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« Yopougon, Adjamé, Liberté », une exposition qui représente le quotidien des abidjanais

Arsene DOUBLE | | Art contemporain

Samedi 1er juin 2019, la Galerie Cécile Fakhoury a abrité le vernissage de l’exposition « Yopougon, Adjamé, Liberté », une exposition personnelle du peintre ivoirien Armand Boua (41ans). Elle évoque des scènes de vie à la fois fugaces et persistantes, singulières et emblématiques, en particulier, de ces quartiers d’Abidjan, qui sont à l’origine des œuvres de l’artiste ivoirien. Cette exposition rappelle les réalités d’une ville, d’un pays, et plus largement d’une histoire collective.

Armand Boua peint des réalités dont il a une connaissance parfaite : celles des milieux qui l’ont vu naître et grandir. Yopougon, Adjamé, Liberté, y compris leurs réalités, ne lui sont pas étrangers. À la fois témoin et critique, le peintre ivoirien représente, sur toiles et cartons usés, des moments de son quotidien qui appartiennent aussi à une histoire commune. Et, c’est bien cela que « Yopougon, Adjamé, Liberté », sa deuxième exposition personnelle après « Brobrosseurs » qui a eu lieu à Dakar en 2018, nous fait voir.

Toiles et cartons usés, les uns après les autres apposés au mur de la superbe galerie, figurent une variété de scènes de vie et de rue, à la fois séduisantes et engagées, où cohabitent distances et familiarité. Ici, on est à Abidjan, en Côte d’Ivoire, avec le « nouchi » – jargon ivoirien.

Entre autres scènes de vie représentées sur toiles, citons : “Le gbaffou”- scène de conflit-,“La go de Treich”- la jeune habitante de Treichville-, “Les Môgôs de Treich”-les hommes de Treichville-,“Le gbonhi de Djamtala”- le groupe de personnes résidant à Adjamé-, “Le ballon fétché”- le football, sport préféré-, “les Môgôs de Djamtala”- les hommes d’Adjamé-, “les Môgôs de Poy”- les hommes de Yopougon-, “la go de Djamtala”- le jeune femme d’Adjamé.

Sur des cartons pris dans la rue, selon Armand Boua, figurent “Le fiston solo”- le jeune garçon tout seul, “La go Antou dans le gbonhi”- la jeune femme Antou dans le groupe-, “les roukaskas”- une danse très mouvementée beaucoup usitée dans le Coupé-decalé, “les abobolais”-les habitants d’Abobo.

Au constat, les portraits individuels ou collectifs, nous semblent familiers, nous en avons une mémoire intime et une connaissance sensible, comme s’ils avaient traversé le temps pour venir s’inscrire dans nos imaginaires, à la manière d’esquisses mentales. Prises sur le vif, ces figures, ces postures, se présentent comme des emblèmes, reconnaissables en un regard : une bassine, une couleur, une charrette, une pose, qui opèrent à la manière d’attributs.

La technique du peintre Armand Boua reflète sa position ambivalente, à la fois partie prenante d’une communauté et observateur extérieur. Il utilise des matériaux bruts- cartons usés, goudron- comme métaphore de sa réflexion plastique et sociale. Les scènes qui naissent de cette lutte entre les matières accumulées et les espaces qui tendent au vide frappent par l’immédiateté de la reconnaissance qu’ils provoquent, et suscitent en nous un sentiment de proximité propre à l’ordinaire.

L’artiste développe une technique plastique profondément en lien avec le message qu’il véhicule. Il explore le support plus classique de la toile qu’il ne cesse de déconstruire et d’interroger.

« Yopougon, Adjamé, Liberté » de l’artiste ivoirien Armand Boua, apparaît comme un message fort d’appartenance, à la fois rengaine intime et chant préside à la lutte. Et, les passionnés de la peinture ont jusqu’ au samedi 31 août 2019 pour faire l’emplette des œuvres de l’artiste à la Galerie Cécile Fakhoury.

 

Arsène DOUBLE