Livre: «Fracture identitaire!», où va la France!
Par boni b niangoran
- Réalisé à Paris

A l'heure où le débat sur l'identité nationale en France est toujours sujet à polémique et n'a pas encore livré toutes ses conclusions, l'on en est à se demander si la France n'est pas entrain de passer de la fracture sociale à la fracture identitaire. Aïssatou DIAMANKA-BESLAND, auteure franco-sénégalaise, résidant à Colombes dépeint la vie au quotidien d'une famille d'immigrées et de leurs enfants dans la société française dans son roman «Fracture identitaire! A Baltazare, il n'y a pas d'ascenseur dans la cité.»
«Fracture Identitaire!» est l'histoire morcelée de Sambel,Yama, Biram, Alboury, Bougouma, Idy, des français d'origines étrangères. Des jeunes nés à Baltazare, une cité où il n'y a pas d'ascenseur comme on en trouve et qui sont confrontés à cette double culture celle de leur pays de naissance la France et celle du pays d'origine le Sénégal. Leur père Kémo est venu en France à la fin des années 60 pour y travailler et puis grâce au regroupement familial, fait venir leur mère Khady. Fracture à l'échelon familiale, brisure sur le plan individuel. Voilà planté le décor de la fracture identitaire pour cette famille franco-sénégalaise à travers les aventures de chacun avec des noms venus d'ailleurs. Pour les parents, le mythe du retour au pays natal et la ténacité à la tradition demeurent une préoccupation majeure avec son corollaire socio-éducatif et culturel. «de nombreux parents sont perdus dans cette jungle qui leur mange leurs droits sur leurs propres enfants»(p.10)
Kémo et sa femme doivent s'adapter à la vie en France avec les contraintes et les joies qui en découlent. Tout immigré pourrait se reconnaître alors dans cette réflexion de Kémo au regard des transferts d'argent Western Union qu'il a fait un jour «ils pensent que je suis riche parce que je vis en France» (p.23 et 24). «il faut assurer les dépenses d'un bout à l'autre de la planète» (p.178). Leur situation d'immigré oblige les parents à travailler dans n'importe quelle condition. Quant à leur progéniture, leur vie est parsemée de discrimination et de quête de repères identitaires. Ils sont nés dans la cité, ils ont des diplômes mais la société veut les cantonner dans un rôle de second plan à l'image des ZEP ( zone d'éducation prioritaire) écartelé entre le fait d'être français mais sans pouvoir l'être totalement du fait de la pesanteur des clichés ou apriori.
Chaque personnage va connaître des fortunes diverses au gré des péripéties. Tout en mettant la vérité nue et en décrivant une certaine réalité de la vie d'immigré. Diamanka-Besland y met une pointe d'humour. Dans un style direct, ponctué de verlan et vivant, l'auteure nous fait assister de près à la prise de parole de ses personnages; ce qui donne un caractère réaliste à ce récit. Il est facile à lire et permet de s'interroger sur la question et le devenir des immigrés sans tomber dans le pathos.
Au delà de la simplicité d'écriture, et de manière subtile ,«Fracture identitaire!» est un roman qui aborde des thèmes sérieux comme la place des migrants dans la société française, la délinquance et l'immigration, l'immigration et l'identité nationale en France.etc. Autant de choses qui font de ce roman d'Aïssatou Diamanka, un roman actuel au moment où la France se cherche une identité nationale et que les communautarismes et autres replis identitaires commencent à gagner du terrain.
Fracture identitaire! de Aïssatou DIAMANKA-BESLAND
Editions Ccinia Communication 2010,186 pages.




