Livre : Amadou Koné renaît dans L’Œuf du Monde…
Par remi coulibaly
- Réalisé à Abidjan

Etabli aux Usa depuis plus de 20 ans, l’auteur du best-seller des années 80, Les frasques d’Ebinto, nous livre un récit décapant qui dépeint le manichéisme de l’humanité.
La dernière œuvre qu’il publia en 2006, Sigui, Siguila, Siguiya (théâtre) aux Editions Malaïka (Ottawa, Canada) et qui traite de la question des choix politiques, culturels, spirituels de l’Afrique et la fuite des cerveaux de ce continent, n’a pas été promue ici. Aussi, pour épouser le succès africain de Les Coupeurs de têtes (roman) (Editions Cepia, Paris et Ceda, Abidjan, 1999), Amadou Koné qui fut révélé comme l’un des meilleurs auteurs de sa génération, en 1979, avec Les frasques d’Ebinto, (Hatier, Paris, Ceda, Abidjan), signe-t-il son come-back avec L’œuf du Monde, Banalanh’ng.
C’est un récit. Emprunté au genre oral Banalanh’ng qui, dans la langue cerma, est un récit, une fresque oratoire relevant à la fois de la devinette, de l’énigme, du conte et du mythe. En fait, l’auteur use de la subtilité de cette conjugaison de genres oraux ; le langage détourné de la représentation symbolique apparaissant alors plus efficace que la peinture réaliste des massacres, mutilations et misères infligés à l’humanité et à la nature.
Ce qui fait écrire au préfacier, Kandioura Dramé (University of Virginia, Usa): «Filant avec ingéniosité les fils d’or et d’argent du mythe et du conte dans la trame de son histoire, Koné a trouvé, à son tour, un moyen original et efficace de dénoncer le cortège de malheurs que traînent les dictatures sanglantes qui s’emparent des pays africains, épouvantent les populations et sapent leurs forces de renouvellement depuis bientôt un demi-siècle».
Le schéma actanciel: Fin-ba, La-Grande-Chose, descend sur une contrée, en vérité une petite île peuplée en grande partie de paysans occupés à leurs activités productives. La-Grande-Chose s’acharne à coups de violence et de magie sur les malheureux habitants du pays afin de les asservir complètement. Conjuguant habilement les forces alliées du mal, il torture les populations sans répit, avec sept Commandements, tour à tour, édictées pendant son règne:
«1) La Nuit de la Vérification, par le tyran Fin-ba, de la chasteté des jeunes filles avant leur cérémonie nuptiale.
2) Les Soleils de la Tempérance et de la Sobriété interdisant à toute femme qui n’est pas née dans le pays de Fin-ba d’y entrer sous peine de se faire enlever par le monstrueux tyran ; pour le peuple, c’est l’Ere de la Diète sous la ceinture.
3) Créer la Prospérité en plantant un arbre jusque-là inconnu des paysans, et que le tyran appelle «l’arbre-à- argent » dont les feuilles seront exportées.
4) Boire de l’alcool importé pour s’oublier au maximum.
5) Regarder la télévision et rêver pour ne plus penser (les hommes en particulier sont obligés de regarder de belles femmes étrangères à la télévision car le tyran et ses sbires se sont saisis de toutes les femmes du pays).
6) Croire à la grandeur du tyran.
7) Enfin, les habitants de l’île sont forcés de Croire au bonheur que le tyran prétend leur apporter. (P. 9)».
L’ Œuf du Monde s’abreuve à la source de la mythologie bambara fixée, par ailleurs, par des textes désormais classiques de chercheurs comme Boubou Hama, Amadou Hampâté Bâ, Marcel Griale, Calame et Dominique Zahan, entre autres. L’originalité de Koné se situe dans l’usage qu’il fait de cette tradition. Rattachant la situation de l’Afrique contemporaine à son fonds culturel ancien, il réussit à faire passer, avec une finesse inouïe, une méditation profonde sur le présent des peuples africains.
Romancier, dramaturge, essayiste, Amadou Koné est né en 1953. Il a connu un parcours scolaire et universitaire exceptionnel, en Côte d’Ivoire et en France. Maître de conférences depuis 1988, il s’est exilé aux Usa en 1992, après avoir enseigné pendant de longues années à l’Université nationale de Côte d’Ivoire. Depuis 1997, il enseigne la littérature, la culture et l’histoire africaines à Georgetown University à Washington D.C.
Amadou Koné est l’auteur de plus d’une cinquantaine de publications dont les plus connues sont: Anthologie de la littérature ivoirienne (essai) en collaboration avec Dago Lezou et Joseph Mlanhoro (1983) ; Jusqu’au seuil de l’irréel (1976) ; Les frasques d’Ebinto (roman) (1979) ; Les coupeurs de têtes (1999) (roman) ; Le Respect des morts, suivi de la Chaire au trône (théâtre) (1980).




