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Restitution d’objets volés à l’Afrique : Le trésor du roi Béhanzin et le sabre d’Oumar Tall restitués au Benin et au Sénégal

Arsene DOUBLE | | Art contemporain

Le président sénégalais, Macky Sall (à droite), présente le sabre attribué à El Hadj Oumar Tall lors d’une cérémonie à Dakar, le 17 novembre 2019. SEYLLOU / AFP

La France a entamé la restitution d’objets spoliés à l’Afrique pendant la colonisation. Le trésor du roi Béhanzin et le sabre attribué à El Hadj Oumar Tall, chef spirituel et fondateur de l’empire toucouleur, n’appartiennent plus aux collections publiques françaises, mais désormais au Benin et au Sénégal.

 

Les députés français ont voté la première loi de restitution d’objets, au bénéfice du Bénin et du Sénégal. Ils ont définitivement adopté, jeudi 17 décembre, le projet de loi actant le transfert de propriété de ces objets au bénéfice du Bénin et du Sénégal, par dérogation au principe d’inaliénabilité du code du patrimoine.

Le trésor du roi Béhanzin et le sabre attribué à El Hadj Oumar Tall, chef spirituel et fondateur de l’empire toucouleur, n’appartiennent plus aux collections publiques françaises, mais désormais au Benin et au Sénégal.

Ce texte « incarne une nouvelle ambition dans nos relations culturelles avec le continent africain », s’est félicitée la ministre de la culture, Roselyne Bachelot. Il s’agit des premières restitutions à l’Afrique d’objets spoliés pendant la colonisation, comme s’y était engagé le président Emmanuel Macron dans son discours à la jeunesse africaine prononcé à l’université de Ouagadougou, en novembre 2017.

Les vingt-six objets provenant du palais des rois d’Abomey, emportés par les troupes du général Dodds lors de la conquête du Dahomey, en 1892, et aujourd’hui conservés au Musée du quai Branly, devront être remis au Bénin d’ici à un an au plus tard. Le sabre se trouve quant à lui déjà exposé au Musée des civilisations noires de Dakar, dans le cadre d’une convention de dépôt, signée en 2018.

L’adoption de cette loi marque une étape importante et hautement symbolique dans le travail de mémoire entrepris sur la colonisation et les circonstances dans lesquelles ont été acquis les œuvres d’art et les objets entreposés dans les musées français.

Le rapport des universitaires Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, remis à Emmanuel Macron fin 2018, avait bousculé le milieu des conservateurs de musée français et européens. Un rapport prônant un retour massif du patrimoine culturel africain appréhendé pendant la période coloniale. Le travail de M. Sarr et Mme Savoy avait, en effet, permis d’évaluer à environ 88 000 le nombre d’objets africains présents dans les collections françaises, pour l’essentiel au Musée du quai Branly.

Outre le Bénin, qui, le premier, avait initié une demande de restitution en 2016, et le Sénégal (en 2019), cinq autres pays se sont engagés dans cette démarche. Le Tchad réclame « l’ensemble des pièces tchadiennes présentes dans les collections du Musée du quai Branly, soit presque 10 000 objets ». L’Ethiopie sollicite « 3 081 biens culturels éthiopiens conservés dans les collections publiques françaises », le Mali « seize biens » et Madagascar « l’intégralité des biens culturels malagasy présents sur le territoire français ». Enfin, la Côte d’Ivoire a identifié une liste de 148 objets. Des discussions en vue de la restitution du tambour parleur du peuple Ébrié, exposé au Quai Branly, sont en cours. Cet instrument, dont le son servait à mobiliser les hommes, est considéré comme un des symboles de la résistance contre les troupes coloniales

Arsène DOUBLE

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