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Doumbia Karim, ébéniste moderne d’Abobo

Arsene DOUBLE | | Arts Visuels

Il a 24 ans d’expériences dans l’ébénisterie moderne. Âgé de 42 ans et père de deux enfants, Doumbia Karim exerce le métier depuis l’âge de 18 ans. Porté par la passion du métier, il confectionne des meubles de hautes qualités. Rencontré par l’équipe de 100% culture à Abobo, l’une des communes de la capitale ivoirienne, il nous fait part de son expérience et des réalités de son milieu.

L’homme que nous découvrons assis devant le magasin, jeudi 24 mai à 10h, s’appelle Doumbia Karim. Il est le père de deux belles filles, Fatim et Malama. Son magasin ne porte pas certes d’enseigne, mais il est facilement repérable. Il est situé à Abobo en face de la SGBCI, en passant par le boulevard Nangui Abrogoa au deuxième arrêt. Habillé le plus simplement possible, Doumbia sourit à notre arrivée. Il est d’une apparence jeune, mais compte plusieurs années d’expérience dans l’ébénisterie (24 ans). Ses meubles riment avec l’esthétique.

 

Son initiation à l’ébénisterie

Issu d’une famille de forgeron, il est initié, tout petit, à la bijouterie. C’est d’ailleurs un excellent bijoutier. Mais, son amour pour ce métier est de courte durée.

Alors qu’il parcourt des appartements et les rues, il éprouve un faible pour l’esthétique des meubles qui s’offrent à sa vue. Ils sont le résultat de l’art. Or, l’art plaît et attire. Naît donc chez lui la volonté d’embrasser le métier d’ébénisterie. Sa conversion à l’ébénisterie est née bien entendu de l’amour. « J’ai accepté de faire ce métier d’abord par amour, mais pas pour l’argent », fait-il savoir. Et, il le recommande à tous les hommes de métiers. « Il faut avoir, conseille-t-il, avant tout l’amour de ce que nous voulons faire, sinon elle nous échappe. »

 

Le secret pour réussir dans l’ébénisterie

Pour faire carrière dans l’ébénisterie, Doumbia Karim met en garde contre deux choses : le sexe et le matériel. « Il y a deux choses dont il faut se méfier pour apprendre un métier : Le sexe et le matériel. Si le sexe et le matériel vous dominent, vous ne pourrez pas apprendre ce que vous voulez apprendre » Et d’ajouter : « Il est préférable qu’elles passent au second plan. »

Si l’apprentis observe une distance vis-à-vis de ces choses, il peut être sûr de réussir dans ce métier. « Si cela est respecté, au bout de deux à trois ans, la formation peut être parfaite. », assure-t-il.

 

Sa carrière et ses apprentis

En 1995, débute sa carrière d’ébéniste. Doumbia Karim suit une formation de trois ans, puis prend son indépendance en 1998. Cinq ans après, précisément en 2003, il décide, de son propre chef, de se rendre en Guinée Conakry pour un stage de perfectionnement de deux ans. Là, il y acquiert un plus qui le rendra plus performant. Fier de son génie, son maître de formation lui confie l’encadrement de jeunes stagiaires Guinéens.

En Côte d’Ivoire, il a formé une pléiade de jeunes. Certains sont autonomes et disposent de leurs magasins dans plusieurs zones du pays. Fort de leurs savoir-faire, d’autres se retrouvent en Europe. À son magasin, il y a actuellement un groupe en cours de formation. « Nous avons une machine de formation », déclare Doumbia Karim, tout fier.

 

Relation professionnelle

Doumbia Karim, propriétaire du magasin, dispose d’une équipe forte et soudée. Selon ses propres mots, l’atelier compte trois patrons et des apprentis. La collaboration est parfaite. Chacun y trouve son compte. Ils sont comme une famille.  « Du moment où vous vivez un ou deux ans avec une personne. Déjà, c’est la famille. », avance-t-il.

 

Sa prestation de service

Les clients, peu importe leurs situation sociale ou financière, sont les bienvenus dans son magasin. Tout le monde peut s’approprier ses meubles. N’empêche qu’il compte bien des « clients particuliers » à Cocody, Marcory, Yopougon, etc.

Un album renfermant la photo des différents meubles oriente le choix des clients. Tout mode de paiement est autorisé. Le délai du retrait des meubles est fonction du type de commande et bien respecté. Si le temps imparti au retrait du meuble doit subir une modification, le client est prévenu deux jours avant.

Voici quelques-unes de ses créativités, dont la plupart traîne une histoire :  des fauteuils Ben Laden, Secouba, Alpha ou Éléphant, des salons circulaires ou VIP.

 

L’ébénisterie sous le poids des contraintes financières

Le passionnant métier d’ébénisterie rencontre des difficultés financières. L’artiste les considère comme des « risques du métier ». Il faut y faire face pour espérer faire carrière dans ce domaine. Selon lui, l’art est exigeant et nécessite de grands moyens. « Pour faire de l’art, il faut avoir un maximum de capital. Sans lequel, il devient difficile de faire du chemin dans le métier. »

Pour contourner cette difficulté, l’Etat de Côte d’Ivoire va asseoir une organisation, appelée la Chambre nationale de métiers de Côte d’Ivoire (CNMCI), représentée par des agences dans plusieurs communes. Celle d’Abobo se situe au quartier Samaké. Les hommes de métiers et parfois des autorités publiques s’y retrouvent pour débattre des problématiques liées à chaque secteur d’activités. Il en résulte de grandes décisions suivies des fois d’une allocation.

Mais, les devanciers, à en croire Doumbia, en font mauvais usage. Et, jusque-là, le secteur de l’ébénisterie n’est pas structuré. L’absence d’une réelle volonté des leaders de mettre à exécution les grandes décisions suscite chez lui une sorte de défiance. « Je n’ai pas confiance à 100% en nos représentants. Sauf s’ils changent leurs méthodes ». Si l’organisation faisait son travail, il ne serait plus dans l’informel.

Les micro-finances, quant à elles, essaient tant bien que mal de leur venir en aide. Mais, leurs aides se révèlent insuffisantes et difficiles d’accès. « Il faut remuer ciel et terre pour bénéficier de l’aide des micro-finances », se désole-t-il.

 

Arsène DOUBLE