprendre à s’aiment eux-mêmes et consommer Africain. L’art doit faire partie de la vie politique, sociale et culturelle dans la vie de chaque Africain. De ce pas les artistes d’origines Africaines pourront avoir une présence forte et considérable en Allemagne et même en Europe. L’Afrique doit prendre l’initiative et être fière de ses potentiels. Du traditionnel au moderne et du moderne au contemporain, les artistes africains ne doivent surtout pas renier leurs origines. C’est aussi très important de savoir que même en Europe les artistes femmes ont moins de chances que les artistes hommes. On peut se poser la question: D’où vient le sous développement ?

Comment s’est déterminé le choix qui caractérise ton travail ?
J’ai choisi de travailler avec des matériaux naturels qui nous permettent d’être en communication permanente avec notre environnement. L’homme doit réaliser l’importance de l’environnement car c’est la clé du futur. C’est la passion aveugle d’une artiste, qui veut offrir à son peuple la chance d’un avenir meilleur.

Que voulez-vous que l’on retienne de vous en tant qu’artiste ?
Quand je peins, je pense à toutes les femmes qui n’ont jamais eu la chance de prendre leur propre chemin. À toutes celle qui n’ont jamais été indépendantes voir ; esclavage, excisions, mariages forcés… Je suis pour cela très heureuse d’être l’ambassadrice de toutes ces femmes du monde entier qui ont subit tant de souffrances.