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Cristallisation de l’art : Eddy Ekété ou l’homme canette…

Desire Amani | | Arts Visuels

Explorer l’espace, tout en cultivant un travail, dans l’esprit du temps avec des méthodes incongrues, pour en ressortir des enjeux de notre ère, comme résultantes de transmission de la mémoire, telle est la tâche fondamentale que notre sommité culturelle, Eddy Ekété s’adonne. Cette limpidité expressive, qui fonde le charme de son travail artistique, remonte depuis ces premiers pas à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa. Dans sa tendre enfance, angoué de bricollages, de gribouillages, et de médiums à l’école maternelle, puis à l’école primaire, Eddy Ekété entame sa formation en Arts visuels, dans les locaux de l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa. Après l’obtention du Baccalauréat, le portail de l’Académie des Beaux-arts lui donne une aubaine d’aborer la vitalité, et les vicissitudes qui exhalent les diverses disciplines artistiques dans les ateliers de formation. Diplômé de ladite Académie, il peut dès lors en 2005, ouvrir une page de son histoire grâce à une nouvelle écriture picturale et y développer une vision multidimensionnelle de son art vers l’Europe, les Etats-Unis, puis l’Angleterre.

Une telle détermination, cadençant des gestes, dans une savante théorisation sur l’art, oriente vers la voie esthétique et les conventions de l’idée, une possibilité de chaque action déclinée, en une sorte de délicatesse (l’invention). Cette armure voilée de  jouissance, que je nomme ici « la libéralité ontologique » serait la seule équation majeure pour empoigner l’art et la manière, au service des faits purement anthropologiques, aux fins de les analyser, et les confronter sociologiquement. Cette dualité assouplit tendrement les observations très poussées de nos sens organiques, vers une délectation éveillée symboliquement. Telle est la voie que prennent les sculptures mobiles de mister canette-man.

Quant les objets revendiquent les droits des consommateurs, et que les canettes boivent la république, tout se dévoile comme cette écorce de laurier, qui fut l’une des épices importées d’Orient depuis la nuit des temps. Fortifiant traditionnel de la pharmacopée chinoise, elle était utilisée pour la purification des corps par l’abstention de céréales. C’est de cette même manie qu’Eddy Ékété, alias Canette-man ou homme canette purifie donc l’esprit du « tout monde » lors de ces prestations performatives. Ramener quelque fois l’ensemble des choses à un même sujet de manière à le valoriser plus, de questionner la posture historique de la sculpture, remettre en cause quelques fondements de l’art et associer l’art et la politique reste la devise de l’initiateur du concept “Homme canette”. Précurseur de cette conceptualisation historique dans le milieu de l’art en Alsace, cet artiste multicarte, diplômé de la Haute École des Arts du Rhin, sous l’ancienne appellation de l’École Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg, ne passe pas invisible lors de son apparition en public. La sortie de cette sculpture contemporaine mobile (homme canette) en plein coeur de la capitale de l’Union Européenne, tire sa source dans le rituel des masques de réjouissance issu de certaines sociétés traditionnelles d’origine africaine. Cette source de pulsation, marque ou garantie le symbole d’une purification alliant politiques et consommateurs. Comme l’a souligné notre médiateur culturel et critique d’art, Auguste Mimi Errol, lors d’une sortie de ces sculptures mobiles, sous un angle à caractère performatif, réalisée par deux hommes canettes à la place Kléber le 17 novembre 2012 à Strasbourg: « Admirable performance qui dans sa conception allie l’espace et le temps. L’espace de par la plastique des hommes canettes et la suggestion de l’idée de l’accumulation; et le temps de par son bruitage… les principes des sociétés dites premières et celles des sociétés de consommation sont réunis et nous font refléter ce que nous sommes aujourd’hui. » Cette mise à distance de notre quotidien, cristallise notre amour pour l’art.

Désiré AMANI