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Des collectionneurs africains quasi absents aux grands rassemblements internationaux du monde de l’art

Arsene DOUBLE | | Art contemporain

Foire 1:54 Marrakech

La Foire 1 :54 de Marrakech s’est tenu les 23 et 24 février 2019 à l’hôtel La Mamounia. A la différence des occidentaux, les collectionneurs africains n’ont pas été nombreux à ce rendez-vous. Un constat, les africains se font rare aux grands rassemblements internationaux du monde de l’art. Ils ont une façon particulière de collectionner. Les collectionneurs africains sont plus portés à la promotion de l’art de leur pays ou de la sous région et ont une méfiance généralisée envers le marché de l’art mondialisé.

« Beaucoup de collectionneurs africains sont simplement moins visibles que leurs collègues européens ou américains parce que leur rôle et leur façon de collectionner sont différents », a avancé Touria El Glaoui, énergique fondatrice de la Foire 1:54. Comme c’est le cas à la Foire 1:54 de Marrakech, qui s’est tenu les 23 et 24 février 2019 à l’hôtel La Mamounia, les collectionneurs africains, à la différence de leurs homologues européens ou américains, se font rares aux grands rassemblements internationaux du monde de l’art. Ce désintérêt trouve son explication dans la volonté des africains de promouvoir l’art de leur pays ou de la sous-région, les incitant à acheter les artistes locaux et leur méfiance généralisée envers le marché de l’art mondialisé.

Ils [les collectionneurs africains, ndlr] sont souvent plus directes avec les artistes », a poursuivi la fondatrice de la Foire 1 :54, justifiant ainsi l’absence aux grands rassemblements internationaux du monde de l’art comme la foire de Bâle ou la Biennale de Venise des collectionneurs africains, dont la grande majorité collectionne des artistes de leur pays ou de la sous-région.

La plupart des amateurs achètent effectivement local, directement auprès des artistes.

« Collectionner tout l’art africain, ce n’est pas possible, a confié Bassam Chaitou, homme d’affaires sénégalais d’origine libanaise. Il y a tellement de courants, ne serait-ce qu’au Sénégal, que je n’ai pas réussi à en faire le tour vingt ans après. »

Son compatriote et ami, Sylvain Sankalé, qui possède quelques 250 œuvres, s’est lui aussi restreint au périmètre national, « par manque d’espace, de fortune, et par souci de cohérence ».

Des collectionneurs locaux s’inscrivent dans une dynamique de rivalité avec les occidentaux. Le collectionneur belge Pierre Lombart, à l’initiative du Southern African Foundation for Contemporary Art pour promouvoir les artistes de son pays d’adoption, invite les africains à initier la jeunesse à l’art local, au risque de voir les européens s’en approprier le monopole.

 « L’éducation, c’est le nerf de la guerre, , Si on ne veut pas que l’art reste entre les mains des Occidentaux et qu’on en soit au même point dans vingt ans, il faut le mettre au cœur de la jeunesse» a insisté le collectionneur belge Pierre Lombart.

Yemisi Shyllon l’a bien compris. Cet homme d’affaires de 66 ans, qui possède quelque 7 000 œuvres, finance la construction d’un musée privé qui devrait ouvrir en octobre sur le campus du Pan-Atlantic University, à Lagos, au Nigeria. Son objectif : laisser un héritage et galvaniser les générations futures.

Bassam Chaitou, qui a exposé ses œuvres en 2007 au musée de l’Ifan, à Dakar, ne dit pas autre chose lorsqu’il décrète que « collectionner, c’est un acte politique, une manière de refléter l’identité locale, une responsabilité vis-à-vis de l’histoire ».

Les collectionneurs africains ont également une méfiance généralisée envers le marché de l’art mondialisé.

« On a le sentiment que le marché de l’art africain est opaque et téléguidé par l’Occident qui détermine les prix », a soutenu le collectionneur ivoirien Kablan Porquet, qui préfère se concentrer sur les arts classiques. Et d’ajouter : « C’est comme si on me demandait de parier au PMU sur des chevaux qui courraient à Paris ou à Londres. »

A y voir de plus près, le rapport des africains à l’art tire sur le panafricanisme.

 

Arsène DOUBLE