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DIMBENG, sur les traces de l’exaltation par l’Art.

Desire Amani | | Arts Visuels
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Photo: François Coquillay / Edouard Obeniche

Née à Abidjan, Côte d ’Ivoire en 1968 ,  Claudie Titty Dimbeng débute ses études  dans le domaine des arts  en 1986  à l’Académie Charpentier à  Paris ,  avant de  rejoindre en 1987  l’ Eco le Supérieure des Arts Modernes  où elle étudie quelque temps l’Architecture d’Intérieur . Elle décide en 1999 de se consacrer pleinement à sa passion: la peinture.

La vie professionnelle artistique lui tend les mains et, enrichie par sa vie familiale, DIMBENG franchit progressivement les étapes vers  une nouvelle maturité.   Attirée par les cimaises,  l’ artiste  peintre , en 2002,   dévoile en exclusivité  une collection chère à son coeur : « Un et Un, Trois », un hommage à la famille,   à la Galerie Lorizon au Village  St-Paul à  Paris .   Depuis  cette date,  elle est  restée  au service de l’art à travers des expositions individuelles et collectives  en France, en Allemagne, au Cameroun et à Dubaï,  et comme Consultante en art contemporain d’Afrique du Sud auprès de l’Office de tourisme d’Afrique du Sud en France depuis 2010.  Riche en matière, son travail artistique  capte  le regard de l’observateur et le projette dans un  monde onirique.  Sa technique se caractérise par un  processus d’application de  texture  où les matériaux,  puisés à divers continents, se lient et s’ordonnent dans  un ballet  chromatique d’huiles hautement saturées. Comment l’art,  source d’émotion et  forme de transmission de la mémoire à travers divers moyens d’expérimentation, a-t-il envahi l’âme de DIMBENG ?

‘’A l’occasion d’une de mes premières interviews sur RFI il y a quelques années, Sophie Ekoué dans son émission Cahier Nomades me demandait : « Vous auriez pu être écrivain ? » Je pensais alors qu’elle faisait référence à quelques textes ou réflexions que j’associe parfois à mes œuvres alors qu’elle me demandait simplement pourquoi j’étais peintre, pourquoi ce moyen d’expression et pas un autre. Ce passage fut fort heureusement coupé au montage car ma réponse était complètement hors sujet !

En plus de notre apparence qui parle pour nous, à travers la coiffure, l’habillement, le maquillage pour certains, nous avons chacun un moyen d’expression privilégié. Nous vivons plus que jamais à l’ère de l’image, ça bouge et ça va très vite. C’est donc intéressant de pouvoir figer un instant, une impression, une envie, transmettre ce que l’on souhaite sur une toile. J’ai besoin de me connaître et de connaître autrui. Ce questionnement sur mon identité et notre identité, notre impact, notre apport et notre rôle au sein de la cellule familiale et dans la société m’a tout naturellement menée vers les différents thèmes de mes collections « Un et un, trois », « Le Gynécée », « Terre d’O », « Terre d’Hommes » et « Vues du Sud ».

Je suis issue d’une famille de cinq enfants, j’en ai aujourd’hui deux et je suis mariée. J’ai beaucoup voyagé en Afrique, en Europe, en Amérique et je continue, j’ai encore énormément de pays à découvrir, notamment en Asie. J’ai vécu en Côte d’Ivoire où je suis née, puis en Allemagne, en Autriche, et je vis à Paris depuis 26 ans. Mes parents ont connu la colonisation, ils font de fait partie de la génération des bâtisseurs de l’Afrique des indépendances. Mon grand-père maternel que je n’ai pas connu était français. Le seul grand parent que j’aie connu était ma grand-mère paternelle qui nous a quitté en 1979 et m’a laissé le doux souvenir de visites dominicales pendant lesquelles nous communiquions essentiellement par le regard et le toucher en raison de la barrière de la langue.

Tout cela constitue mon histoire et fait partie de moi. Je suis riche de tous ces apports et je m’efforce d’apporter ma contribution à l’édification du monde d’aujourd’hui auquel j’appartiens et à celui de demain auquel j’aspire pour les générations futures. Ainsi, je ne fais pas de l’art africain, ni de l’art européen, je fais un art engagé qui me ressemble et qui s’inscrit dans la contemporanéité.

Jusqu’à présent mon travail tournait essentiellement autour de la femme qui à mes yeux joue un rôle central dans la société dans la mesure où elle porte l’Humanité, elle assume l’éducation des enfants presque exclusivement pendant les premières années de leur vie. Elle est le pilier du foyer dont elle doit faire un havre d’amour et de paix, un refuge à partir duquel mari et enfants iront affronter l’extérieur, poser leurs marques, apporter leur contribution et laisser leur empreinte. Ce qui lui permet en retour de mener sa carrière, portée par le soutien que lui renvoient les siens. La famille a par conséquent une importance capitale à mes yeux.

En dehors d’une série de portraits de Mandela que j’ai réalisés pour l’Office de Tourisme d’Afrique du Sud en France, je peins essentiellement des abstractions à l’huile sans esquisse au préalable, avec des couleurs franches et vives, et une prédilection pour les grands formats de 2m2. Je commence à peindre lorsque j’estime que ma réflexion est aboutie. Mon inspiration est alors à son comble et je peux laisser libre cours à ma créativité. La peinture à l’huile a la particularité de sécher extrêmement lentement, ce qui me permet d’aller et de revenir sur une toile, d’en commencer plusieurs en même temps, d’avoir le luxe de prendre le temps, de peindre des couches successives et complémentaires.

Mes abstractions flirtent parfois avec la figuration et font souvent appel au symbole : symbole de la femme par la matrice, la poitrine, de l’homme par des formes phalliques, de l’enfant par des formes ovoïdes, de la force par des formes animales…. Je suis toujours à la recherche d’une harmonie de forme et de couleurs, peut-être même un peu trop, car ce désir de perfection va finalement à l’encontre de la spontanéité initiale. L’esthétique a autant d’importance à mes yeux que le message, la forme et le fonds se servent mutuellement. La mixture que je crée a la consistance d’une pâte semi-liquide qui, en séchant, me permets de fixer et de lier les divers matériaux que j’emploie (écorce de tapa, raphia). Tout apparait alors comme une texture propre à chaque œuvre, la matière étant couleur et la couleur devenant matière, pour illustrer, à l’image de la vie, la complexité de l’Être, de la Nature et des rapports qui les régissent.

La peinture est le médium par lequel je m’exprime le mieux, dans lequel je suis le plus à l’aise. En outre, elle me procure bien-être, paix intérieure et bonheur. La toile est ma partition, ma feuille, ma scène ; les couleurs, les matériaux, la texture, sont mes notes, mes mots, mes personnages que j’anime et que je fais parler, chanter, danser, pleurer.

Il faut avoir l’esprit ouvert pour apprécier l’art dans sa dimension esthétique, spirituelle, morale ou politique. Cela s’applique à toutes les formes d’art, le cinéma, la musique, la littérature, les arts de la scène, les arts plastiques etc.

Lorsque je crée une œuvre, loin d’être un dialogue avec moi-même, c’est un dialogue avec tout ce qui m’entoure que je fais en tentant de retranscrire le fruit de mes expériences, de mon vécu, de mes questionnements, de mes visions, de mon enchantement, de mes peurs, mes doutes, mes désillusions, mes révoltes et mes espoirs.
L’exposition est alors un autre moment fort par la poursuite de ce dialogue, à travers la communication, l’échange, la transmission et le partage. Aujourd’hui, je souhaite expérimenter des choses nouvelles, peut-être avec un peu plus de lâcher prise et de légèreté, car nous avons tous des phases, des caps que nous passons selon les étapes que nous traversons et les révélations que nous apporte la vie.

Cela est peut-être un peu plus visible chez les artistes à travers leurs œuvres. Je me suis toujours sentie proche de l’état d’esprit du Vohou-vohou, dans la mesure où chacun est libre de définir son art avec le support, les couleurs et les matériaux qui sont à sa portée. J’aime cette façon de briser l’académisme qui nous ramène à l’essence de l’art, la création sous toutes ses formes, et à l’idéal de l’Homme, la liberté.’’

www.dimbeng.com

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