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Daniel Bamigbade, un sculpteur hors norme ?

Raymond Alex Loukou | | Arts Visuels

Avec ce jeune artiste-sculpteur ce qui vous frappe à première vue, c’est la grandeur de ses œuvres. Comme il aime à le dire lui-même : ” J’aime voir les choses en grand. Je veux aller au-delà de ce que ma conscience peut percevoir “. Mais de là à affirmer que Daniel est un sculpteur hors norme, il n’ y a qu’un pas que l’artiste invite le journaliste à franchir s’ il le souhaite.

Artiste autodidacte, Daniel B. est ébéniste de formation, spécialisé dans la finition des meubles. Cette passion pour la finition va l’amener à intégrer un atelier de ferronnerie pour continuer à donner libre cours à sa passion. Son contact avec le fer va lui donner des idées novatrices. Notre artiste va s’atteler à le polir lui et à lui donner des aspects beaucoup plus esthétiques.

Dans ses compositions, la statuaire africaine a beaucoup plus de présence. Interrogé sur la question, Daniel répond que ça n’ a pas été un choix au départ. Mais que cela s’est imposé à lui au fil du temps. ” La symbolique des masques s’est imposée à moi parce que très présente dans la cosmogonie béninoise d’où je suis originaire “, tente t-il de justifier. ” En 1999, j’ai été au Bénin pour participer à des rites initiatiques. Tout ceci a influencé mon écriture “, poursuit t-il. Mais c’est en 2007 sur les conseils d’un de ses amis européens que Daniel a décidé de s’investir totalement dans la réalisation de sculptures liées au patrimoine culturel africain. Une façon pour lui de mettre en exergue ce riche patrimoine.

En 2010, l’artiste réalise sa première grande pièce ( 2 mètres ) dénommée ” Agbalagba ” qui signifie en dialecte béninois ” Le grand des grands “. Cette oeuvre fait partie de la collection ” Ogboni ” que l’artiste a consacré aux œuvres de grandes dimensions qui sont en rapport avec la sagesse africaine. La pièce ” Agbalagba ” trône dans les jardins de la galerie Houkami sise à la Riviera 2.

Réaliser les œuvres de grande dimension est le défi que s’est lancé l’artiste pour qui le fer n’a plus de secret. Normal ! Quand on sait que les ancêtres de Daniel, originaires du royaume Dahomey ont baigné dans la du fer symbolisée par les masques d’ Ifé. Une civilisation qui accordait la primauté au travail du fer.

C’est sans doute cette civilisation que l’artiste veut perpétuer à travers ses œuvres. A propos des sculptures de grandes dimensions voici ce que Daniel dit : ” Je me suis lancé le défi de connaître la taille de mon cerveau, de mon esprit. C’est la raison pour laquelle je réalise des pièces de grandes dimensions qui dépassent la taille de mon cerveau “. Quelle philosophie !

Comme matériau de travail, l’artiste privilégie le fer auquel il ajoute des matériaux de récupération tels que  assiettes, cauris, bris de miroir, boulons et vis de voiture, etc …  Une façon très singulière à lui de redonner vie à ces objets tombés en désuétude.  Pour cet adepte de Pablo Picasso, l’art africain doit s’émanciper et se poser comme un vivier dans lequel les artistes de divers horizons peuvent puiser pour enrichir leur création. ” Qu’on le veuille où pas Picasso s’est bel et bien inspiré de l’art africain dans ses créations “, se persuade t-il. Daniel s’est trouvé une mission : défendre l’art africain. Pour la réussir il compte être présent sur toutes les plateformes où l’art est convoqué, histoire d’ajouter sa signature à l’édifice universel.

Révélé au grand public à l’ occasion de l’ édition 2012 du Grand Prix Guy Nairay consacré aux arts visuels, Bamigbadé a étonné les membres du jury par un masque taillé dans du cuivre, du fer et autres matériaux de récupération. Cette pièce nommée ” La chaleur des âges avancées ”  lui a d’ ailleurs valu la qualification pour la phase finale du concours. Même s’il n’ pas remporté le Grand Prix, l’artiste garde tout de même un bon souvenir de cette compétition. ” Grâce au GPGN, mon travail de l’ombre a été révélé au grand public et à certains esthètes “, se satisfait t-il. Daniel ne croit pas si bien dire puisqu’ après cette compétition, il a été sélectionné pour le symposium international sur la sculpture africaine qui s’est tenu du 22 octobre au 08 novembre 2013 à Dakar. C’est une expérience que l’artiste a su capitaliser dans la mesure où ses oeuvres ont accroché les organisateurs au point où il a été qualifié d’office pour la Biennale de Dakar cuvée 2014. Sacré Daniel qui a mis à profit son séjour dakarois pour côtoyer  des sculpteurs de renom tels que Momar Seck, Henri Sagna, Ndari Lo, Kenzo Malo et Solli Cissé.

Le travail, rien que le travail, telle semble être la devise de ce jeune artiste qui qui n’a pas fini d’étonner le monde avec ses pièces surdimensionnés. Pour l’heure, toujours assidu dans son atelier Bamigbadé continue d’offrir aux amateurs d’art des pièces dont lui seul a le secret.

 

Raymond-Alex Loukou