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No.43
octobre 2010

Chronique musicale: Les musiciens du métro parisien:
Identité professionnelle ou réseau de mandicité

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Au cœur de la ville de Paris, évolue un réseau de transport urbain réglementé et contrôlé dans un espace privé communément appelé métro. Ce réseau souterrain et complexe est totalement intégré dans l’espace urbain et compte 350 stations et 13 lignes. Cet espace privé, est paradoxalement un cadre d’expression pour des personnes dont l’identité est difficilement cernée. Animateur, professionnel ou mendiant, le musicien du métro intervient, pour le  temps d’un voyage, dans le panorama d’un passager, aux fins de transformer un quotidien fait de tresse en détente agréable.

 Plus de 4 millions de personnes se côtoient, par jour dans les bouches de métro, dans l’unique but de relier des distances, les yeux rivés sur des pancartes indicatives, angoissé par l’idée du temps. Dans ce tintamarre labyrinthique se transpose et s’impose  une autre conception du son et du temps, celle là, organisée selon les principes du musicien. Un musicien qui se produit en live devant un public éclectique, fait d’admirateurs et de septiques. Ce musicien, pour de multiples raisons, organise sa performance selon les règles du spectacle et du concert, et doit s’accommoder à ce nouvel espace à l’acoustique caverneuse et au trafic.

Le passager-spectateur en vient souvent à s’interroger sur le statut réel de tels musiciens. Des musiciens qui exploitent des espaces non appropriés, se contentant de la pièce du passant et n’ayant pour seul mérite, la production d’un beau standard, qui permettra de replonger l’auditeur dans une sorte de feed-back affectif en relation avec un aspect de sa culture musicale, de son vécu. La plupart de ces musiciens itinérants luttent contre le chômage en pleine expansion, et refusent de se laisser abattre par les vices, l’alcoolisme, et la drogue.

Si la technique des musiciens du métro peut, à certains moment, s’identifier à celle des réseaux de mendicité, elle apparaît également comme un métier noble qui mérite rémunération, dont les méthodes sont considérés comme non agressives et n’étant pas lié à la délinquance. Le terme mendiant professionnel est souvent utilisé à tort ou à raison par les détracteurs de ce type d’activité non réglementé. Il nous revient de nous demander le statut par lequel ces musiciens s’identifient et sont identifiés dans leur espace de production musicale.

La mendicité organisée force le don. Son but est de rapporter le plus possible ; cela devient un « métier » qui engage un prestataire et un client. Le réseau de la mendicité est plus agressif et est un métier de la proximité. Le mendiant accoste le client, insiste bruyamment, et bloque le passage… Des remarques sont faites pour jouer sur son affect, afin de donner toujours plus. Le mendiant est donc une personne dont l’activité principale est de demander de l’argent ou de la nourriture par charité.

Au contraire de ces techniques, se développe une filière de professionnelle musicien, décrit dans les études d’Anne-Marie Green, comme des musiciens à l’identité dépassant à la fois la catégorie d’amateurs ou de professionnels, créant ainsi de profondes incertitudes quant à leur identité sociale. Ils se présentent eux-mêmes comme des personnes qui jouent pour leur plaisir, et recherchant à la fois un gain matériel substantiel. Se sont donc des musiciens à la lisière de l’amateur et du professionnel, et qui n’ont rien en commun avec les réseaux de mendicité.

Les musiciens du métro affirment, dans leurs prestations, la liberté qui les caractérise. Ils transforment un espace de l’entre-temps, en moment de bonne humeur. Ils apportent, par leur fraicheur, une qualité de vie ajoutée à des passagers, anonymes spectateurs de l’instant. Le discrédit implicite de certains voyageurs les considérant comme des mendiants, ou des professionnels ratés selon les termes d’Anne-Marie,  influence leur représentation de soi et agit sur la qualité de leur prestation.

Si la musique des bouches de métro est valorisante, ceux qui la produisent ne le sont pas moins ! Ces musiciens favorisent plusieurs types d’échangent qui partent des musiciens au public, et ceux reliant les musiciens à la Régie Autonome des Transports Parisiens (RATP), et organisent des gains en triangulation. Le musicien ressort avec sa rémunération, le passager-spectateur avec une construction de la gestalt du temps et du plaisir du moment, et la RATP profite d’une animation gratuite de l’espace de transport.

Le musicien du métro apparaît finalement comme un spécialiste du spectacle, qui allie plaisir, bonne humeur et profession. Il réorganise la notion de temps, et celle-ci est reconsidérée et appréciée du public. Les comportements du citoyen lambda s’en voient socialisés et influencés positivement par des valeurs nouvelles prônant l’harmonie entre individu et environnement. La qualité d’un environnement prenant en compte les émotions, et soulignant la valeur de l’homme dans une société en pleine déliquescence, du fait de la propagande du stresse comme la chose la mieux partagé.