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Ky Siriki, artiste plasticien burkinabé de renommée internationale

Arsene DOUBLE | | Art contemporain

Ky Siriki est un artiste plasticien burkinabé de renommée internationale. Très attaché à l’art africain, il participe à plusieurs symposiums de sculptures et autres rencontres artistiques à travers le monde. Ses œuvres sont un peu partout en Afrique comme en Occident.

Il est l’initiateur du Symposium International de Sculpture sur Granit de Loango au Burkina Faso, dont la 12e édition a eu lieu en octobre 2018. C’est lui, Ky Siriki ( 66 ans), artiste plasticien burkinabé de renommée internationale, qui a eu l’idée originale d’organiser en 1989 une rencontre internationale destinée à échanger les savoir-faire et les expériences en matière de sculpture. Fort du soutien actif du Ministère de la culture et du succès renouvelé des éditions suivantes, les organisateurs ont décidé de donner une périodicité biennale à cette manifestation artistique majeure.

Du granit du Burkina Faso à la neige en Europe, en passant par la pierre, le bois, le bronze, le fer, Ky Siriki interprète le monde, touchant à la fois aux points saillants révélés, cachés de l’existence : Le réel et irréel, tradition et modernité, le sacré et le profane, Moi et Autrui.

Détenteur d’un double bagage, africain et occidental, Ky Siriki fait partie de la première génération d’artistes plasticiens burkinabé, ayant reçu une formation académique. Étudiant d’abord aux beaux-Arts d’Abidjan, il se perfectionnera ensuite à Pietrasanta en Italie avant de s’installer au Burkina Faso. Là, l’artiste plasticien se fera connaître en remportant le Prix de la Fondation Afrique en Créations ( 1996) pour son projet « Sculpture sur Granit de Loango  », un véritable musée à ciel ouvert.

Ky Siriki, le demiurge du parc de Loango

Situé à une trentaine de kilomètres de la Capitale, le parc de sculptures de Loango est une sorte d’exposition à ciel ouvert qui évolue au fil du temps. C’est un site artistique, possédant un charme indéniable qui attire de nombreux visiteurs.

Avec son cadre changeant au gré des saisons et de la course du soleil, il permet à chaque visiteur-arpenteur de faire un parcours aléatoire et poétique. Au milieu d’un décor minéral chaotique, le visiteur découvre ébahi une série d’œuvres taillées dans le granit. Elles ont été réalisées à même un réseau de roches qui affleurent et elles sont le fruit de l’imagination d’artistes sculpteurs et plasticiens venus du monde entier, mais surtout du burkinabé Ky Siriki. Plusieurs sculptures sur granit portent sa marque. Jusqu’à ce jour, il demeure le maître de cérémonie de ce vaste chantier en perpétuelle évolution. A Loango, Siriki aimerait simplement que quelqu’un puisse suivre ses traces après lui.

Ses sculptures, retrouvées un peu partout dans le monde

Les monuments érigés à la mémoire des grandes figures historiques burkinabés en 2017 comptent bien ceux Ky Siriki . A Tema Bokin, la statue érigée à l’effigie du père de la révolution burkinabé Thomas Sankara porte la marque de l’artiste Ky Siriki. A Nouna, le monument à l’effigie de l’éminent homme politique burkinabé originaire de la Boucle du Mouhoun, Daniel Ouezzin Coulibaly né en 1909 et décédé en 1958, est également l’œuvre de Ky Siriki.

La capitale abrite, par ailleurs, des sculptures monumentales de Ky Siriki. C’est le cas de la Princesse Yennenga et la Bataille du Rail. Ce bronze, réalisé avec Ali Nikema, immortalise la construction de la ligne Ouaga-Kaya dans un élan révolutionnaire du peuple, en 84-85. En juin 2000 était inaugurée la Porte du XXIè siècle, trois grandes stèles en granit et en bronze retraçant l’évolution de l’Homme.

On retrouve encore les empreintes de Ky Siriki dans plusieurs pays d’Afrique et d’Europe . Ses œuvres réalisées soit en bronze, soit en marbre, sont bien présentes au Canada, en France, à Malte, en Côte d’Ivoire, au Mali, au Togo, au Maroc, etc.

Depuis 1985, il est présent sur la scène internationale, prenant part à de nombreux symposiums de sculptures.

Défenseur de l’art africain

En dépit de ses acquis académiques, Ky Siriki reste très attaché à l’art africain. Il dit s’être beaucoup inspiré de la statuaire Lobi et de la forme des baobabs. La défense de cet art africain devient l’une de ses priorités. Ainsi jeudi 07 décembre, à l’occasion de l’inauguration du musée des civilisations noires au Sénégal, appelé à exposer et animer un panel sur le thème « L’art africain : enjeux et perspectives », Ky Siriki tiendra un discours dur, loin de ménager les occidentaux.

Dans une communication centrée sur la décolonisation, il a fait savoir que la décolonisation passe aussi par les arts, par la restitution des arts africains, d’autant plus que l’activité se tient dans un contexte où le débat sur la restitution des œuvres par la France est relancé. «Qu’ils nous restituent nos œuvres pillées », a-t-il lancé.

Le réveil des africains en son sens, serait douloureux pour les occidentaux. « Il faut qu’on se réveille », et qu’on se départisse des canons d’appréciations des œuvres africaines régis par l’occident.

L’art africain pour lui, ce sont les masques, les statuettes qui sont traitées d’art primitif, d’art du passé par les occidentaux. « Mais quand on met une statuette lobi en vente aux enchères, ce sont des millions d’euros. On nous complexe, on dit c’est l’art du passé », a-t-il expliqué.

Alors que dans le même temps poursuit-il dans sa réflexion, « ils sont heureux pendant ce temps, de comparer nos grands artistes et leurs trouvent des référents dans leurs pays. Par exemple, ils sont contents d’appeler Ousmane Sow, le rodin africain. Pourquoi forcement prendre un référent chez eux ?  Mais Ousmane Sow, c’est Ousmane Sow tout simplement… Les canons d’appréciation des œuvres d’Afrique sont régis par l’occident donc les jeunes sont obligés de travailler dans le sens de ce que les gens (les occidentaux) aiment. Alors que les gens ont puisé outrageusement dans le patrimoine artistique africain. Ils trouvaient ça bien, mais quand nous, artistes africains on essaie de puiser dans notre patrimoine, on dit, c’est rétrograde… C’est dommage, les jeunes les suivent. Mais je les comprends, il faut manger. Mais je dis que le réveil sera fatal ».

Pour ce faire, l’une des recommandations de la conférence, à l’en croire,  a été d’appeler les critiques d’art et journalistes africains à s’imposer pour promouvoir la création contemporaine du continent.

A ce grand rendez-vous artistique, l’artiste plasticien a été élevé par le président sénégalais Macky Sall au rang de chevalier de l’ordre du lion, l’une des plus grandes décorations du Sénégal.

 

Arsène DOUBLE