Cinquantenaire de la Côte D'ivoire: Une exposition d'art contemporaire sans contenu...
Par CHEICKNA D. Salif
- Réalisé à Abidjan

Dans le cadre des festivités maquant la commémoration du cinquantenaire de la Côte d’Ivoire, l’esplanade de l’hôtel du District d’Abidjan a accueilli dans la première semaine du mois d’août une exposition d’art contemporain. Qui de l’avis de nombreux visiteurs était sans contenu face à une exposition photo dynamique présentée par Me Lamine Koita keita.
Cette exposition qui s’articule autour de «50 ans d’héritage culturel et d’expression artistique» étonne par sa démarche. Un tour sous les bâches où sont accrochées sur des panneaux la plupart des œuvres retenues pour la circonstance, vous vous apercevez que cette exposition est loin de refléter celle attendues par tous. C’est-à-dire une exposition qui dans sa démarche restitue aux visiteurs l’histoire de la peintre et surtout de l’art contemporain en Côte d’Ivoire. Rien de tout ça. Un déséquilibre vous saute toute de suite à l’œil: Le très grand nombre des peintres contre deux sculpteurs et un seul designer. Et pourtant, pour qui connaît la fertilité de la Côte d’Ivoire en matière de production d’artistes de talents c’est une grosse surprise.
Peut-on aujourd’hui organiser une exposition en marge du cinquantenaire de la Côte d’Ivoire et ne pas présenter aux ivoiriens des œuvres de Christian Lattier, Grand Prix du Festival mondial des arts nègre en 1966? Comment ignorer au cours d’une telle exposition le premier peintre ivoirien Michel Kodjo qui a exposé en ce même lieu pour la première fois en 1958?
Cette exposition, même si elle met en lumière les plus jeunes, a-t-elle un sens avec de grands absents comme James Kadjo Oura, Monné Bou, Samir Jacques Stenka, Gérard Santoni, Koffi Donkor, Augustin Kassi et Frédérique Bruly Bouabré? C’est vraiment une occasion gâchée de présenter au plus jeunes les créations de leurs devanciers. «Pour un cinquantenaire, soutient un amateur d’art, les organisateurs auraient pu servir aux ivoiriens une rétrospective des artistes ivoiriens de 1960 à 2010».
Même si le peintre Youssouf Bath justifie l’absence de ces derniers par leur «refus souvent d’exposer avec les plus jeunes».
Mieux, le dossier publié par Fraternité Matin, récemment, dans le cadre des 50 d’art contemporain de la Côte d’Ivoire, sous la plume du journaliste Issa T. Yeo aurait pu selon de nombreux professionnels du secteur servir de boussole pour l’organisation d’une telle exposition.
Les artistes présents sur les cimaises sont dans l’ensemble ceux qui, disons-le tout net, n’ont pas encore un nom. Et ne comptent pas sur l’échiquier national. Au cours de cette exposition, des bébés-peintres comme le dirait un ami critique d’art côtoient certains noms connus comme Youssouf Bath, Mathilde Moro, Youssef, Jacobleu, Wêrê wêrê Liking. A en croire un visiteur de passage sur les lieux, «nous avons en face là, une exposition N’Zassa».De l’avis du peintre Jacobleu, commissaire de cette exposition, ce sont les moyens qui ont manqués. Toutes choses qui ne lui a pas permis d’atteindre ses objectifs et surtout de restituer au public l’histoire de l’art contemporain en Côt d’Ivoire à travers cette exposition.
Heureusement que l’exposition photo, «Abidjan, d’hier à aujourd’hui » montée par Dagri vient rectifier le tir. Et susciter des échanges nourris entre les visiteurs. Dans le hall de la salle Félix Houphouët Boigny, au District d’Abidjan l’on peut lire en image l’histoire et l’évolution de la ville d’Abidjan, des années 30 à 2010.C’est d’ailleurs ce site qui accueille de nombreux visiteurs curieux de voir comment Treichville, Plateau, Adjamé, se sont métamorphosés pour donner le grand Abidjan, capitale de la Côte d’Ivoire. Les images de l’aérogare en 1966, l’âge d’or des gbakas en 1975, l’aéromaritime en 1938 devenu CARENA, du Camp Gallieni, du pont flottant témoigne du parcours de la Côte d’Ivoire sur le chemin du progrès et du développement. Cependant l’on pourrait déplorer la destruction de certaines bâtisse qui auraient pu constituer aujourd’hui un patrimoine national protégé. Cette exposition de photographie prend fin avec les archives d’Abidjan Matin et le journal Fraternité les ancêtres de l’actuel journal pro-gouvernemental Fraternité Matin. Par ailleurs, une archive du district soigneusement afficher donne les indemnités de fonction du 1er maire d’Abidjan de 1958 à 1960, Félix Houphouët Boigny qui s’élevait à 32 833 Francs.
En tout cas, il était difficile voire impossible de créer un rapport entre cette exposition d’art contemporain et les «50 ans d’héritage culturel et d’expression artistique». Pour ces 50 ans, la Côte d’Ivoire méritait mieux en matière d’art contemporain avec des commissaires d’exposition de la trempe de Yacouba Konaté, Mimi Errol, Dr Koffi Yao, Henri N’Koumo, Thierry Fieux…qui auraient pu épauler Jacobleu.




