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No.42
septembre 2010

Musique ivoirienne de 1960 à 2010
David Monsoh revisite les 50 ans d’indépendance musicale de la Côte d’Ivoire

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Très connu dans le milieu du showbiz africain, David Monsoh est manifestement l’un des producteurs d’artistes les plus doués de sa génération. Pour les 50 ans d’indépendance de son pays la Côte d’Ivoire, il a eu le nez creux en concoctant une compilation de 50 titres qui ont marqué la musique ivoirienne de 1960 à 2010. Rencontré dans son bureau parisien, il nous livre dans cette interview les sentiments qui ont motivé la sortie très bientôt sur le marché de ce coffret de 3 CD collector et jette enfin un regard sur la musique ivoirienne de ces cinquante dernières années.

Qu’est ce qui a motivé la sortie d’une compilation de 50 titres de la musique ivoirienne en ce moment du cinquantenaire d’indépendance de la Côte d’Ivoire?
Pour commencer, je tiens à vous dire que ce sont pour moi les 50 titres qui ont marqué la musique ivoirienne de 1960 à 2010, dont on a les Sœurs Comoé, Allah Thérèse, 6ème Sillon, Lougah François, Bailly Spinto, Mamadou Doumbia. Il y a aussi Alpha Blondy, Tiken Jah jusqu’à la dernière génération des Douk Saga, Magic Systèm, Espoir 2000. L’idée m’est venue au moment de la mise sur pied d’un comité d’organisation en vue de célébrer les 50 ans d’indépendance de la Côte d’Ivoire. J’ai envoyé une demande parmi tant d’autres auprès de ce comité qui l’a acceptée.

Dites nous, sur quels critères vous êtes vous basés pour faire la sélection des artistes figurant sur cette compilation ?
Vraiment j’avoue que les critères n’ont pas du tout été faciles. Mais il fallait à un moment donné choisir. Par exemple, certaines personnes auront aimé mettre la chanson « Biande » de Reine Pélagie sur la compilation, mais pour moi, c’est quand même un peu historique cette compilation. Au lieu de mettre "Biande", il fallait aussi dans l’histoire de la Côte d’Ivoire rendre hommage à un monsieur qui s’appelle Yacé Philippe. Donc moi au lieu de mettre "Biande", j’ai choisi "Yacé" de Reine Pélagie. Donc vous voyez, ce n’est pas politique, mais c’est une façon de rendre hommage à des personnes qui ont marqué ou construit la Côte d’Ivoire : le Président Houphouët, Yacé Philippe, ses collaborateurs, etc. Aussi, quand on me dit Alpha Blondy, par exemple, je choisis "Bintou wêrê-wêrê", parce que c’est à partir de ce moment-là qu’on a commencé à dire aux jeunes filles de faire attention, de ne pas être trop excitée à faire n’importe quoi. Donc c’est une compilation qui a été mûrement réfléchie et ça n’a pas été facile. J’ai mis un an pour la concocter, c’est-à-dire que je demande à un tel, par exemple : « à ton avis entre les chansons de Lougah François, laquelle préfères-tu ? » Sur 10 personnes que je prends avec les critères d’âge (certains en ont 60, d’autres 50 et la trentaine), 7 préfèrent la chanson "Contraste" (avec le refrain : un jour de grand soleil), tout simplement parce que c’est la période où l’Ivoirien à commencer à émigrer à l’étranger. Ce qui me fait donc choisir cette chanson de Lougah pour la compilation.

Cette chanson date de quelle année ?
Cette chanson date de … ; bonne idée (il réfléchit un peu, ndlr) ! Elle date des années 70.

Vous ne trouvez pas que vos critères et vos choix sont un peu biaisés, car on aurait pu trouver la chanson de certains artistes à la place de ceux ou celles qui figurent sur l’album cinquantenaire?
C’est vrai mais sachez qu’il y a des personnes âgées qui étaient dans la production musicale avant moi et qui connaissent la musique ivoirienne mieux que moi à qui j’ai demandé des services. Ce sont ces personnes-là qui ont fait la sélection de 1960 à 1980. A partir de 1980, moi, j’ai essayé avec d’autres personnes nées dans les années 70 de faire la sélection jusqu’aux années 90. Et de 90 à 2000, j’ai pris d’autres personnes. Enfin de 2000 à 2010, là c’est moi-même qui ai fait la sélection avec les artistes zouglou (Bilé Didier et les parents du campus, les Magic System, les Espoir 2000, les Salopars, etc.) et couper-décaler. Les artistes qui ne figurent pas sur la compilation, j’ai présenté mes excuses à travers un mot mentionné sur la pochette. Je pense qu’ils comprendront et ne se plaindront pas.

Parlons du coffret en lui-même. Combien de chansons et de CD?
On a un coffret de 3 CD collector avec 50 titres dont 18 pour le CD1, 17 pour le CD2 et 15 pour le CD3. Il comprend un livret d’un peu plus de 30 pages qui parle de la géographie et de l’histoire musicale de la Côte d’Ivoire. Pour l’étranger qui ne connait pas la Côte d’Ivoire, quand il prend le CD, il sait à peu près tout sur le pays, à travers les générations d’artistes et les différents genres musicaux.

Comment sont classées les chansons, est-ce par génération ou par genre musical ?
J’ai commencé par génération tout en faisant des mélanges pour que la nouvelle génération qui aime Douk Saga, par exemple, puisse écouter un ancien morceau de Bailly Spinto avant d’écouter leur Douk Saga. Aussi, par exemple, pour le CD1, j’ai commencé avec "L’Abidjanaise" (L’Hymne national de la Côte d’Ivoire, ndlr) qui est mon choix personnel parce que moi-même je ne me rappelle plus comment on chante L’Abidjanaise ; et nos enfants également ne savent plus chanter notre hymne national. Et comme c’est un Cd que les parents garderont chez eux à la maison, ils apprendront aussi à le chanter. Après L’Abidjanaise qui est le premier morceau du CD1, viennent donc 6ème Sillon, Allah Thérèse, Sœur Comoé, Lougah François, Amédée Pierre et ainsi de suite. J’ai donc fait un mélange. Au départ, je voulais faire par génération, c’est-à-dire de 1960 à 1970, de 1970 à 1980, de 80 à 90, ainsi de suite, mais je me suis dit que les jeunes ou les vieux voudront seulement écouter le CD de leur génération sans vouloir écouter les autres CD parce que ce n’est pas de leur époque. Alors j’ai essayé de faire un petit mélange, mais ça n’a pas été chose facile.

C’est donc un mélange de genre musical et de génération sur les CD?
Oui, tout à fait ! J’ai même pris la version originale d’une vieille chanson "Gagloudji" (il fredonne la chanson pour nous situer sur la mélodie, ndlr) que Meiway et d’autres artistes ont repris que j’ai retravaillé, remasteurisé en studio pendant des jours pour pouvoir avoir un son assez « potable ». Les Sœurs Comoé, vous-même vous savez, on était pas encore nés, le son, il fallait le retravailler aussi. Par moment, vous allez voir que les sons qui étaient très très vieux, mais en tant que pro, j’ai essayé de ressortir les vrais sons. Et vous verrez que les gens ne seront pas déçus.

Ce sont donc des anciennes chansons que votre structure Obouo Music a retravaillées ou retouchées?
Ce sont des anciennes chansons que nous avons retravaillées sans toucher au tempo, c’est-à-dire que nous avons laissé la même version en ayant les mêmes sons mais de meilleure qualité.

Tout cela a demandé un travail d’investigation en allant vers d’autres structures comme le Bureau ivoirien des droits d’auteurs (BURIDA) et autres maisons de production ou de distribution, n’est-ce pas?
Effectivement, les chansons ne m’appartiennent pas et j’ai fait des recherches. Il y a un vieux qu’on appelle Syllart Production ; je ne sais pas si vous le savez, mais qui a racheté tous les catalogues de musiques ivoiriennes avec un certain nombre de producteurs. C’est donc dans son catalogue que j’ai pioché les Sœurs Comoé, les Reine Pélagie, Aïcha Koné, Alpha Blondy, Lougah François, Bailly Spinto, Sery Simplice, les Jess Sah Bi et Peter One, etc. Lui seulement, ces chansons m’ont beaucoup aidé, car j’ai galéré mais pas trop.

A qui sera reversée la recette de cette compilation ? A votre structure ou au comité d’organisation du cinquantenaire?
C’est le comité d’organisation du cinquantenaire qui achète cette compilation. Ce n’est juste qu’un coffret collector fait pour le comité d’organisation du cinquantenaire présidé par l’Ambassadeur Pierre Kipré qui a même mis un mot. Il y a également le mot du Président de la République qui parle de la musique en tant qu’Historien. C’est le comité d’organisation qui m’a demandé ce travail et donc c’est le comité qui rachète toute la quantité. J’ai juste souhaité qu’une petite partie soit vendue à la FNAC, pour les Ivoiriens qui n’auront pas la chance de s’en procurer auprès du comité d’organisation.

Quand est-ce que le public aura ce coffret en sa possession?
A partir du 16 septembre 2010 lors de la semaine ivoirienne à Paris. C’est également à cette date que nous ferons la présentation autour d’un cocktail de presse avec des artistes invités.

Pour terminer, quel est votre regard sur la musique ivoirienne ces 50 dernières années, en tant que producteur d’artistes?
Je pense que la musique ivoirienne a beaucoup évolué ces cinquante dernières années. C’est un regard positif. Les chansons des années 60 ne sont pas de ma génération, mais quand je vois le temps que j’ai pris pour écouter ces chansons, je me suis dit qu’il y a eu pas mal de recherche dans la musique ivoirienne. Aujourd’hui je suis fier parce que, dans les quatre coins du monde où je suis passé, au Japon, en Chine, aux Etats-Unis ou en Europe, on ne présente la Côte d’Ivoire que par ses chansons, ses artistes ou ses footballeurs. C’est le couper-décaler et le football qui font connaître la Côte d’ivoire à l’étranger. Je me souviens aussi que, quand j’arrivais en France dans les années 80 où je me battais pour qu’on joue les chansons ivoiriennes dans les boites de nuits, ça n’a pas été facile. Aujourd’hui, je n’ai plus besoin de me battre, car la musique ivoirienne s’est imposée au Congo, au Sénégal, un peu partout en Afrique. Il faut dire aussi qu’au moment de la crise en Côte d’Ivoire, j’ai beaucoup réfléchi en apportant ma contribution à l’effort de Paix par le mouvement couper-décaler. En un mot, la musique a beaucoup contribué au retour de la Paix en Côte d’Ivoire.

 

50 ans d’indépendance musicale pour 50 titres qui ont marqué la musique ivoirienne de 1960 à 2010

1960 a été l’année des « Soleils des Indépendances » en Afrique Noire francophone. Cette année 2010, certains pays (comme la Côte d’Ivoire) ont fêté et continue de fêter le cinquantième anniversaire de leur accession à l’indépendance. Un cinquantenaire à coup de défilés, de conférences, de séminaires et surtout aux sons de musique. C’est dans cette optique que sont nées des compilations musicales pour célébrer cet événement. Pour le cas de la Côte d’Ivoire, le comité d’organisation de la célébration de ladite fête, piloté par l’Ambassadeur Pierre Kipré, a confié cette tâche à David Monsoh, un producteur d’artistes très connu dans le milieu africain de l’industrie du spectacle. Ce jeune homme très ambitieux et talentueux a longtemps mûri cette idée de regrouper 50 artistes ivoiriens (pour les 50 ans d’accès à l’indépendance) qui ont marqué l’histoire musicale de son pays dans un coffret de 3 CD. Une idée géniale même si le choix des artistes et des chansons ne font pas l’unanimité auprès de certaines personnes qui ont déjà eu un aperçu de cette compilation.

Pour ces férus de la chose musicale ivoirienne, certains titres des années 84-85 de l’Orchestre de l’Université d’Abidjan (OUA) comme "Grotto" de Big Sat ou "Up Rising" de Ramsès de Kimon devraient avoir leur place sur le CD. D’autres vont même à parler des genres musicaux comme "Agnangnan" ou "Ziguéhi" du Groupe RAS, "Mapouka" de Nigui Saff K Dance ou encore "Gnèze Moule" du célèbre danseur Ziké. Et puis des artistes qui n’ont été qu’un feu de paille pour leur carrière tels Yang System ("Djolo") ou Roch Bi (avec son fameux titre "Les djosseurs de namas") auraient pu être sélectionnés, vu que leurs chansons ont marqué à un moment donné l’histoire de la Côte d’Ivoire et ont même dépassé les frontières du pays. Parlant d’un genre musical comme le couper-décaler né en période de crise politique, ce sont tout d’abord les chansons de Douk Saga, de Dj Jacob et surtout de Dj Kaloudji avec son "Sentiment môkô" qui en ont donné une telle envergure. « L’un des deux derniers artistes cités aurait pu ravir la place à Dj Arafat avec son morceau "Hommage à Jonathan" chanté en duo avec Mouloukoukou Dj. Pareil pour la chanteuse Mireille Bitty qui, après un bref passage à l’orchestre TP Audio Rama, n’est connue que de sa communauté ethnique. », se plait à dire un promoteur de spectacle.

En pareille circonstance, on ne peut que se poser la question suivante : quels ont été les critères de sélection d’un artiste ou d’une chanson pour la compilation du cinquantenaire ? « Certaines personnes auront aimé mettre la chanson "Biande" de Reine Pélagie sur la compilation, mais pour moi, c’est quand même un peu historique cette compilation. Au lieu de mettre "Biande", il fallait aussi dans l’histoire de la Côte d’Ivoire rendre hommage à un monsieur qui s’appelle Yacé Philippe. Donc moi au lieu de mettre "Biande", j’ai choisi "Yacé" de Reine Pélagie. », répond David Monsoh, le concepteur du coffret. C’es vrai que l’idée d’une compilation a été longtemps mûri et les choix des artistes et des chansons n’ont pas été du tout aisé, mais à part ce lapsus musical, il faut dire tout de go que David Monsoh et sa petite équipe ont quand même fait un travail de recherche propre en allant fouiller dans les archives pour retrouver des sons perdus depuis des lustres en les remasterisant afin d’obtenir des sonorités encore plus belles pour l’écoute. Un travail qui les a conduits chez Syllart Production sis 4 rue Ferdinand Flocon dans le 18ème arrondissement de Paris, chez l’Historien-ambassadeur Pierre Kipré et enfin chez l’Historien-président, Laurent Gbagbo pour avoir leurs avis sur ces diverses sonorités musicales ivoiriennes. Pour les artistes dont les chansons n’ont pas été retenues, le faiseur de stars a trouvé une excuse toute gravée au dos de la compil : « Je voudrais présenter mes excuses aux Producteurs, Editeurs, Artistes, Musiciens, Compositeurs, Interprètes de Côte d’Ivoire qui n’ont pu voir leurs créations figurer sur cette œuvre. Croyez moi, la sélection ne fut pas aisée pour mon équipe et moi. Le mérite vous revient à tous de faire partie de cette compilation».

C’est donc un coffret digipak de 50 titres contenant un livret d’un peu plus de 30 pages qui parle de la géographie et de l’histoire musicale de la Côte d’Ivoire avec une pochette au design vieilli d’une cinquantaine d’années que les mordus de musique ivoirienne seront invités à déguster sans modération et à conserver pour la postérité avec le plus grand soin.