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Le monde de l’art contemporain ivoirien en plein essor

Arsene DOUBLE | | Art contemporain

Galerie Houkami Guizagn-Abidjan

Le marché de l’art contemporain ivoirien est en pleine croissance, selon plusieurs spécialistes du milieu.

Le paysage ivoirien des arts visuels n’est pas à plaindre, à en croire plusieurs spécialistes du milieu. Mimi Errol, directeur artistique de la galerie Houkamy Guyzagn et par ailleurs l’un des seuls critiques d’art et commissaire d’exposition du pays, soutien que « depuis dix ans, le marché grandit de manière organique, progressive et résiliente en dépit des crises politiques et sanitaires ». Mieux, Abidjan parvient à « faire revenir ses artistes, à garder les plus jeunes et à attirer ceux de la sous-région », se réjouit le critique d’art, fin connaisseur du milieu.

La jeune galerie nomade Véronique Rieffel, qui s’est installée dans la capitale économique ivoirienne il y a moins d’un an, un laps de temps néanmoins suffisant pour se faire une place et un nom dans le bouillonnant paysage ivoirien des arts visuels, explique : « J’ai été attirée par la dynamique que j’y ai trouvée, des artistes fabuleux et quelques galeries avec une projection à l’international. Voyant tout ça, j’ai décidé de me lancer en septembre 2019. » Notons que Véronique Rieffel est une galerie spécialiste des arts d’Afrique et du Moyen-Orient qui, d’ici à la fin de l’année, ouvrira un véritable espace physique en bord de mer dans la ville voisine de Grand-Bassam.

En mars, le premier musée d’art contemporain du pays s’est ouvert dans la commune populaire d’Abobo, au nord d’Abidjan. Il a été financé et construit par Adama Toungara, un responsable public qui est aussi l’un des plus grands collectionneurs privés du pays.

Si les écrins de l’art contemporain se multiplient à Abidjan – ils sont désormais une petite dizaine –, le marché local se développe aussi. En l’absence de rapports ou d’études chiffrées, tous les professionnels du milieu interprètent les moindres signaux comme une confirmation d’un marché en croissance. « Le retour ponctuel ou permanent des artistes ivoiriens est un signe qui ne trompe pas », affirme ainsi le critique d’art Mimi Errol.

Le critique cite à titre d’exemple Ouattara Watts, l’enfant prodigue parti vivre aux Etats-Unis il y a une trentaine d’années et revenu en 2018 le temps d’une exposition. Ses compatriotes, le sculpteur Jems Robert Koko Bi et le plasticien Ernest Dükü, ont eux aussi initié des retours, confirmant l’existence de débouchés marchands à leurs productions.

D’ailleurs, lors de l’exposition de 2018, les œuvres de Ouattara Watts se sont bien vendues, à des tarifs allant de 40 000 à 120 000 euros selon les pièces. « Certaines de ses œuvres ont été acquises par des collectionneurs locaux », confie Cécile Fakhoury, qui accueillait l’exposition dans sa galerie ouverte en 2012. Habituée des grands rendez-vous internationaux de l’art, la jeune galeriste française, qui représente de nombreux artistes ivoiriens et ouest-africains, possède une deuxième galerie à Dakar et un showroom à Paris. Les premières années, 90 % de son chiffre d’affaires se faisaient à l’étranger, mais aujourd’hui, précise-t-elle, « sans être à 50/50, il y a un rééquilibrage important qui s’est opéré ». Et s’il n’y a pas de boom, « la tendance à la hausse du marché local est manifeste ».

Illa Donwahi partage ce constat. A la tête de la fondation qui porte son nom, la femme de 61 ans s’émerveille de l’élargissement du cercle d’acheteurs et de collectionneurs à « une nouvelle génération » composée de trentenaires et quarantenaires au pouvoir d’achat important. Elle se réjouit de leur appétence pour les arts visuels qui témoignerait d’« un soutien aux artistes ivoiriens et au continent africain ».

Entourée des œuvres qu’elle expose sur la terrasse de sa fondation, elle souligne aussi « l’augmentation récente des achats directs auprès des artistes » qui contribuent à retenir ces derniers sur place. En réalité, rappelle Mme Donwahi, « le marché local a toujours existé ». A Abidjan, « de l’argent il y en a et les collectionneurs sont présents depuis longtemps ». Mais toutes ces œuvres demeurent le plus souvent à l’abri des regards, jalousement gardées à l’intérieur de villas cossues.

Si le marché est en pleine croissance, son dynamisme reste à confirmer sur la durée. Pour accroître sa notoriété, faudrait-il organiser un événement international à Abidjan ? « Trop tôt, le marché n’est pas encore assez mature », tranche un collectionneur habitué des grands raouts artistiques. Et une biennale ? « Celle de Dakar est très bien et fait l’affaire », complète-t-il, un peu blasé. D’autres professionnels du secteur, plus entreprenants et enthousiastes, envisagent néanmoins une vente aux enchères internationale dans les prochains mois.

 

Arsène DOUBLE

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