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Méné (artiste plasticien) : ” Un artiste doit avoir sa propre identité “

Raymond Alex Loukou | | Art contemporain

Ange Mene, artiste-plasticien. © Crédit photo Océane Harati

Méné est un artiste plasticien qui croit en l’art comme un engagement pour des causes nobles. Depuis la commune de Dabou où il se trouve, il nous fait revivre quelques épisodes de son parcours. Il nous donne sa vision du métier qu’il a décidé d’exercer en dépit des difficultés rencontrées. Rencontre avec un adepte de l’art rupestre qui tient à marquer son territoire.

” J’ai été toujours subjugué par ces formes innocentes qui ressortent des grottes. Cela me rappelle mon enfance. C’est une peinture qui revêt pour moi une certaine spiritualité. C’est pour moi un art rempli de sens. Je questionne l’humain, le monde. Raison pour laquelle j’ai fait de la peinture rupestre la base de mon travail. En réalité l’univers est un avec des spécificités “. Ainsi s’exprime l’artiste plasticien Ange Méné, rencontré à Dabou à quelques encablures d’Abidjan. Dans cette bourgade où il enseigne les arts plastiques dans un lycée de la place, Méné préfère la casquette d’artiste-plasticien à celle d’enseignant. ” C’est vrai que l’enseignement est ma fonction, mais je me considère artiste dans l’âme”, fait-il savoir d’entrée de jeu.

Un regard dans le rétroviseur nous rappelle que c’est en 1997 que ses œuvres ont été vues du grand public alors qu’il était encore étudiant au Lycée d’enseignement artistique d’Abidjan ( LEA ). Il s’en souvient comme si c’était hier. ” C’était à l’occasion de l’exposition Artefact organisée par Mme Murielle Diallo. Ce fut un moment inoubliable parce que ce jour-là des tableaux de grands maîtres ont été décrochés pour que des œuvres de débutants comme mon condisciple Guiraud Sébastien et moi soient accrochées “, se rappelle-t-il. Cet épisode assez révélateur a convaincu l’étudiant de l’époque de se tracer une voie dans le domaine des arts plastiques. Des artistes confirmés comme Joe Wakam et Yacouba Touré alias Yac décélèrent déjà en lui des talents. Auréolé de cette marque d’attention et de sympathie, l’artiste travaille d’arrache-pied pour se frayer son propre chemin.

Pourquoi le choix de l’art rupestre ? En vérité c’est sur cette thématique que Méné a travaillé pour son diplôme de fin de cycle aux Beaux-Arts. C’est donc en voulant approfondir ses recherches qu’il est resté dans le champ de cette thématique. 2001 sera une année décisive pour l’artiste puisque la structure Ars Ante Africa de Sylvie le Gall lui consacre une exposition à Paris. Occasion toute trouvée pour Ange Méné de montrer ses œuvres au grand public quand on sait la place qu’occupe la capitale française dans le domaine des arts. L’artiste travaille dans les sillons des maîtres tels que Matthieu Jean Gensin et Tamsir Diar. La galeriste et historienne d’arts Louise Simone Guirandou n’hésite pas à comparer son travail à celui de l’ artiste hollandais Karel Apple. Cependant l’artiste préfère rester humble et travailler à trouver sa propre voie. Pour lui, c’est important pour un artiste d’avoir une écriture personnelle, ce qui fait sa personnalité. ” On peut avoir des variantes dans son écriture. Muter d’ un style à un autre tout en gardant son identité, sa marque “, affirme-t-il.

A la question de savoir si l’artiste vit de son art, Méné répond : ” Ce n’est pas impossible que l’artiste vive de son art. Mais pour ce faire il y a toute une structuration qu’il faut mettre autour de son travail. A côté de cela il faut du courage, de la persévérance “. En ce qui concerne la politique culturelle mise en place par l’Etat pour encourager les initiatives, l’artiste se veut sceptique. ” Il y a de la matière en matière de culture mais dire qu’il y a une politique culturelle pour donner de la visibilité à cela, j’attends de voir. La culture semble être le dernier maillon de la chaîne “, lâche-t-il, un air dépité. Cela dit, l’artiste demeure optimiste, car pour lui l’art c’est la vie même. Malgré les difficultés qui s’y trouvent, on trouve toujours le moyen de vivre.

Avec les nouveaux outils de la communication et de l’information, l’artiste est persuadé que la pratique artistique peut prendre de la hauteur et engranger des dividendes.

Aujourd’hui plus que jamais, l’artiste est convaincu que l’art permet à ceux qui le pratiquent d’être en harmonie avec eux-mêmes ainsi qu’avec la société. ” L’artiste doit être un combattant pour des causes nobles. Il doit toujours demeurer humble en dépit de sa célébrité “, insiste-t-il.

 

Alex Raymond LOUKOU

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