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Anastasie Langu Lawinner, une photographe qui ne lésine pas sur la question du genre

Arsene DOUBLE | | Art contemporain

Originaire de la République Démocratique du Congo, Anastasie Langu Lawinner est une experte photographe indépendante. Sa photographie traite des questions de colonisation, de la mobilité humaine, de la question du genre, de la marginalisation des femmes, …

 

Tour à tour révoltante et révoltée, éclectique, poétique et instinctive, la photographie d’Anastasie Langu tente d’extérioriser son for intérieur, son ressenti, son envie de crier ce qui dérange, ou ce qui ne dérange pas. Avec une teinte de féminisme, la photographie de la jeune artiste congolaise ne lésine pas sur la question du genre, les violences faites aux femmes et toute forme d’injustice dont elles font l’objet. Femmes noires, filles d’esclaves, femmes réduites à la liberté de la consommation, femmes dans le rôle que la société consent et oblige…, voici entre autres ce que Anastasie Langu Lawinner s’efforce de mettre en image.

Quelques-uns de ses tableaux se révèlent, par ailleurs, très choquants. Nous pouvons y voir des liens, des fils de fer, des entraves de bois, des visages de femme hors cadre, chair maintenue, immobile, dans des positions qui sont la « normalité », assise, debout, en attente, nue et contrainte.

Talentueuse artiste exerçant à Kinshasa, Anastasie Langu Lawinner est non seulement photographe, mais aussi designer, graphiste, actrice, business woman, manager. Autodidacte et propriétaire de Anas Vision, elle propose depuis quelques années des séries de photographies autour de la colonisation, de la mobilité humaine, de la question du genre, de la marginalisation des femmes, etc. Pour ce faire, la lauréate du concours Art Tembo 2018 s’appuie sur ses études de droits pour penser son approche du sujet.

 

Une photographie thérapeutique

Est-ce que le regard porté sur une photographie peut participer d’une thérapie ? Regarder, c’est aussi se voir, suppose à longueur d’expositions cette jeune photographe. Capter la violence d’un sujet, c’est ressentir dans sa propre chair les échos qui se réveillent. C’est mettre des noms sur le crime.

Comment refermer ces cicatrices ? Les images qu’elle montre depuis le Dak’Art off de 2018, participent au processus. Kigali (Festival afropolitain nomade, 2020), Leipzig (Les voix de Kinshasa, encadrées par Freddy Tsimba et Eddy Ekete), Femmes africaines (Marrakech, 2020) ont multiplié les séances de mémoire. Le tableau se recompose. Plan par plan. Les visages ressortent de l’ombre.

La blessure est spirituelle, autant que physique. La photographe touche au domaine immédiat de la vie, à la faim, au déplacement et à l’appauvrissement permanent des populations. Mais elle évoque aussi l’amputation mentale. Dans ces immenses coups de pelleteuses, excavatrices en tous genres, hurlement des contremaîtres, l’histoire répète la mutilation. Ses clichés évoquent alors les corps anciens, lumières vitales qui dirigeaient nos bateaux-vies. Ces ossements enfouis et brisés qui sont ceux des Anciens. Totems placés à l’entrée des grandes ténèbres. Cette mémoire détruite, nous resteront des insectes errants.

Arsène DOUBLE

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